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Se lancer dans un MBA: un risque pour ma vie de famille?

Olivier Schmouker|Mis à jour le 26 avril 2024

Se lancer dans un MBA: un risque pour ma vie de famille?

Il est impératif d’en parler en long et en large avec toutes les personnes que cela pourrait affecter. (Photo: 123RF)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «J’aspire à de plus hautes fonctions au sein de mon entreprise. Je pense qu’un MBA me permettrait d’impressionner la haute direction et, donc, de décupler mes chances d’obtenir une promotion. Le problème, c’est ma crainte d’échouer, et surtout, c’est ma peur que le temps consacré à un MBA ne m’amène à délaisser mon chum et notre petite fée… » – Tanya

R. — Chère Tanya, se lancer dans un «Master in Business Administration» (MBA) est une décision qui doit être mûrement réfléchie. Ne serait-ce, comme vous le soulignez, qu’en raison du fait que ce diplôme est chronophage : à temps partiel, il est de mise de devoir lui dédier deux soirées par semaine et un samedi par mois ; et ce, durant deux années.

Voilà pourquoi il est impératif d’en parler en long et en large avec toutes les personnes que cela pourrait affecter: votre petite famille, bien entendu, mais aussi vos proches et vos amis, qui pourraient se sentir frustrés de vous voir moins souvent. Ces discussions présenteront l’avantage supplémentaire de tester votre motivation, de voir si vous êtes réellement désireuse d’empiéter sur votre vie privée pour pouvoir voler vers de nouveaux horizons professionnels.

Ensuite, il convient de soigneusement calculer et planifier le temps qu’un MBA vous prendra (lectures obligatoires, travaux à rendre, etc.). Vous pouvez le faire en contactant les organisateurs du MBA que vous ciblez, et mieux, de récents titulaires de celui-ci.

Tout cela vous donnera une idée un peu plus claire de votre projet. Mais je tiens à souligner que ça ne suffira pas pour vous lancer véritablement. Car il vous manquera encore une chose — primordiale —, comme je l’ai saisi à la lecture d’une récente étude menée par Samantha Horn et George Loewenstein, respectivement doctorante et professeur en économie et en psychologie de l’Université Carnegie-Mellon à Pittsburgh (États-Unis)…

Les deux chercheurs ont regardé comment les gens s’y prenaient pour estimer le temps nécessaire pour effectuer un changement important dans leur vie : acquérir une nouvelle compétence, changer de profession, ou encore maîtriser une nouvelle technologie. Ils ont notamment fait une expérience où les participants devaient prédire le temps qu’il leur faudrait pour mener à bien une mission relativement simple, mais qui était pour eux totalement inédite.

Résultat? Vous comme moi, nous sommes franchement nuls pour anticiper le temps que prend un profond changement. «Les individus sous-estiment constamment leur capacité à s’adapter à une nouvelle situation et à apprendre de celle-ci, par un manque de confiance en eux-mêmes persistant et systématique», est-il noté dans l’étude. Pis, cette erreur de jugement sur soi aboutit à «une vision pessimiste» quant à la capacité à atteindre l’objectif visé.

Selon les deux chercheurs, cette perception erronée de nous-mêmes proviendrait essentiellement de deux biais cognitifs. D’une part, il y a le «biais rétrospectif», qui désigne notre tendance à surestimer rétrospectivement le fait que les événements auraient pu être anticipés moyennant davantage de clairvoyance : avant de nous lancer dans l’inconnu, nous nous faisons une montagne des obstacles à venir ; après coup, nous haussons des épaules, en nous disant que nous avons stressé pour pas grand-chose.

D’autre part, il y a la «malédiction de la connaissance», qui veut que notre cerveau ait du mal à imaginer des états mentaux différents de celui qui prévaut au moment présent: avant de nous lancer dans un MBA, nous imaginons qu’il faut une tonne de connaissances et de travail pour espérer pouvoir décrocher le diplôme; après coup, nous réalisons que nous avions dès le départ bon nombre des connaissances requises ainsi que la fibre d’un stakhanoviste.

Bref, chère Tanya, dressez un plan de match précis et détaillé avant de vous inscrire à votre MBA. Veillez à avoir le soutien inconditionnel de ceux qui vous entourent. Et surtout, dotez-vous de ce qui manque à chacun de nous avant de nous lancer dans un changement en profondeur: la confiance en soi. Oui, dites-vous bien que vous êtes capable d’y parvenir, que vous avez tout pour réussir, que ce qui vous freine ne sont, en vérité, que deux foutus biais cognitifs.