Entrevue n°251: Ma Jun, fondateur, Institute of Public and Environmental Affairs


Édition du 06 Juin 2015

Entrevue n°251: Ma Jun, fondateur, Institute of Public and Environmental Affairs


Édition du 06 Juin 2015

Par Diane Bérard

Ma Jun, fondateur, Institute of Public and Environmental Affairs. [Photo: World Economic Forum]

En 1999, Ma Jun publie le brulôt China's Water Crisis. En 2006, il figure parmi les 100 personnalités du Times. En 2012, il fait partie des 100 penseurs mondiaux de Foreign Policy. Pionnier de l'activisme environnemental en Chine, Ma Jun dirige la plus influente organisation non gouvernementale de Chine, l'Institute of Public and Environmental Affairs.

Diane Bérard - Quelle est la mission de votre organisation ?

Ma Jun - Nous visons la réduction de la pollution en Chine et l'implantation de mesures de contrôle durables.

D.B. - Vous avez créé la première carte de la pollution chinoise en temps réel, à partir des données gouvernementales. En Occident, on nous dit de ne pas nous fier aux données produites par Beijing...

M.J. - C'est une décision stratégique. En Chine, la légitimité des ONG n'est pas facile à gagner. Il fallait débuter quelque part. Il valait mieux utiliser les données d'une source que tout le monde connaît, une sorte de dénominateur commun. Nous avons évité de nous embourber dès notre lancement dans un débat sur la source de nos données. Et puis, en optant pour les statistiques produites par les fonctionnaires du gouvernement, il devenait difficile pour celui-ci de nous contester.

D.B. - Que trouve-t-on sur cette carte ?

M.J. - Des données sur la pollution de l'air en ville, la pollution de l'eau et le déploiement des usines assorti, pour chacune, de leur cote de respect des lois environnementales minimales.

D.B. - Comment est-elle mise à jour ?

M.J. - Par la population. Notre carte est disponible sur une application mobile qui a été financée par la fondation Alibaba. Chaque année, le gouvernement publie la liste des plus grands pollueurs. Elle contient environ 15 000 noms, mais nous ignorons où se trouvent ces usines. Pour que ces entreprises sentent vraiment la pression, il faut afficher leur emplacement sur notre carte. Les citoyens nous aident en prenant des photos lorsqu'ils les localisent. Ils affichent ces photos sur Weibo, le Twitter chinois.

D.B. - Vous avez créé un indice de transparence environnementale avec une ONG américaine. De quoi s'agit-il ?

M.J. - Il y a cinq ans, en partenariat avec le National Resources Defence Council, nous avons créé le Pollution Information Transparency Index (PITI). Cet indice informe les citoyens de 120 villes du degré de transparence de leur gouvernement municipal en ce qui concerne les sources de pollution de leur région.

D.B. - Parlons votre stratégie. Pourquoi ciblez-vous les multinationales plutôt que les sociétés chinoises ?

M.J. - Dès notre création, ce sont les multinationales étrangères qui sont venues vers nous plutôt que les sociétés chinoises. Nous avons constaté que les multinationales ont bien plus à perdre d'une image de pollueur que les sociétés locales. Les multinationales ont une image et une marque à protéger auprès de leurs parties prenantes à domicile. Les sous-traitants chinois, eux, se fichent de leur image. Ils n'ont aucune marque.

D.B. - Racontez-nous votre première intervention.

M.J. - La première société étrangère à communiquer avec nous a été une importante marque américaine. Elle avait été avertie par un de ses directeurs régionaux qui avaient entendu parler de notre ONG. Celui-ci lui a appris qu'un de ses fournisseurs apparaissait dans notre banque de pollueurs. L'Américain était furieux. Il a annulé les primes des cadres chinois de l'usine. D'autres multinationales ont suivi, à mesure qu'elles ont découvert les irrégularités de leurs sous-traitants grâce à notre banque de données.

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