«Le Québec sous-estime le marché du Sud-Est asiatique» - Jean Charest, ex-premier ministre du Québec


Édition du 23 Mai 2015

«Le Québec sous-estime le marché du Sud-Est asiatique» - Jean Charest, ex-premier ministre du Québec


Édition du 23 Mai 2015

Par François Normand

Jean Charest. [Photo: Jérôme Lavallée]

Les entreprises québécoises ont beau avoir triplé leurs exportations en Chine de 2004 à 2014, elles «sous-estiment» l'Asie du Sud-Est, déplore l'ex-premier ministre Jean Charest.

Aujourd'hui avocat spécialisé en droit du commerce et de l'investissement international chez McCarthy Tétrault, il voyage régulièrement en Asie pour y rencontrer des clients et des acteurs économiques et politiques. En entrevue à Les Affaires, il explique pourquoi les entreprises et les investisseurs du Québec doivent aussi s'intéresser aux 10 pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Association of Southeast Asian Nations, ANSEA), un marché de 625 millions de personnes, qui compte notamment l'Indonésie, Singapour, le Vietnam et le Cambodge.

Les Affaires - Depuis 10 ans, les exportations québécoises en Chine ont bondi de 247 %. Pendant la même période, celles en Asie du Sud-Est ont progressé de 155,8 %, avec une hausse de 610 % en Indonésie seulement. Sous-estimons-nous le marché de l'ANSEA ?

Jean Charest - Oui, j'en suis convaincu. Quand on se compare aux Européens et aux Américains, on voit bien que le Canada est à la traîne. On ne fait pas autant d'efforts pour investir dans l'ANSEA. Il faut en faire beaucoup plus, car un faible pourcentage de notre commerce est destiné à ce marché.

Pourtant, l'Asie du Sud-Est, elle, s'intéresse à nous. Quand j'y vais, je rencontre notamment des investisseurs et des fonds souverains. Et on me pose souvent la question suivante : que font la Caisse de dépôt et placement du Québec ou le Régime de pensions du Canada ?

Je vois d'ailleurs une occasion d'affaires pour nos propres fonds souverains, par exemple de faire des investissements croisés avec des fonds tels que GIC ou Temasek, à Singapour.

Les pays de l'Asie du Sud-Est ont aussi un intérêt pour les ressources naturelles. Il y a des occasions pour le Canada d'y exporter de l'énergie, surtout du gaz naturel liquéfié.

L.A. - Hydro-Québec pourrait-elle y jouer un rôle actif ?

J.C. - Quand je suis devenu premier ministre en 2003, Hydro-Québec avait une division à l'international que mon gouvernement a toutefois fermée. Nous voulions que la société d'État se concentre sur sa mission essentielle. C'est pourquoi elle a vendu à l'époque ses actifs au Chili. Mais depuis, la situation a changé dans le monde. Par exemple, Hydro Manitoba est présente en Asie du Sud-Est et en Afrique pour y vendre son expertise. Il faut jouer sur nos forces. Hydro-Québec est une marque reconnue dans le monde. Il faut construire là-dessus.

L.A. - Quels sont les pays les plus intéressants pour les entreprises québécoises dans l'ANSEA ?

J.C. - Le Vietnam est rendu là où était la Chine il y a 20 ou 30 ans. Par contre, d'autres pays sont politiquement très statiques, comme le Cambodge ou le Laos. La Thaïlande est un cas à part : c'est un pays plein de promesses, mais le contexte politique est très difficile en raison du gouvernement militaire. Le Myanmar [Birmanie] est en train de s'ouvrir, c'est un marché à conquérir. L'Indonésie compte 250 millions d'habitants, et le pays est doté d'un gouvernement favorable aux entreprises. Les occasions d'affaires y sont très grandes.

L.A. - Le Canada a des discussions préliminaires pour négocier un accord de libre-échange avec la Thaïlande et les Philippines, sans parler de négociations formelles avec Singapour. Quel autre pays devrait être la priorité d'Ottawa dans l'ANSEA ? L'Indonésie ?

J.C. - Oui, mais il ne faut pas sous-estimer l'importance de Singapour. Dans un contexte où l'Asie connaît une période de militarisation et une intensification du nationalisme, Singapour est une oasis de stabilité et un important centre financier. La Caisse de dépôt et placement du Québec y a d'ailleurs ouvert un bureau pour couvrir l'Asie du Sud-Est. Singapour est une bonne rampe de lancement pour investir dans la région, car ce pays a tissé un important réseau financier et économique dans la région.

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