Pour éviter les sanctions des É-U contre l'Iran, l'Europe troque

Publié le 25/09/2018 à 10:29

Pour éviter les sanctions des É-U contre l'Iran, l'Europe troque

Publié le 25/09/2018 à 10:29

Par AFP

[Photo: 123rf]

Les Européens ont annoncé la création d’un système de troc afin de préserver leur commerce avec l’Iran tout en échappant aux sanctions américaines, défiant Donald Trump au moment où il devait se livrer à une nouvelle charge contre Téhéran, mardi à l’ONU.


Cette initiative vise à sauver l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 malgré la sortie fracassante des États-Unis de cet engagement en mai.


« Concrètement, les États membres de l’Union européenne vont instaurer une entité légale pour faciliter les transactions financières légitimes avec l’Iran », a expliqué la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, dans une déclaration lue conjointement avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, lundi soir à New York.


« Ce système permettra aux compagnies européennes de continuer à commercer avec l’Iran (...) et pourrait être ouvert à d’autres partenaires dans le monde », a-t-elle ajouté à l’issue d’une réunion des six pays encore partie à l’accord.


Les représentants de la France, la Grande-Bretagne, la Chine, la Russie, l’Allemagne et l’Iran se sont réunis en marge de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies, à la veille d’un discours très attendu de Donald Trump.


Ce « véhicule dédié » européen (Special purpose vehicle - SPV) fonctionnera comme un système de troc ou une bourse d’échanges à partir de la vente de pétrole iranien, première ressource du pays.


Chambre de compensation 


« Cela ressemblera à une chambre de compensation. Lorsque nous importerons du pétrole d’Iran, l’argent sera versé au SPV. Si ensuite une machine est vendue par une société européenne en Iran, le paiement interviendra via le SPV », a expliqué un diplomate européen à l’AFP.  


Ce mécanisme « immunise » acheteurs et vendeurs en évitant des transactions en dollars qui pourraient les exposer à des sanctions américaines, renchérit une source diplomatique française.


« Le pétrole est la seule contrepartie que l’Iran peut donner (...) Il permet aux recettes du pétrole d’être utilisées pour importer des biens », poursuit cette source.


L’accord conclu en 2015 est censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique et le sortir parallèlement de son isolement économique grâce à une levée des sanctions qui l’étranglaient.


Mais en claquant la porte de l’accord, le président américain a rétabli une série de lourdes sanctions visant aussi les entreprises ou pays étrangers qui continueraient de faire des affaires avec Téhéran. Sous la menace, nombre de grands groupes (Total, Daimler...) très engagés aux États-Unis ont depuis cessé toute activité avec l’Iran par crainte de représailles américaines.


Le 4 novembre, une nouvelle vague de sanctions frappera directement les exportations de pétrole iraniennes et les opérations bancaires avec ce pays, qui va se retrouver de facto déconnecté des circuits financiers internationaux.


Risque d’escalade régionale


Les nouveaux canaux de paiement doivent « rassurer les acteurs économiques », a souligné devant la presse Federica Mogherini. 


Il s’agit aussi de préserver les bénéfices économiques attendus par l’Iran en échange de son maintien dans l’accord et de son renoncement à un programme nucléaire militaire.


« Pour sauver l’accord, nous avons besoin de solutions concrètes préservant les voies de paiements et le commerce avec l’Iran », a insisté le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.


Les Européens redoutent que l’Iran ne reprenne pas son programme nucléaire et déclenche une course à l’arme atomique dans la région.


Ils s’inquiètent aussi d’un affaiblissement du président iranien, Hassan Rohani, ardent défenseur de l’accord nucléaire, mais qui, pour l’heure, n’en a pas engrangé les bénéfices escomptés, au profit des éléments les plus radicaux du régime.


« Si les fronts se durcissent, rien n’ira mieux, rien ne sera plus simple, tout deviendra plus difficile et plus dangereux. Ce chemin conduirait à une impasse et mènerait au danger d’une escalade régionale », a averti le chef de la diplomatie allemande. 


Lundi, Hassan Rohani a affirmé à la chaîne de télévision NBC que son pays avait choisi de rester pour l’instant dans l’accord nucléaire.


 


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