Se faire connaître comme gestionnaire avant la présidence

Publié le 22/06/2011 à 00:00, mis à jour le 11/08/2011 à 13:54

Se faire connaître comme gestionnaire avant la présidence

Publié le 22/06/2011 à 00:00, mis à jour le 11/08/2011 à 13:54

Par Pierre Théroux

Éloïse Harvey, Groupe Ceger [Photo : Gilles Delisle]

Quand le père d'Éloïse Harvey lui a demandé si elle souhaitait lui succéder à la tête du Groupe Ceger, elle n'a pas hésité. Mais elle a posé certaines conditions.

" Je ne voulais pas être la fille de Jeannot, qui allait être imposée aux directeurs des autres sociétés du groupe. Je voulais qu'ils apprennent à me connaître, qu'ils voient ce que je suis capable de faire ", dit la femme de 35 ans qui préside l'une des entités de l'entreprise familiale, le fabricant d'équipement Mecfor.

Autre condition : " Mon père a bâti l'entreprise en travaillant 60-70 heures par semaine. Avec mes quatre enfants, je veux une vie plus équilibrée pour être en famille et faire du sport ", précise celle dont le conjoint occupe aussi un poste de dirigeant au sein du groupe.

Le processus de relève, qui se fera une période de 5 à 10 ans, s'est amorcé il y a un an par une importante réflexion stratégique portant sur l'avenir du groupe et sur chacune de ses quatre divisions.

" On a travaillé ensemble pour que ce soit notre plan d'action, pas seulement celui de mon père, et qu'il corresponde aussi à mes aspirations ", souligne la jeune femme.

Des styles différents

Une étape fondamentale, car le père et la fille n'ont pas le même style de gestion. " On a la même vision, on partage les mêmes valeurs pour l'entreprise, mais je ne serai jamais Jeannot. Nos façons de faire sont différentes ", dit-elle, en précisant que la dernière année a justement servi à échanger et à mieux se comprendre. " Il y a beaucoup de respect entre nous, on est capable de voir chacun nos forces et nos faiblesses ", ajoute-t-elle.

Jeannot Harvey, c'est le bâtisseur du Groupe Ceger créé en 1977, l'entrepreneur-né qui a porté plusieurs chapeaux et qui gère plus intuitivement. Éloïse Harvey, diplômée en génie mécanique et en administration de l'Université McMaster, se voit davantage comme une dirigeante en faveur d'une gestion plus organisée.

" La relève, ce n'est pas juste de gérer comme avant, avec les mêmes structures. Je veux faire mon chemin, comme je l'ai fait chez Mecfor ", dit-elle avec assurance.

Éloïse Harvey s'est jointe à l'entreprise dès la fin de ses études universitaires, en 1999. Elle avait pourtant entrepris des démarches pour commencer sa carrière dans des multinationales américaines comme GE et Procter & Gamble, afin de satisfaire son goût pour l'international.

Celle qui accompagnait parfois son père au bureau depuis l'âge de huit ans, et qui a occupé des postes de réceptionniste et d'ingénieur junior dans l'entreprise familiale pendant ses études, a toujours su qu'elle allait un jour y retourner. " Mais j'avais besoin de connaître autre chose, d'aller faire mes preuves ailleurs. "

Elle fait part de ses intentions à son père, venu la rencontrer à Toronto, qui lui propose plutôt d'égaler les offres salariales reçues pour revenir au Saguenay. S'il ne peut lui promettre de voyages à l'étranger, en classe affaires, il lui garantit toutefois une chose qui la marquera pour toujours.

" Il m'a promis que j'allais m'amuser ", se rappelle-t-elle, en précisant que son père savait pertinemment qu'elle allait être malheureuse et se sentir comme un lion en cage au sein de ces grandes organisations.

Gravir les échelons

Elle commence chez Mecfor à titre de représentante technique. Elle est ensuite nommée directrice du développement des affaires en 2001, puis vice-présidente, ventes et marketing en 2003 et v.-p. au développement corporatif en 2005, avant d'en assumer la présidence depuis un an.

Durant cette période, Mecfor est passé de 5 à 85 employés et ses revenus atteignent aujourd'hui 15 millions de dollars, dont 50 % proviennent de l'étranger. Sa stratégie de développement a été très simple.

" On a des équipements qui se vendent ici, ça devrait aussi se vendre à l'étranger et j'ai le goût de voyager ", explique-t-elle.

Ses compétences seront maintenant mises au profit du Groupe Ceger et ses 850 employés qui compte aussi l'entreprise en construction Cegerco, la firme de génie-conseil Cegertec et la société immobilière Cegerdev.

Mais le chemin est encore long avant de prendre la place de son père. " J'ai besoin de mieux connaître l'ensemble de l'entreprise ", dit celle qui assume aussi la vice-présidence au développement corporatif du Groupe Ceger.

Les prochaines étapes serviront aussi à modifier les structures juridique et fiscale de l'entreprise. Éloïse Harvey souhaite également mettre en place un conseil de famille qui regroupera ses quatre frères et soeurs, dont deux travaillent au sein du groupe. " Ce ne sera pas un conseil d'administration, mais plutôt une plateforme pour permettre à tous de s'exprimer ", précise-t-elle.

Entre-temps, elle vient de terminer à HEC Montréal un programme intensif de six séances d'une journée chacune, portant sur les familles dans les affaires. Intitulé En route vers la présidence d'une entreprise familiale, ce programme l'a aidée dans la démarche déjà amorcée et a confirmé son désir de " gérer comme je suis ".

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