À qui profite Trump? Aux robots

Publié le 15/01/2017 à 09:28

À qui profite Trump? Aux robots

Publié le 15/01/2017 à 09:28

ANALYSE. Donald Trump se vante d'empêcher la relocalisation de plusieurs entreprises américaines, dont Ford au Mexique. Mais les principaux bénéficiaires de ce mouvement restent silencieux: ce sont les robots industriels.

Ouvrons d'emblée une petite parenthèse québécoise. Une étude a estimé que plus d'un emploi sur trois (36%) au Québec présentaient un «risque élevé» d'être effectués non plus par des êtres humains, mais majoritairement par des robots «d'ici 10 à 20 ans». À l'échelle du Canada, ce pourcentage grimpait même à 4 emplois sur dix. Les postes les plus exposés à ce risque dans le pays étaient celui de vendeur dans le commerce de détail (probabilité de 92%), d'adjointe administrative (96%) ou encore de cuisinier, pour se limiter à ces quelques exemples. (Re)lisez Les emplois pris par les robots au Québec!

Nos entreprises manufacturières ont eu tendance à afficher un retard en matière d'automatisation, ce qui les rend moins compétitives par rapport à leurs concurrentes du Canada et de l'étranger. Un enjeu préoccupant dans un contexte où le pays signe de plus en plus d'accords de libre-échange avec d'autres marchés. (Re)lisez L'automatisation, une question de survie.

Entre gains et pertes

Le commerce international, ainsi que des pays comme la Chine ou le Mexique, sont souvent montrés du doigt pour les fermetures d'usines dans les pays riches, alors que les véritables responsables, tapis au cœur des complexes chaînes d'assemblage de l'économie mondialisée, sont plus difficiles à cibler et à combattre. Les innovations technologiques réduisent en effet le besoin de main-d'oeuvre bon marché à l'étranger.

Depuis que l'emploi industriel a atteint son plus haut niveau aux États-Unis à la fin des années 1970, « 95% des pertes d'emplois sont dues à des gains de productivité, dont l'automatisation et les technologies de l'information, et non au commerce », selon Michael Hicks, du Centre de recherches sur l'économie et les affaires de l'Université Ball State dans l'Indiana.

Cet État américain fait partie des bastions industriels où Donald Trump a triomphé en novembre. Le futur président a menacé de droits de douane dissuasifs les sociétés qui délocalisent tout en promettant de devenir « le plus grand producteur d'emplois que Dieu a jamais créé ».

L'économie américaine n'a pourtant jamais produit autant de biens manufacturés, tout en employant dans ses usines 7,3 millions d'ouvriers de moins qu'en 1979.

À partir des années 1960, des machines ont commencé à peindre, à découper, à souder et à assembler. Les constructeurs automobiles ont un rêve : produire vite et sans erreur. Tout cela en réduisant les coûts. Depuis longtemps, la stratégie de l'automatisation a donc pris le devant de la scène dans l'industrie.

Aujourd'hui, une multitude de nouveaux emplois sont menacés par l'intelligence artificielle, des nouveaux outils de gestion ou les imprimantes 3D.

Calcul simpliste

Pour Hicks, qui connaît depuis des années l'ancien gouverneur de l'Indiana et futur vice-président américain Mike Pence, les récentes promesses de Ford, des climatiseurs Carrier (basés dans l'Indiana) et d'autres de ne pas délocaliser relèvent du « théâtre politique ».

« L'apparent revirement de ces sociétés américaines est dû au froid calcul escompté de baisses d'impôts et de changements réglementaires » sous l'administration Trump, a déclaré cet universitaire. Il ajoute que les robots représenteront l'essentiel des investissements redirigés vers les Etats-Unis.

Les promesses de renégociations d'accords commerciaux ont permis à Trump de marquer des points durant sa campagne mais leur impact sera limité si l'automatisation rend un grand nombre d'emplois peu qualifiés superflus.

Entre 1980 et 2015, la production manufacturière a augmenté de 250% aux Etats-Unis tandis que la main d'oeuvre de ce secteur s'est contractée de 40%, selon une étude de la Brookings Institution à Washington.

« Ces courbes divergentes -qui reflètent la hausse de productivité du secteur- soulignent un énorme problème pour les promesses de Trump d'aider les ouvriers en faisant revenir des millions d'emplois industriels », écrit dans un blog Mark Muro, un expert de la Brookings Institution.

L'utilisation des robots industriels à travers le monde augmente inexorablement, selon la Fédération internationale de la robotique. Leur premier marché est désormais la Chine.

« Le commerce protège la consommation »

Et quand bien même les emplois industriels reviendraient, les consommateurs occidentaux rechigneraient à payer les prix élevés que les entreprises devraient réclamer pour refléter le coût des intrants, en premier lieu des salaires. Si la production de téléviseurs était restée aux États-Unis, ils coûteraient en moyenne plusieurs centaines de dollars de plus qu'aujourd'hui, et les foyers n'en auraient toujours qu'un dans le salon au lieu de plusieurs disséminés à travers la maison.

« Le commerce ne tue pas l'emploi, il protège la consommation », selon Hicks qui souligne que la mondialisation a créé des millions de postes de plus dans les services et la logistique des pays occidentaux qu'il n'en a détruits dans leurs industries. Si les emplois industriels sont perdus à jamais, et que des machines capables d'apprendre, les nanotechnologies ou l'internet des objets annoncent une « quatrième révolution industrielle », qu'est-ce qui peut encore être fait pour le travail dans les pays développés ?

Certaines idées, comme le revenu universel, sont encore en phase d'élaboration. D'autres, plus éprouvées, comme la nécessité d'une meilleure formation, plus urgentes que jamais à mettre en œuvre.

Ces sujets vont éclairer les discussions du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, qui se tiendra durant une semaine également marquée par la prise de fonctions de Trump.

« Nous sommes à un tournant historique. Nous avons besoin de concepts nouveaux. Nous ne pouvons pas seulement avoir des solutions populistes », affirme le fondateur du Forum de Davos, Klaus Schwab.

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