L'agroalimentaire en vitrine

Publié le 24/01/2009 à 00:00

L'agroalimentaire en vitrine

Publié le 24/01/2009 à 00:00

Par Pierre Théroux

Les tablettes sont bien garnies : vins, boissons alcoolisées artisanales, terrines, produits de boulangerie, fromages. Eh non ! Vous n'êtes pas dans une épicerie fine, mais plutôt dans la nouvelle halte routière de Saint-Michel-de-Bellechasse, sur l'autoroute 20 ouest entre Lévis et Montmagny.

C'est la première halte routière de la province à offrir des produits régionaux. "C'est une vitrine exceptionnelle qui permet à nos producteurs et artisans de mettre en valeur leurs produits et de rayonner bien au-delà de la région", dit Alain Vallières, directeur du CLD de Bellechasse, en précisant que d'autres haltes routières pourraient emboîter le pas dans la province car le projet a suscité un certain intérêt de la part d'autres régions.

Inaugurée à l'été 2007, la Boutique des produits du terroir a accueilli plus de 10 000 visiteurs et généré des ventes d'environ 60 000 $. Un succès qui a incité le CLD, promoteur du projet, à étendre son ouverture de juin à décembre en 2008 (15 000 personnes et 90 000 $ de ventes).

La Boutique offre des produits d'une trentaine de producteurs, dont Le Ricaneux (une boisson alcoolisée), La Fromagerie du Terroir de Bellechasse, La Levée du Jour (produits de boulangerie), La Ferme à l'Oie, et les oeuvres du céramiste Sylvain Filion. L'été prochain, elle s'installera dans un espace plus grand tandis qu'un espace restauration offrant des produits transformés locaux sera aussi aménagé.

Rapprocher producteurs et consommateurs

Non loin de là, dans le petit village de Saint-Vallier, une autre organisation s'affaire à mettre en valeur les produits de la région.

Lancée en août 2002, la coopérative d'économie sociale La Mauve a su rapidement tisser des liens entre les consommateurs et les producteurs agricoles de la région.

À partir d'une épicerie-boucherie vieille de 150 ans située au coeur du village, la coopérative distribue et transforme des produits d'une trentaine de producteurs maraîchers, de viandes, de gibier ou de volaille.

"Certains producteurs réalisent jusqu'à 70 % de leurs ventes par l'entremise de la coopérative", dit la coordonnatrice Marie Lacasse. En cinq ans, les ventes de la coopérative sont passées de 250 000 à 600 000 $.

La Mauve vend aussi ces produits par le truchement de quelque 200 paniers, distribués à l'année jusqu'à Lévis, et sur l'autre rive, dans les arrondissements Limoilou et Sainte-Foy. Elle a récemment engagé une cuisinière pour lancer un service de traiteurs mettant en vedette les produits régionaux.

La coopérative offre également en location des parcelles de terrain, sur une terre située à Beaumont, pour stimuler la microproduction agricole. Enfin, dans un souci d'éducation, ses membres organisent aussi régulièrement des activités de sensibilisation (ateliers, formation, fête des semences).

"Le développement durable et le changement de nos habitudes de consommation sont au coeur de nos activités", souligne Marie Lacasse.

Une tablée locale pour les Fêtes

Ailleurs en Chaudière-Appalaches, la deuxième région agricole en importance au Québec, d'autres initiatives sont mises de l'avant pour promouvoir les produits locaux.

En décembre, le CLD de la Nouvelle-Beauce a acheté une page de publicité dans un journal régional pour suggérer un menu de Noël composé de terrines, rillettes, lapins, cerfs, desserts et vins produits ou transformés sur son territoire.

Le CLD publiera prochainement un répertoire des entreprises agroalimentaires "pour mieux les faire connaître auprès des consommateurs, restaurateurs et épiciers de la région, et les inciter à acheter localement", explique Valérie Larose, agente de développement au CLD.

L'été dernier, l'organisme avait invité producteurs, transformateurs et autres intervenants à discuter de l'avenir du secteur agroalimentaire.

"La Nouvelle-Beauce est traditionnellement orientée vers la production porcine, laitière et avicole de masse. Mais on voit apparaître des petits producteurs de nouveaux élevages et de nouvelles productions, ainsi que des producteurs traditionnels qui revoient leurs façons de faire", souligne Valérie Larose.

Par exemple, la Ferme Linor nourrit maintenant ses vaches de graines de lin, tandis que Muranlain élève ses porcs sans antibiotiques.

Un secteur névralgique

"Ça bouge. Les besoins des consommateurs accélèrent l'émergence d'autres modèles de production, de commercialisation", commente Jean-Michel Bordron, directeur général de la Table agroalimentaire de Chaudière-Appalaches.

Le secteur agricole et agroalimentaire occupe une place névralgique dans l'économie régionale. Il fournit près d'un emploi sur six à la région qui, ces dernières années, a été grandement touchée par les crises dans les secteurs porcin et bovin. "Il y a des enjeux majeurs, comme l'innovation et les produits à valeur ajoutée ou encore l'accès au marché", note M. Bordron.

Déjà, certains projets ont été lancés afin d'améliorer la commercialisation des produits. Il cite notamment en exemple le développement des Routes gourmandes de Chaudière-Appalaches qui, orientées autour de la visite de fermes, d'entreprises de transformation agroalimentaire, de tables champêtres et de boutiques spécialisées, invitent à la découverte du milieu agroalimentaire régional. Un panneau "Arrêt gourmand" facilite maintenant l'identification de ces différents établissements.

Par ailleurs, une délégation de quelque 40 producteurs, transformateurs et restaurateurs s'est rendue en France pour y étudier des modèles de mise en marché et d'appellations contrôlées.

"Il y a à peine deux ans, on n'aurait jamais pu intéresser autant de gens à participer à une telle mission", dit Jean-Michel Bordron, soulignant ainsi la volonté de changement qui existe dans la région.

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