Libre-échange avec la Chine : un accord à double tranchant pour les manufacturiers

Publié le 06/03/2014 à 11:38

Libre-échange avec la Chine : un accord à double tranchant pour les manufacturiers

Publié le 06/03/2014 à 11:38

Par François Normand

Parmi les sept nouveaux secteurs que Beijing souhaite voir émerger figurent notamment la fabrication haut de gamme et la fabrication de véhicules utilisant de sources d’énergie moins polluantes.

Libre-échange avec la Chine - Série 4de6 - L’industrie manufacturière est un secteur clé au Canada, comptant pour près de 30 % du PIB, sans parler des services qui y sont associés. La conclusion d’un accord de libre-échange avec la Chine aurait un impact majeur sur ces entreprises. Pour le meilleur et pour le pire, disent les analystes.

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Parmi les gagnants, on compte les entreprises qui exportent des produits (biens de consommation, équipements, machineries, etc.) qui répondent à des besoins en Chine. « Les salaires et les coûts de production augmentent en Chine. Elle devient un pays de consommateurs », dit Ari Van Assche, spécialiste de la Chine à HEC Montréal.

Nos entreprises expédient surtout des ressources naturelles, des denrées et des produits agroalimentaires dans ce pays. En 2011, les produits manufacturés représentaient 2,1 % des exportations totales du Canada sur le marché chinois. Cette proportion atteint 16,5 %, si l’on inclut les équipements de transports, les machines et les produits électroniques.

« Il y a certainement des occasions d’affaires pour nos manufacturiers en Chine », dit l’ex-premier ministre du Québec Bernard Landry, professeur de stratégie à l’ESG UQAM, qui enseigne parfois en Chine. Bombardier Transport est d’ailleurs implantée en Chine, où la société de matériels roulants a notamment conçu le train reliant Beijing à Lhassa, au Tibet.

Les secteurs qui en profiteront...

À vrai dire, les deux pays peuvent bien se compléter dans le secteur manufacturier, selon une étude conjointe publiée en 2012 par les gouvernements canadien et chinois (Étude sur les complémentarités économiques du Canada et de la Chine).

La complémentarité est particulièrement importante dans les domaines de l’équipement agricole et du matériel d’exploitation minière.

Un besoin dont profite déjà Schulte Industries, qui fabrique des coupeuses rotatives, des souffleuses et des extracteurs de roches dans le petit village d’Englefeld, à l’est de Saskatoon. Schulte Industries vend ses équipements en Chine.

Les manufacturiers canadiens sont aussi bien positionnés par rapport aux priorités stratégiques industrielles évoquées dans le 12e plan quinquennal de la Chine (2011-2015).

Parmi les sept nouveaux secteurs que Beijing souhaite voir émerger figurent notamment la fabrication haut de gamme et la fabrication de véhicules utilisant de sources d’énergie moins polluantes.

L’économie chinoise a aussi des besoins à combler dans les technologies de l’information, les matériaux de pointe, la protection de l’environnement, les énergies vertes et les biotechnologies.

... et les secteurs qui en pâtiront

Le libre-échange avec la Chine faciliterait l’entrée de produits chinois au Canada, même si les tarifs sur les produits non agricoles sont relativement bas à de 2,4 %, selon le ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international.

Une concurrence chinoise qui se fait du reste déjà sentir auprès de beaucoup de nos manufacturiers. Par exemple, à l’été 2011, les cinq usines de confections de vêtements du Groupe RGR, en Beauce, ont fermé leurs portes en raison de l’explosion du prix du coton et de la concurrence chinoise. Résultat ? Pas moins de 400 employés ont perdu leur emploi, surtout des femmes.

Et attention, prévient Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec : si les entreprises spécialisées dans des produits de niche se croient à l’abri de la concurrence chinoise, eh bien, elles se trompent. « Le Made in China n’est plus synonyme de produits pas chers et de mauvaise qualité », dit-il.

En 2011, les expéditions de produits manufacturés chinois au Canada représentaient à elles seules 30,2 % des exportations totales de la Chine au pays. C’est sans parler des machines et des produits électriques que les entreprises chinoises nous vendent, et qui représentent près de la moitié (45,9 %) de leurs expéditions sur le marché canadien.

Les importations de machinerie et d’équipement en provenance de la Chine se concentrent dans les domaines de l’exploitation minière, des pompes et des soupapes, ainsi que de l’équipement de chantier.

Trois catégories où les Chinois font une percée fulgurante. De 2001 à 2011, la croissance des ventes au Canada dans ces catégories s’est établie en moyenne à 25 % par année.

Dans ce contexte, le salut de notre industrie passe par l’innovation, disent les analystes. Mais pas un processus d’innovation ponctuel ou par projets, car les Chinois apprennent vite. « Il faut se tourner vers l’innovation continue, afin de toujours garder une longueur d’avance », dit Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec.

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