Egypte: les islamistes annulent des manifestations craignant des violences

Publié le 18/08/2013 à 12:17

Egypte: les islamistes annulent des manifestations craignant des violences

Publié le 18/08/2013 à 12:17

Par AFP

Les islamistes ont annulé plusieurs de leurs manifestations prévues dimanche contre le coup militaire en Egypte, évoquant des "raisons de sécurité" après des heurts qui ont fait en quatre jours plus de 750 morts.

Cette décision intervient alors que le nouvel homme fort du pays, le chef de la toute-puissante armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, a assuré dimanche que son pays ne "plierait" pas face à la violence des islamistes, devant un parterre de chefs militaires et de la police.

Signe du manque apparent d'organisation des Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi dont la plupart des dirigeants sont désormais incarcérés ou en fuite, plusieurs communiqués contradictoires ont annoncé l'annulation ou le maintien des neuf cortèges prévus.

L'armée bloquait des grands axes du Caire, pour empêcher des manifestations islamistes, tandis que le ministère des Biens religieux a annoncé que les mosquées ne seraient désormais plus ouvertes que pour les prières, tentant ainsi d'éviter les rassemblements dans ces lieux de culte.

Des images de télévision ont toutefois montré des défilés en dehors de la capitale.

Les pro-Morsi ont appelé samedi à une semaine de manifestations, mais ils ne sont pas parvenus à mobiliser ce jour-là, seuls quelques groupes de manifestants bravant le couvre-feu nocturne.

 

Plus de 750 morts en quatre jours

Depuis le coup de force des militaires, l'Egypte est divisée en deux camps qui semblent désormais irréconciliables: d'une part les Frères musulmans, et de l'autre les partisans de la solution sécuritaire de l'armée, qui l'a emporté sur les rares voix au sein des nouvelles autorités prônant une solution négociée.

Les violences ont atteint un niveau jamais égalé dans le pays, où les forces de l'ordre ont désormais l'autorisation d'ouvrir le feu sur les manifestants violents: mercredi, journée la plus meurtrière de l'histoire récente du pays, quelque 600 personnes ont péri, notamment dans la dispersion de deux sit-in islamistes. Deux jours plus tard, lors du "vendredi de la colère" des pro-Morsi, 173 personnes ont été tuées, en majorité des manifestants. Au total, 70 policiers ont trouvé la mort dans ces violences.

Le pouvoir, qui a décrété l'état d'urgence et le couvre-feu, assure "combattre le terrorisme" et que les forces de sécurité essuient des tirs des manifestants.

Samedi, après des échanges de tirs, la police a évacué de force des centaines de pro-Morsi retranchés dans une mosquée du Caire --dont certains ont ensuite été tabassés par une foule en colère. Quelque 385 personnes ont été arrêtées.

Dimanche matin, premier jour de la semaine en Egypte, la vie avait repris un cours quasi normal dans les rues du Caire de nouveau embouteillées. En fin d'après-midi toutefois, les rues se vidaient en prévision de possibles manifestations.

 

Réexaminer les relations avec l'Egypte

L'épreuve de force n'a pas connu de répit ces derniers jours malgré les condamnations internationales et les appels à la retenue, et l'Union européenne a averti qu'elle était prête à "réexaminer" ses relations avec ce pays si la violence ne cessait pas.

Alors que la télévision affiche désormais en permanence le logo "l'Egypte combat le terrorisme", en anglais, et que la presse, unanime, dénonce le "complot" des Frères musulmans, le gouvernement continue d'assurer que les membres de la confrérie pourraient participer au processus de transition, tout en précisant qu'il n'y aura "pas de réconciliation avec ceux ayant du sang sur les mains".

Les principaux dirigeants de la confrérie, dont son Guide suprême en fuite Mohamed Badie, seront jugés à partir du 25 août pour "incitation au meurtre" de manifestants anti-Morsi.

Craignant de nouvelles violences, les Etats-Unis ont annoncé que leur ambassade au Caire resterait fermée dimanche.

Londres et l'ONU ont dénoncé un "usage excessif de la force" contre les manifestants, alors que Berlin a appelé au "dialogue", seule solution pour éviter la "guerre civile".

Des sénateurs américains, dont l'influent républicain John McCain, ont demandé que les Etats-Unis coupent la substantielle assistance militaire à l'Egypte après le "massacre".

En revanche, l'Autorité palestinienne, la Jordanie et surtout Ryad ont affirmé soutenir le pouvoir égyptien "face au terrorisme".

A l'issue d'une année de présidence, M. Morsi était accusé par ses détracteurs d'avoir accaparé le pouvoir et d'avoir achevé de ruiner une économie déjà exsangue.


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