Le Québec inc. devrait se tourner vers l’Afrique

Publié le 25/02/2021 à 15:42

Le Québec inc. devrait se tourner vers l’Afrique

Publié le 25/02/2021 à 15:42

Les entreprises devraient mettre l’accent sur des secteurs porteurs sur ce continent, telles l’énergie, les technologies vertes et le numérique. (Photo: 123RF)

L’Afrique est un « continent d’opportunités » pour les gens d’affaires québécois, pour peu que ceux-ci « changent d’approche » et développent une proximité avec les pays à fort potentiel, assure le nouveau Délégué général du Québec à Dakar, Iya Touré.

Entré en poste le 15 décembre dernier, le successeur de la controversée Fatima Houda-Pepin a participé le 25 février à une discussion virtuelle sur les perspectives économiques en Afrique organisée par le Centre d’études et de recherches internationales (CÉRIUM), en partenariat avec le ministère des Relations internationales et de la Francophonie et l’Observatoire de la Francophonie économique de l’Université de Montréal.

« Au cours des trois dernières années, les échanges commerciaux entre Québec et le continent africain varient de 2,2 à 2,7 milliards de dollars, a précisé Iya Touré. Sauf que les exportations de marchandises du Québec en Afrique comptent pour moins de 2 %… Est-ce qu’on peut se contenter de ça ? Non ! »

Le Délégué a donc invité les acteurs économiques québécois à « miser sur des pays à fort potentiel », c’est-à-dire ceux que la Banque mondiale qualifie de pays à revenu intermédiaire (RNB par habitant entre 1 036 $US et 12 535 $US en 2020) et qui ont un secteur privé plus important. Le Maghreb en compte déjà quelques-uns, et plusieurs États africains projettent d’atteindre ce statut d’ici 2030. « Si on priorise les pays qui ont commencé à adopter des réformes et des plans d’investissement, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana, les échanges peuvent très bien débuter. »

Il a aussi incité le Québec inc. à mettre l’accent sur des secteurs porteurs sur ce continent, tels l’énergie, les technologies vertes, l’agriculture et tout ce qui touche le numérique. Sans oublier les infrastructures.

Dans tous les cas, les entreprises ne doivent pas négliger l’importance de se rendre à l’endroit où elles souhaitent faire des affaires. « Venez sur le terrain, faites la démonstration de votre savoir-faire et cela jouera en votre faveur », a assuré Iya Touré, qui en a d’ailleurs profité pour appeler de tous ses vœux un vol direct entre Montréal et Dakar, capitale du Sénégal. « Après la langue, la proximité est un élément fondamental ; la connexion aérienne sera déterminante dans le processus de rapprochement entre l’Afrique de l’Ouest et le Québec », a-t-il insisté.

En terminant, le Délégué général du Québec à Dakar a annoncé que « la volonté du Québec d’être un joueur important en Afrique est appuyée par une stratégie de positionnement qui sera bientôt dévoilée ».

« Historiquement, l’approche du Québec en Afrique comportait surtout des interventions en matière de solidarité et de coopération internationale, a-t-il fait valoir. Depuis quelques années, on est passé d’une diplomatie d’influence à une diplomatie économique. Dans les représentations à l’étranger, vous avez des gens qui sont à l’affût des opportunités économiques et qui prennent leur bâton de pèlerin pour créer des contacts et alerter les entreprises québécoises. »

 

Fintechs et capital privé

Le rôle crucial des innovations technologiques dans le domaine financier a aussi été souligné par les experts invités par le CÉRIUM. « La fintech recèle un grand potentiel de développement économique et d’inclusion financière », a fait valoir Oumar Diallo, directeur de la fintech et de l’innovation à l’Autorité des marchés financiers (AMF) en précisant que l’accès à des services financiers adaptés a un impact sur les revenus et les dépenses des consommateurs africains.

Il a toutefois noté qu’il faut « faire preuve d’inventivité » pour être en mesure de livrer les mêmes services qu’en Amérique du Nord. Entrent en scène les solutions bancaires qui tirent avantage des téléphones mobiles, extrêmement répandus sur le continent. « Il faut encourager activement les start-up locales, dont certaines sont fondées par la diaspora », a déclaré Oumar Diallo en donnant l’exemple de Yulcom Technologies.

Début février, cette firme montréalaise dirigée par Youmani Jérôme Lankoandé, originaire du Burkina Faso, a signé une entente avec Développement international Desjardins. L’objectif est « de concevoir une offre de service numérique enrichie » destinée à soutenir l’inclusion financière des populations marginalisées dans les pays en développement et émergents.

Le directeur fintech de l’AMF a également rappelé qu’« il y a beaucoup d’intervenants du secteur privé qui investissent et qui prennent des risques » en Afrique et qu’« il ne faudrait pas sous-estimer l’impact du capital privé dans la manière dont les choses évoluent sur le continent ».

D’ailleurs, le fonds d’investissement Partech Africa a calculé qu’en 2020, 359 levées de fonds en capital de risques ont été réalisées par 347 start-up africaines, pour un financement total de près de 1,5 milliard de dollars américains. Près de 25 % de ces financements visaient les fintechs, suivis par l’agritech, la logistique et la mobilité.

 

« Dans le domaine minier, l’image est assez lugubre »

Les ressources naturelles dont regorge le continent africain ont également été abordées, principalement sous l’angle des problèmes de corruption, du manque de transparence et des impacts environnementaux.

« C’est un peu dangereux de penser que les relations entre le Canada et l’Afrique sont toujours positives ; dans le domaine minier, l’image est assez lugubre : les compagnies minières canadiennes – qui sont les plus nombreuses sur le continent – sont accusées de beaucoup de torts », a tenu à nuancer Nadège Compaoré, professeure adjointe en relations internationales à l’Université de Toronto.

La spécialiste des questions minières et pétrolières en Afrique a souligné que le gouvernement fédéral « a commencé à se rendre compte » de cet enjeu il y a quelques années. Une Stratégie de responsabilité sociétale des entreprises pour les sociétés extractives canadiennes présentes à l’étranger a ainsi été annoncée par Ottawa en 2009, puis révisée en 2014.

Néanmoins, comme l’a fait remarquer Iya Touré, « les ressources naturelles africaines pourraient faire l’objet d’un colloque à part entière ».

 

 

 

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