Ukraine: la Russie tente de couper l'accès à la mer

Publié le 03/03/2022 à 07:59, mis à jour le 03/03/2022 à 15:45

Ukraine: la Russie tente de couper l'accès à la mer

Publié le 03/03/2022 à 07:59, mis à jour le 03/03/2022 à 15:45

«Je dois parler à Poutine (…), car c'est le seul moyen d'arrêter cette guerre», a déclaré le président ukrainien Zelensky lors d'une conférence de presse. (Photo: 123RF)

Ce texte regroupe tous les derniers développements à propos de l'invasion de la Russie en Ukraine en date du 3 mars. Pour retrouver toute notre couverture sur le conflit, c'est ici. NDLR. Certains contenus sont explicites et peuvent être difficiles à lire.  

 

15h40 | Kyiv — Les forces russes se sont battues jeudi pour le contrôle d’une ville productrice d’énergie cruciale dans le sud de l’Ukraine et ont gagné du terrain dans leur tentative de couper le pays de la mer, alors que les dirigeants ukrainiens appelaient les citoyens à se soulever et à mener une guérilla contre les envahisseurs.

Les combats à Enerhodar, une ville sur les côtes du fleuve Dniepr qui représente environ un quart de la production d’électricité du pays, sont survenus tandis qu’une autre série de pourparlers entre les deux parties a abouti à un accord de principe pour mettre en place des couloirs sécuritaires à l’intérieur de l’Ukraine pour évacuer les civils et livrer l’aide humanitaire.

Le maire d’Enerhodar, le site de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, a déclaré que les forces ukrainiennes combattaient les troupes russes à la périphérie de la ville. Une vidéo montrait des flammes et des nuages de fumée noire s’élevant au-dessus de la ville de plus de 50 000 habitants, avec des gens qui s’éloignaient des flammes, passant devant des voitures accidentées, alors que les sirènes hurlaient.

L’avancée terrestre de Moscou sur la capitale ukrainienne dans le nord est apparemment au point mort, avec une énorme colonne blindée à l’arrêt à l’extérieur de Kyiv. Et la résistance plus ferme que prévu des Ukrainiens en sous-effectif et en sous-armement a empêché la victoire rapide à laquelle la Russie aurait pu s’attendre.

Un officier supérieur russe, le général Andrei Sukhovetsky, commandant d’une division aéroportée, a été tué dans les combats plus tôt cette semaine, a rapporté une organisation d’officiers en Russie.

Mais les Russes ont mis à profit leur puissance de feu supérieure au cours des derniers jours, lançant des centaines de missiles et des attaques d’artillerie sur des villes et d’autres sites à travers le pays et réalisant des gains importants sur le terrain dans le sud dans le cadre d’un effort visant à rompre la connexion de l’Ukraine aux mers Noire et Azov.

Couper son accès au littoral porterait un coup paralysant à son économie et permettrait à la Russie de construire un corridor terrestre vers la Crimée, dont Moscou a pris le contrôle en 2014.

Un haut responsable américain de la défense, s’exprimant sous couvert d’anonymat pour discuter de questions militaires, a déclaré que la prise de la Crimée par la Russie lui donnait un avantage logistique dans cette partie du pays, avec des lignes d’approvisionnement plus courtes qui y ont facilité l’offensive.

Les Russes ont annoncé la capture de la ville méridionale de Kherson, et les responsables ukrainiens locaux ont confirmé que les forces ont pris le contrôle du siège du gouvernement local dans le port vital de la mer Noire de 280 000 habitants, ce qui en fait la première grande ville à tomber depuis le début de l’invasion il y a une semaine.

De violents combats se sont poursuivis à la périphérie d’un autre port stratégique, Marioupol, sur la mer d’Azov, le plongeant dans l’obscurité, coupant la plupart des services téléphoniques et faisant craindre des pénuries de nourriture et d’eau. Sans connexions téléphoniques, les médecins ne savaient pas où emmener les blessés.

Le deuxième cycle de pourparlers entre les délégations ukrainienne et russe s’est tenu au Bélarus voisin. Mais les deux parties avaient peu de terrain d’entente au début de la réunion, et le président russe Vladimir Poutine a averti l’Ukraine qu’elle devait rapidement accepter la demande du Kremlin pour sa « démilitarisation » et se déclarer neutre, en renonçant à sa candidature à l’OTAN.

Le président Poutine a déclaré au président français Emmanuel Macron qu’il était déterminé à poursuivre son attaque « jusqu’au bout », selon le bureau de M. Macron.

L’évacuation massive a pu être observée à Kharkiv, une ville d’environ 1,4 million d’habitants. Les habitants désespérés d’échapper aux obus et aux bombes qui tombaient se pressaient dans la gare de la ville et dans les trains, ne sachant pas toujours où ils se dirigeaient.

Au moins 227 civils ont été tués et 525 autres blessés au cours de cette période, selon les derniers chiffres du bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Il reconnaît qu’il s’agit d’un vaste sous-dénombrement, et l’Ukraine a déclaré plus tôt que plus de 2000 civils étaient morts. Ce chiffre n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a déclaré que l’Occident a continuellement armé l’Ukraine, formé ses troupes et construit des bases là-bas pour faire de l’Ukraine un rempart contre la Russie.

Les États-Unis et leurs alliés ont insisté sur le fait que l’OTAN est une alliance défensive qui ne constitue pas une menace pour la Russie. Et l’Occident craint que l’invasion de la Russie ne vise à renverser le gouvernement ukrainien et à installer un gouvernement ami — bien que M. Lavrov ait déclaré que Moscou laisserait les Ukrainiens choisir leur gouvernement.

Plus tôt jeudi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que les forces terrestres russes étaient au point mort et que Moscou déchaînait maintenant des attaques aériennes, mais qu’elles étaient parées par les systèmes de défense ukrainiens, y compris à Kherson.

«Kyiv a résisté à la nuit et à une autre attaque au missile et à la bombe. Nos défenses aériennes ont fonctionné, a-t-il déclaré. Kherson, Izyum - toutes les autres villes que les occupants ont frappées depuis les airs n’ont rien cédé.»

Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a dit que les explosions entendues dans la nuit dans la capitale ukrainienne étaient des missiles russes abattus par des systèmes de défense aérienne.

L’isolement de Moscou s’est approfondi lorsque la majeure partie du monde s’est alignée contre elle aux Nations unies pour exiger qu’elle se retire de l’Ukraine. Le procureur de la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur d’éventuels crimes de guerre. Et dans un renversement étonnant, le Comité international paralympique a interdit aux athlètes russes et biélorusses des Jeux paralympiques d’hiver.

Alors que Moscou a semé la dévastation dans les villes ukrainiennes, les sanctions mondiales ont plongé l’économie russe plus profondément dans la crise.

Le rouble, qui s’est effondré depuis l’invasion, a encore perdu 15% par rapport au dollar américain tandis que l’économie a subi un autre coup dur lorsque deux agences de notation ont réduit la cote de crédit de la Russie, affirmant que l’invasion et les sanctions occidentales ont nui à la capacité de Moscou à rembourser ses dettes et augmenté les risques pour l’économie et la stabilité.

La Russie a fait état de ses pertes militaires mercredi pour la première fois de la guerre, affirmant que près de 500 de ses soldats ont été tués et près de 1600 blessés. L’Ukraine n’a pas divulgué ses propres pertes militaires.

L’état-major militaire ukrainien a affirmé dans un message sur Facebook que les forces russes avaient subi quelque 9000 pertes dans les combats. Il n’a pas précisé si ce chiffre comprenait à la fois les soldats tués et blessés.

Dans une adresse vidéo à la nation jeudi matin, M. Zelensky a salué la résistance de son pays.

«Nous sommes un peuple qui en une semaine a détruit les plans de l’ennemi, a-t-il déclaré. Ils n’auront pas la paix ici. Ils n’auront pas de nourriture. Ils n’auront pas ici un seul moment de calme.»

Il a ajouté que les combats nuisaient au moral des soldats russes, qui « vont dans les épiceries et essaient de trouver quelque chose à manger ».

«Ce ne sont pas les guerriers d’une superpuissance, a-t-il dit. Ce sont des enfants confus qui ont été utilisés.»

Aux confins de Kyiv, des volontaires bien au-delà de la soixantaine ont tenu un poste de contrôle pour tenter de bloquer l’avancée russe.

«Dans ma vieillesse, j’ai dû prendre les armes », a déclaré Andrey Goncharuk, 68 ans. Il a ajouté que les combattants avaient besoin de plus d’armes, mais «nous allons tuer l’ennemi et prendre ses armes ».

33 morts dans une frappe russe

13h12 | Kyiv — Les négociateurs russes et ukrainiens se sont entendus jeudi sur des «couloirs humanitaires» pour l'évacuation des civils, alors que l'armée russe intensifie ses frappes sur les villes ukrainiennes, dont l'une a fait 33 morts dans une zone résidentielle de Tcherniguiv, dans le nord du pays.

Les négociateurs des deux pays s'étaient retrouvés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie pour cette deuxième tentative, lors de laquelle Kyiv espérait obtenir une trêve. «Malheureusement, il n'y a pas encore les résultats escomptés pour l'Ukraine. Il n'y a qu'une solution pour organiser des couloirs humanitaires», a écrit sur Twitter Mikhaïlo Podoliak, un membre de la délégation ukrainienne.

Au même moment, dans des déclarations retransmises à la télévision russe, Vladimir Poutine n'avait donné aucun espoir.

 

«Néonazis et mercenaires étrangers»

Le président russe Vladimir Poutine a assuré jeudi que «l'opération militaire» en Ukraine se déroulait «selon le plan», martelant y combattre des «néonazis» pour sauver Russes et Ukrainiens, qui ne forment selon lui «qu'un seul peuple».

«L'opération militaire spéciale se déroule strictement selon le calendrier, selon le plan», a-t-il déclaré, rendant hommage aux soldats russes et à leur «précieux combat contre des néonazis» et des «mercenaires étrangers» qui utilisent selon lui les civils comme «boucliers humains» en Ukraine.

C'est bien une zone résidentielle que la partie ukrainienne accuse l'armée russe d'avoir visé jeudi à Tcherniguiv, sur la route de Kyiv, faisant 33 morts selon un denier bilan.

Saluant le «courage» des soldats russes qu'il a qualifiés de «vrais héros», M. Poutine a assuré qu'ils «se battent fermement avec une compréhension totale de la justesse de leur cause».

«Je n'abandonnerai pas la conviction que les Russes et les Ukrainiens sont un seul peuple», a-t-il encore dit.

Le président russe a annoncé des compensations financières aux soldats russes tués ou blessés en Ukraine, mais aussi à ceux qui y sont toujours déployés.

La Russie a affirmé mercredi que 498 soldats russes avaient été tués et 1 597 autres blessés.

M. Poutine a salué leur «précieux combat contre des néonazis» et des «mercenaires étrangers» qui utilisent les civils comme «boucliers humains».

Kyiv affirme qu'au moins 350 civils ont été tués dans l'invasion russe.

Outre des habitations, «l'aviation russe a attaqué deux écoles du quartier de Stara Podsoudovka», a écrit le gouverneur local, Viatcheslav Tchaous sur son compte Telegram, publiant des images de bâtiments éventrés.

Des images du service des situations d'urgence montraient notamment des sauveteurs transportant des corps.

Quelques heures auparavant, M. Poutine avait douché les espoirs de médiation du président français Emmanuel Macron, lui déclarant au téléphone que la Russie avait «l'intention de poursuivre sans compromis son combat contre les membres des groupes nationalistes qui commettent des crimes de guerre», et répétant son exigence d'une démilitarisation et d'un statut neutre pour l'Ukraine, selon le Kremlin.

«Le pire est à venir», M. Poutine veut «prendre le contrôle» de toute l'Ukraine, avait jugé le président français après cet appel, selon l'Élysée. 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, devenu un héros dans son pays, a de son côté mis le maître du Kremlin au défi de le rencontrer. «Je dois parler à Poutine (…), car c'est le seul moyen d'arrêter cette guerre», a-t-il lancé à Kyiv.

«Des centaines voire des milliers» de victimes

Les États-Unis «soutiendront les efforts diplomatiques» pour obtenir un cessez-le-feu avec Moscou, même si «c'est beaucoup plus difficile d'y parvenir quand les tirs résonnent et les chars avancent», avait déclaré avant le nouveau round de négociations le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

«Des centaines voire des milliers de civils ont été tués et blessés», a-t-il déploré. Personne n'a avancé jusqu'ici d'estimation pour le bilan global du conflit.

M. Blinken entamait jeudi une tournée incluant Pologne, pays baltes et Moldavie. 

Cette dernière, qui craint d'être la prochaine cible de Moscou, a annoncé jeudi avoir déposé officiellement sa candidature à l'entrée dans l'Union européenne, tout comme la Géorgie.

 

Zelensky veut parler à Poutine, «seul moyen d'arrêter la guerre»

11h07 | Kyiv — Le président ukrainien a appelé jeudi les Occidentaux à accroître leur soutien, martelant que si son pays était défait par la Russie, elle s'attaquerait au reste de l'Europe de l'Est pour arriver «jusqu'au mur de Berlin».

«Si nous disparaissons, que Dieu nous protège, ensuite ce sera la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie, etc. Jusqu'au mur de Berlin, croyez-moi», a dit Volodymyr Zelensky, estimant que le Kremlin pourrait avoir pour objectif de reconstruire toute la sphère d'influence européenne de l'URSS.

Il a aussi appelé les Occidentaux à imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son pays.

«Et si vous n'avez pas la force pour fermer le ciel, alors donnez-moi des avions!», s'est-il exclamé.

Le président ukrainien a aussi déclaré être prêt à parler à Vladimir Poutine.

«Je dois parler à Poutine (…) parce que c'est le seul moyen d'arrêter cette guerre», a-t-il dit, «il faut parler sans condition, sans rancœur, comme des hommes».

Mais M. Zelensky a aussi interpellé son homologue qui a ordonné l'invasion de son pays il y a une semaine: «Tu veux quoi de nous? Pars de notre terre!»

Avant de lancer: «Assieds-toi avec moi (…), mais pas à trente mètres comme avec (Emmanuel) Macron ou (Olaf) Scholz. Je suis un gars normal, je ne mords pas!».

Il se moquait ainsi de la très longue table à laquelle le président russe reçoit ses hôtes russes comme étrangers du fait du protocole sanitaire drastique pour le protéger de la COVID-19. 

 

À la page suivante, début de nouveaux pourparlers

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