Les défis du Canada seraient majeurs s'il avait un libre-échange avec la Chine

Publié le 13/03/2014 à 16:44

Les défis du Canada seraient majeurs s'il avait un libre-échange avec la Chine

Publié le 13/03/2014 à 16:44

Par François Normand

« La Chine a aussi des ressources naturelles. Par exemple, ses réserves de gaz de schiste sont supérieures à celles des États-Unis. » - Jim Stanford, économiste au syndicat Unifor

Libre-échange avec la Chine - Série 4de6 - Si le Canada concluait un jour accord de libre-échange avec la Chine, les conséquences seraient majeures pour notre économie et notre environnement, sans parler de nos relations avec les États-Unis.

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La quinzaine de spécialistes, d’entrepreneurs et d’universitaires que nous avons interviewés estiment que le Canada ferait face à des défis dans cinq domaines : la structure de l’économie, la protection de l’environnement, les conditions de travail, la productivité et la diplomatie.

Le défi économique

Une concurrence chinoise accrue aurait un impact sur l’économie canadienne. Dans l’industrie manufacturière, des emplois seraient à risque, dans un contexte où le Québec en a déjà perdu 160 000 de 2002 à 2012, selon la CSN. « Il faudrait faire plus de transformation dans le secteur des ressources naturelles », dit son président Jacques Létourneau, qui craint que le Canada ne devienne qu’un fournisseur de matières premières dans un contexte de libre-échange avec la Chine.

Une concentration dans l’extraction des matières premières représenterait non seulement un risque pour les emplois manufacturiers, mais aussi à terme pour les emplois dans le secteur des ressources, estime Jim Stanford, économiste au syndicat Unifor (anciennement les Travailleurs canadiens de l’automobile). « La Chine a aussi des ressources naturelles. Par exemple, ses réserves de gaz de schiste sont supérieures à celles des États-Unis. »

Même le secteur des services au Canada pourrait aussi subir un jour une sérieuse concurrence la Chine, selon Jie He, une spécialiste de la Chine à l’Université de Sherbrooke. « Pour l’instant, les entreprises canadiennes produisent de meilleurs services. Mais les Chinois apprennent vite ! » dit-elle. Globalement, peu importe le secteur (primaire, secondaire ou tertiaire), ce sont les industries tournées vers l’importation qui seraient à risque de perdre des emplois, dit-elle.

Le défi de la productivité

Un éventuel libre-échange avec la Chine forcerait aussi l’ensemble des entreprises canadiennes à accroître leur productivité afin de rester compétitif, disent les ténors du Québec inc. « Nos entreprises n’ont déjà pas le choix d’être plus efficaces. Cela deviendrait une urgence si nous avions le libre-échange avec la Chine », affirme Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec [NDLR : cette entrevue a été accordée avant que M. Prévost annonce qu’il se joignait au Parti québécois à titre de candidat dans la circonscription de Montarville, en Montérégie, lors des élections générales du 7 avril prochain.]

En 2011, un Québécois produisait pour 51,94 $ de valeur de PIB par heure travaillée (calculé selon la parité des pouvoirs d’achat), selon une étude du Centre sur la productivité et la prospérité à HEC Montréal. C’est plus qu’un Japonais (49,01 $), mais moins qu’un Canadien (57,45 $), un Américain (68,94 $) ou un Français (71,16 $).

Une entreprise peut hausser sa productivité en achetant de nouvelles technologies et en formant sa main-d’œuvre.

Le défi de l’environnement

Le libre-échange avec la Chine poserait aussi tout un défi pour l’environnement au Canada, car l’exploitation de nos ressources naturelles s’accélérerait, notamment dans la production de pétrole. « Il serait possible que le Canada émette plus de pollution et de gaz à effet de serre pour approvisionner la Chine en ressources naturelles », dit Jie He, de l’Université de Sherbrooke. Le défi serait d’autant plus grand que le Canada n’arrive déjà pas à réduire ses GES.

Approvisionner la Chine en produits agricoles représenterait sensiblement les mêmes défis. Comme la Chine manque d’eau et de terres agricoles, elle importe de plus en plus des denrées et des aliments pour nourrir ses 1,3 milliard d’habitants. Le porc en est un bel exemple. La Chine commence à en importer, car elle préfère utiliser sa production céréalière pour nourrir les Chinois et non son cheptel porcin, explique Claude Lafleur, chef de la direction de la Coop fédérée.

Le défi des conditions de travail

Un libre-échange avec la Chine exercerait aussi une pression à la baisse sur les conditions de travail, selon certains analystes. « Je pense que nous devrons composer avec cette pression », affirme Jacques Létourneau, de la CSN. Il donne l’exemple de l’industrie automobile aux États-Unis, où cette pression existe déjà. « Chez General Motors et Chrysler, les nouveaux travailleurs gagnent un tarif horaire de 13 $ US à 14 $US comparativement à 35 $ pour les anciens, et ce, pour un travail équivalent ! »

Bernard Landry, professeur en stratégie à l’ESG UQAM, estime que le risque d’une baisse des conditions de travail est réel, mais qu’il n’est pas inéluctable. « On peut l’éviter si nos entreprises exportent bien en Chine », dit-il. L’ex-premier ministre du Québec rappelle aussi que les salaires manufacturiers augmentent en moyenne de 15 % par année en Chine, ce qui pourrait atténuer à terme des pressions déflationnistes au Canada.

De son côté, Martine Hébert, vice-présidente pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, voit difficilement comment le Canada pourrait ne pas libéraliser davantage son marché du travail advenant le libre-échange avec la Chine. « Il faudrait s’assurer que nos lois soient plus flexibles », dit-elle, en déplorant par exemple le taux de syndicalisation élevé au Québec (40,2 % en 2012). Selon elle, les gouvernements devraient aussi réduire la fiscalité des entreprises.

Le défi de diplomatie

Enfin, un éventuel libre-échange avec la Chine pourrait aussi compliquer la relation du Canada avec son puissant voisin américain, son principal partenaire commercial. Zhan Su, spécialiste de la Chine à l’Université Laval, estime qu’Ottawa devrait sans doute attendre que les négociations du Partenariat Transpacifique – PTP, qui regroupent 12 pays, dont les États-Unis et le Canada, mais pas la Chine – soient finalisées pour amorcer des pourparlers avec Beijing.

« Les États-Unis pourraient ne pas aimer que le Canada fasse cavalier seul avec la Chine, surtout si ces négociations ne respectent pas les normes minimales du PTP », dit-il. Les négociations du PTP, précise ce sinologue, abordent notamment des enjeux liés à l’environnement et aux droits de la personne. Des enjeux qui pourraient difficilement être abordés dans un éventuel traité de libre-échange entre le Canada et la Chine.

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