Un passage du flambeau très émouvant

Publié le 11/02/2011 à 00:00, mis à jour le 11/02/2011 à 08:58

Un passage du flambeau très émouvant

Publié le 11/02/2011 à 00:00, mis à jour le 11/02/2011 à 08:58

Par Aude Marie Marcoux

Linda Rivest, de l'Imprimerie Rivest [Photo : Gilles Delisle]

Toute jeune, Linda Rivest savait qu'elle voulait travailler pour son père, qui a fondé l'Imprimerie Rivest, à Repentigny. Et c'est ce qui est arrivé... jusqu'à ce qu'elle devienne la grande patronne de la PME, en 2007.


" J'ai passé par tout l'organigramme de l'entreprise, je la connais comme le fond de ma poche. J'ai grandi avec elle. J'ai connu tous ses hauts et ses bas ", affirme la jeune femme.


C'est à 23 ans que l'aînée des cinq enfants de Denis Rivest fait part de ses intentions. " J'ai toujours su que je voulais prendre les rênes de l'entreprise ", dit-elle. La passation des pouvoirs n'a cependant pas été aussi simple.


" Si vous avez une entreprise et que vos enfants y sont impliqués, normalement, vous sentirez lequel sera capable de prendre la relève, qui a l'intérêt et qui sera capable de réussir ce coup de chapeau ", affirme le fondateur, que nous avons joint en Floride. Et ce n'est pas toujours celui que l'on croit.


Du fils à la fille


Au début, M. Rivest avait nommé l'entreprise familiale Imprimerie Martin Rivest, en pensant que son fils en prendrait un jour la relève. " À moment donné, il fallait faire un choix. Ses soeurs étaient aussi des petites filles brillantes. Mais Linda était celle qui avait le plus de leadership. Nous avons laissé les choses aller dans cette direction progressivement et naturellement ", dit-il.


Le relais s'est fait à petit à petit. Pour préparer la transition, M. Rivest a eu recours à des consultants externes à deux reprises. En 1995, des conseillers en ressources humaines l'ont aidé à procéder à une restructuration, en remaniant notamment l'organigramme et en mettant en place des outils pour valider la performance de l'entreprise.


Dix ans plus tard, l'entreprise fait appel aux services du CLD local, qui lui recommande un cabinet-conseil en gestion pour l'épauler dans le processus de relève.


" Parler de continuité, ce n'est pas seulement au sein de l'entreprise même. Cela se passe aussi avec les clients, les fournisseurs, les banques et les autres partenaires financiers. Il fallait établir un climat de confiance entre eux et Linda. C'est une affaire de longue haleine ", explique M. Rivest.


Un ultimatum au fondateur


Linda Rivest a pris de plus en plus de clients et de responsabilités. Mais le changement de garde officiel, lui, tardait à se concrétiser.


En janvier 2007, la jeune femme lance un ultimatum à son père. C'est, dit-elle, la chose la plus difficile qu'elle a eu à faire de sa vie. Soit il lui cède les rênes, soit elle quitte le bateau. " La relève d'une entreprise n'est pas qu'une question de paperasse. Dans mon cas, le transfert de l'entreprise s'est fait de façon plus émotionnelle que rationnelle ", affirme Mme Rivest.


Le fameux jour de la transaction, Linda Rivest raconte avec émotion que son père a pris des boîtes, a vidé son bureau puis est passé devant sa porte et lui a dit " bonne chance "... avant de s'en aller. " Je me suis sentie comme si c'était moi, sa propre fille, qui le mettais dehors de son entreprise ", confie-t-elle.


S'en est suivi une période " très noire ", aux dires de la nouvelle propriétaire. Deux employés clés sont partis au même moment. Linda Rivest s'est retrouvée seule, avec l'aide de son mari qui travaillait pour l'entreprise depuis 25 ans, pour redresser la situation, démarcher de nouveaux clients, tout en reconstruisant l'équipe. Pendant plus de trois mois, elle s'y attellera pratiquement jour et nuit.


Son père, même s'il a financé la transaction, n'a pas voulu intervenir. " Une fois que vous avez appris à votre enfant à marcher, s'il tombe, il faut qu'il se relève. Et s'il marche encore, c'est parce qu'il s'est relevé une fois de plus que le nombre de fois qu'il est tombé ", explique M. Rivest.


Celui-ci considère qu'il n'aurait pas aidé sa fille en le faisant et qu'il aurait nui à sa confiance en elle-même. Il ne voulait pas qu'en cas de difficulté, elle se dise " Ce n'est pas grave, papa est là ".

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