Quand l'agroalimentaire s'allie au tourisme

Publié le 10/01/2009 à 00:00

Quand l'agroalimentaire s'allie au tourisme

Publié le 10/01/2009 à 00:00

Par Pierre Théroux

Au coeur de ses belles collines et de paysages pittoresques qui bordent lacs et rivières, la vallée de la Petite-Nation invite à un charmant rendez-vous avec la nature. Mais aussi, depuis peu, à une randonnée gourmande pour découvrir les nombreuses saveurs locales.

L'agrotourisme ayant la cote ces dernières années, la région ouvrait il y a un an le circuit Balade au coeur de la Petite-Nation afin " d'offrir une nouvelle façon de nous visiter et d'attirer plus de touristes ", souligne Richard Charlebois, directeur du CLD Papineau.

On trouve de tout en parcourant cet itinéraire champêtre, sur les chemins de Thurso à Montebello en passant par Ripon, Saint-André-Avellin ou Chénéville : des éleveurs de bisons, d'agneaux, de lapins, un fumoir artisanal, des fromageries, des producteurs d'asperges, de pleurotes, de poires et autres fruits et légumes, et même un vignoble.

" En venant ici, les visiteurs découvrent une autre facette de l'agriculture et du mode de vie rural ", dit Anne Mareschal, de la ferme d'élevage Fée et Fougère située à Ripon qu'elle exploite avec Harry Wubbolts, son conjoint. Là, les visiteurs peuvent acheter ou déguster en table champêtre agneau, lapin et porc certifiés biologiques.

En lien avec les producteurs

" De plus en plus de consommateurs veulent avoir un contact direct avec les producteurs ", souligne Johanne Ranger, vice-présidente du Marché de solidarité régionale de l'Outaouais (MSRO).

Cette coopérative de solidarité de Gatineau a d'ailleurs été lancée l'été dernier afin de favoriser la consommation de denrées locales et de soutenir les petits agriculteurs par le fait même.

Une heureuse initiative, commente Pierre Lévesque, un enseignant à la retraite qui a choisi d'être membre-consommateur du MSRO. " J'en retire de nombreux avantages, comme les bienfaits qu'apporte la consommation de produits alimentaires plus frais, plus sains et plus savoureux, ou encore le plaisir d'échanger avec les producteurs ", dit-il.

Sans compter, ajoute-t-il, que l'achat de produits locaux favorise le développement de l'agriculture et de l'économie régionales, tout en contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre générées par le transport des aliments sur de grandes distances.

Tournée des chefs

Le développement de l'agrotourisme et d'initiatives de soutien à la commercialisation des produits régionaux est l'un des cheval de bataille mené par la Table de concertation agroalimentaire de l'Outaouais. Ces dernières années, sept marchés publics ont aussi vu le jour aux quatre coins de la région, indique sa directrice, Emmanuelle Znaty.

" Nous entendons cette année participer à la campagne Mettez le Québec dans votre assiette ! " souligne Mme Znaty, en se référant à la campagne de promotion des achats de produits alimentaires québécois lancée en décembre 2007 par le gouvernement du Québec.

La Table de concertation a aussi organisé une tournée des chefs, invitant ainsi les restaurateurs à visiter des fermes de la région pour y rencontrer les producteurs et se familiariser avec leurs élevages et cultures.

Autre enjeu : la diversification de l'agriculture régionale et le développement de la transformation agroalimentaire. " La transformation est encore trop peu développée. On veut soutenir financièrement et techniquement la création de nouvelles entreprises en transformation ", dit Emmanuelle Znaty.

Quant à la diversification de l'agriculture régionale, elle passe notamment par le développement de produits biologiques et de nouveaux produits d'horticulture.

" La région a un potentiel intéressant pour le développement de nouvelles cultures ", affirme Bernard Larouche, directeur général du Centre de recherche et de développement technologique agricole de l'Outaouais (CREDETAO).

Cet organisme de recherche appliquée et de transfert technologique travaille d'ailleurs à différents projets, notamment la production de ginseng en milieu forestier et le développement de bleuetières.

Des postes à pourvoir dans le secteur des papiers tissus

L'immense affiche " Nous embauchons " bien en vue à l'extérieur de l'usine de Kruger à Gatineau étonne. L'industrie forestière ne vit-elle pas des heures difficiles ?

Pas tous les secteurs, comme en témoigne cette usine dont les trois machines à papier ultramodernes font les mouchoirs Scotties, les serviettes de table White Swan ou les papiers hygiéniques Cashmere.

Ailleurs sur le territoire, la conjoncture forestière reste difficile. La création récente du Réseau des entreprises du secteur du bois de l'Outaouais (RESBO) vise à amorcer un virage vers de nouveaux produits et marchés, en mettant l'accent sur les deuxième et troisième transformations.

L'utilisation de la biomasse forestière à des fins énergétiques constitue une autre voie de développement.

Au cours de la période 1997-2007, à l'exception de l'année 1998, le taux de chômage de la région de l'Outaouais s'est toujours avéré plus bas que celui de l'ensemble du Québec. Après une forte diminution de 2004 à 2006, il remonte légèrement à 6,3 % en 2007.

L'agglomération de Gatineau connaît aussi une autre bonne année, le chômage y oscille autour de 5 %. La ville profite d'importants projets comme le Rapibus (195 millions de dollars), un système de transport rapide en autobus roulant sur des voies réservées auquel sera jumelée une piste cyclable.

Programme pour revitaliser le secteur

Par ailleurs, " nos parcs industriels sont presque pleins ", indique Jean Lepage, directeur, service aux entreprises, développement économique au CLD Gatineau. La ville vient de lancer un programme de revitalisation qui, agrémenté d'un crédit d'impôt, vise à promouvoir la construction et la rénovation de bâtiments pour favoriser l'implantation ou l'agrandissement d'entreprises en informatique.

La MRC Papineau termine quant à elle la préparation de son plan de diversification, qui met l'accent sur les secteurs de l'agroalimentaire, de la forêt et du tourisme.

" Le parachèvement de l'autoroute 50 devrait stimuler les investissements sur notre territoire ", dit Richard Charlebois, directeur du CLD Papineau. Ce nouveau lien routier rapprochera la Petite-Nation non seulement de Gatineau, mais aussi de la couronne Nord de Montréal. La MRC espère ainsi attirer davantage de touristes et des jeunes familles.

Elles seront bienvenues, car le vieillissement de la population s'y fait sentir là aussi et " représente un défi majeur en matière de main-d'oeuvre ", souligne M. Charlebois.

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