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Oui, le diable s’habille vraiment en Prada!

Olivier Schmouker|Mis à jour le 26 avril 2024

Oui, le diable s’habille vraiment en Prada!

Un signe de «consommation ostentatoire»... (Photo: Jonathan Francisca pour Unsplash)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «Je suis fou de joie. Je vais bientôt aller à un entretien d’embauche pour l’employeur de mes rêves, une grande entreprise d’envergure internationale. Mais un doute m’assaille: dois-je m’habiller le plus chic possible (inhabituel pour moi), pour les impressionner? Ou bien de manière un peu plus décontractée (habituel pour moi), pour faire preuve d’authenticité?» – Arthur

R. — Cher Arthur, vous voulez réussir votre entretien d’embauche en donnant la meilleure impression possible. Eh bien, j’ai une bonne nouvelle pour vous: il y a une réponse claire et nette à votre interrogation, qui va vous permettre d’avoir la tenue adéquate, quel que soit le contexte.

Cette réponse, je l’ai dénichée dans un article récemment paru dans le Journal of Personality and Social Pyschology, signé par trois professeures de marketing: Alixandra Barasch (Insead), Shalena Srna (École de commerce Ross) et Deborah Small (Wharton). Les trois chercheuses ont procédé à six expériences auprès de 3 600 participants provenant de 27 pays différents, lesquelles visaient à savoir si les gens avaient envie de travailler avec de nouveaux collègues affichant des signes de richesse ou de statut social élevé (vêtements griffés, chaussures hors de prix, montre de luxe, etc.), ou pas. Cela leur a permis de faire trois belles trouvailles.

— Les «frimeurs» sont presque toujours perçus comme des personnes «peu chaleureuses», «peu coopératives» et «peu recommandables». Ce qui corrobore d’autres études sur le même sujet, ces personnes-là étant vues la plupart du temps comme «arrogantes», «distantes» et même «immorales». Un peu à l’image de Miranda Priestly, la gourou de la mode, toujours glaciale et richement habillée dans «Le diable s’habille en Prada».

— Les personnes qui affichent une «consommation ostentatoire» — terme concocté en 1899 par l’économiste américain Thorstein Veblen pour désigner ceux qui acquièrent des biens et des services luxueux non seulement parce qu’ils sont de qualité supérieure, mais aussi pour le signe de richesse et de statut social qu’ils envoient — ne sont pas les bienvenues au sein des équipes où la collaboration est de mise. Car elles sont vues comme étant «individualistes» et parfois même «égoïstes».

— En revanche, ces mêmes personnes sont les bienvenues dans les équipes où règne un esprit de compétition, une stricte hiérarchie, ou encore une forte tradition. Et ce, pour plusieurs raisons: dans ces milieux-là, les «frimeurs» ont tendance à être «admirés et écoutés» ; ils sont vus comme d’«habiles négociateurs» ; ils sont perçus comme «séduisants».

Autrement dit, «la “consommation ostentatoire’ est une mauvaise idée dans les contextes coopératifs, mais une bonne stratégie dans les contextes concurrentiels», résument les trois chercheuses dans leur étude.

D’où leur conseil pratique, simple et efficace. «Pour naviguer avec succès dans différents contextes, posez-vous la question suivante: quel est mon objectif principal dans cette situation? Soit, quel est l’attribut le plus important que je veux communiquer sur moi-même?»

Selon Alixandra Barasch, Shalena Srna et Deborah Small, si votre objectif est d’afficher votre réussite dans la vie, de rivaliser avec autrui, d’exercer de l’influence, ou encore de sortir gagnant d’une négociation, il est «logique» de porter vos plus beaux vêtements, de faire du «name dropping», de publier des hashtags de marques luxueuses sur les médias sociaux. Mais si votre objectif est plutôt de chercher la collaboration ou d’inspirer confiance, alors «la modestie est la meilleure approche».

Pour votre entretien, Arthur, tout dépend donc de la culture organisationnelle de votre futur employeur. Si la compétition y est omniprésente, n’hésitez pas à miser sur des marques pour vous démarquer, à porter du Prada pour montrer quel «beau diable» vous pouvez être. Mais si le succès y passe avant tout par la collaboration, jouez alors l’authenticité sans hésiter.