La langue et le bois comme moteurs de développement économique

Publié le 10/01/2009 à 00:00

La langue et le bois comme moteurs de développement économique

Publié le 10/01/2009 à 00:00

Par Pierre Théroux

Les industries de la langue et de la transformation du bois ont été ciblées par la région outaouaise comme axes de développement.


Identifiés dans le cadre du projet d'Action concertée de coopération régionale de développement (ACCORD), " ces secteurs sont porteurs de projets qui contribueront à la vitalité économique de la région " affirme Jeffrey MacHan, directeur régional en Outaouais du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation.


Québec consacre 4 millions de dollars au programme ACCORD dans l'Outaouais, dont 2 millions au développement de l'industrie de la langue. Il faut dire que la croissance des échanges internationaux a entraîné une forte demande en matière de traduction, d'interprétation et de services liés aux technologies langagières. On estime que le marché des technologies langagières connaît une croissance annuelle de 15 à 20 % à l'échelle mondiale, celui de la traduction d'environ 8 %, et celui de l'enseignement des langues, de 50 %.


Des atouts pour réussir


Or, " l'Outaouais possède les atouts nécessaires pour se tailler une place importante dans ces marchés ", dit M. MacHan. La région se dit déjà très avancée dans ce domaine en raison de la présence d'une centaine d'entreprises, d'écoles de langues et de centres de formation et de recherche oeuvrant dans cette industrie.


Comme MultiCorpora, créée en 1994, qui produit un logiciel d'aide à la traduction pouvant être utilisé dans 35 langues et vendu dans le monde entier.


Son produit vedette MultiTrans, dont une nouvelle version a été lancée en octobre, est utilisé par des entreprises comme Ford, Sobeys, Kraft, HSBC et Pfizer, et par la plupart des ministères du gouvernement du Canada ou des organisations comme l'UNESCO.


D'autres sociétés, comme Technologies JiveFusion ou Logosoft Technologies, qui oeuvrent dans le développement et la commercialisation d'outils pour le marché de la traduction, font aussi leur marque dans ce secteur.


Travailler ensemble


Mais des défis attendent l'industrie si ses acteurs souhaitent faire leur marque à l'échelle nationale ou internationale dont, au premier chef, la collaboration. " Il y a beaucoup de petites entreprises et peu de cohésion. Il faut les encourager à échanger et à travailler ensemble pour qu'elles puissent répondre aux besoins des grands donneurs d'ordres ", note M. MacHan.


L'un d'eux, le Bureau de la traduction du Canada, est d'ailleurs situé à Gatineau. Ce centre d'expertise fédéral en traduction et en services linguistiques est, avec l'Organisation des Nations unies et la Communauté économique européenne, l'un des plus importants clients de l'industrie langagière mondiale.


" Ces organisations engagent déjà des centaines de spécialistes. Mais ils ne suffisent pas à la tâche et doivent faire appel à des ressources extérieures ", dit Jacques Lyrette, président du conseil d'administration du Centre de recherche en technologies langagières (CRTL) à Gatineau.


Le CRTL est d'ailleurs l'une des pièces maîtresses du développement de cette grappe industrielle et du rayonnement de l'industrie de la langue à l'échelle nationale et internationale. " Nous voulons favoriser le développement de technologies qui permettront aux entreprises d'accroître leurs compétences et leur productivité ", explique M. Lyrette.


De 500 à 800 personnes travaillent dans les entreprises de l'industrie langagière dans l'Outaouais, en plus des quelque 1 200 traducteurs à l'emploi du Bureau de la traduction du Canada.


La forêt feuillue


Dans un tout autre domaine, celui de l'industrie forestière dont l'Outaouais souhaite mettre l'accent sur la production et la transformation du bois des feuillus. " C'est un secteur important mais qui vit certaines difficultés. Encore là, l'ensemble de l'industrie doit se concerter pour trouver des solutions ", poursuit M. MacHan.


La création, le printemps dernier, du Réseau des entreprises du secteur du bois de l'Outaouais (RESBO) vise justement à réunir tous les acteurs de l'industrie. " C'est important que les scieries et les fabricants de portes et fenêtres se parlent, pour mieux définir leurs besoins ", souligne M. MacHan.


L'Outaouais regroupe des dizaines d'usines de transformation, grandes et petites, comme Kruger, Lauzon, Unibois ou Iroko Cana.


Autre atout : la région jouit de la présence du seul regroupement de chercheurs au Canada spécialisés dans la forêt feuillue, l'Institut québécois d'aménagement de la forêt feuillue situé à Ripon.


Les forêts de l'Outaouais possèdent les plus grandes concentrations de bois de feuillus au Québec, soit près de 40 % du volume des érables, 25 % de celui du bouleau jaune et plus de la moitié de ceux des pins blanc et rouge.


" Il y a une grande disponibilité de bois de qualité ", affirme M. MacHan, en précisant que l'Outaouais veut devenir le chef de file dans la production et la transformation de bois d'apparence (moulures, fenêtres, planchers) d'origine certifiée. Pour y arriver, la région favorisera l'innovation et la gestion forestière respectueuse des principes du développement durable.

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