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Louise Champoux-Paillé

Les facteurs ESG en action

Louise Champoux-Paillé

Expert(e) invité(e)

Le blues d’une baby-boomer

Louise Champoux-Paillé|Mis à jour le 11 avril 2024

Le blues d’une baby-boomer

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Dans les années 1970, un livre m’a profondément marquée au moment où je débutais ma carrière en économie. Écrit par Howard Bowen et intitulé Social Responsabilities of the Businessman, cet ouvrage définissait alors la responsabilité des «hommes d’affaires» (signe des temps, on ne parlait pas encore des femmes d’affaires…) «comme l’obligation de réaliser les politiques, de rendre les décisions et de suivre les lignes de conduite répondant aux objectifs et aux valeurs qui sont considérés comme désirables dans notre société.»

L’auteur développait la thèse selon laquelle les dirigeants doivent intégrer dans les politiques de leur entreprise le fait que celle-ci ait des impacts sur l’ensemble de la société. Cette perspective d’une entité plus socialement responsable nous menait à considérer l’entreprise en rapport avec une multiplicité d’intérêts, sans se limiter uniquement à la rentabilité à court terme au bénéfice des actionnaires. Déjà, dans nos cours conjoints à l’université suivis avec les futurs comptables agréés ou gestionnaires, nous discutions de l’importance des rapports intégrés qui combineraient les informations financières et extra-financières d’une organisation afin de mieux juger de sa performance. Et surtout, nous nous engagions à faire une différence dans la manière de rendre compte de nos organisations.

 

L’état de la situation

Depuis lors, l’information extra-financière a pris progressivement de plus en plus de place, jusqu’à être propulsée sur le devant de la scène, au même titre que l’information financière. Une enquête du cabinet EY Global publiée à la fin de 2019 révélait que 74% des responsables financiers estimaient que les investisseurs utilisaient de plus en plus des informations extra-financières dans leur prise de décision.

Une autre étude du Groupe Milani analysait la publication de rapports ESG (environnement, société, gouvernance) au Canada chez les entreprises de l’indice S&P/TSX 60. Cette étude révèle que le nombre de rapports ESG publiés par ces entreprises ne cesse de se bonifier : 80% d’entre elles publiaient de telles informations en 2021, comparativement à seulement 36% en 2016, un bond significatif sur une courte période de temps.

Ma lecture juxtaposée du rapport annuel, ainsi que des rapports ESG, de responsabilité sociale ou de développement durable de plus de 1000 entreprises que je consulte chaque année me permet de dégager une vision de leur stratégie de création de valeur à moyen et long terme.

En effet, je remarque souvent que les informations dites extra-financières ne sont pas présentées dans un contexte de prise de décision pour l’investisseur, l’actionnaire ou les parties prenantes en soulignant leur impact sur la stratégie de l’organisation. Peut-être est-ce par manque d’outils pour bien les évaluer ou tout simplement parce que nous les considérons encore trop souvent comme des informations utiles, mais non nécessaires à la prise de décision.

On peut d’ailleurs se poser la question si le terme «extra-financier» est toujours approprié puisque, quand on y pense bien, ces données permettent d’évaluer la viabilité de l’entreprise à long terme et de se faire un jugement sur son rôle positif dans notre société.

Dans un monde où la stabilité a fait place à la turbulence, et la certitude à l’ambiguïté, ce manque de vision globale dans la communication plaide pour une pensée intégrée, dans un concept développé par Jean-Florent Rérolle, associé chez KPMG et leader en gouvernance, où l’entreprise est appelée «à clarifier sa vision et à développer une pensée intégrée, c’est-à-dire une vision claire de ses enjeux, de sa stratégie et de ses leviers de création de valeur, au sein de son écosystème». Elle rappelle les principes de base du management que sont le travail en commun, le refus des silos, ainsi que la vision stratégique en vue d’une amélioration des processus de décision.

Je me permettrai d’illustrer ma pensée à l’aide du rapport stratégique, un document de référence annuel appuyé par le Financial Reporting Council, dont les directives de contenu viennent d’être mises à jour. Celui-ci n’est pas un rapport de plus, mais un rapport annuel en mieux. Il vise à synthétiser la vision de l’entreprise et à identifier ce qui concerne sa stratégie, ses enjeux et son impact sur son écosystème. Outre d’alléger la partie historique des rapports annuels, il permet d’aligner les forces des équipes sur des objectifs communs et globaux, de donner un sens au travail de chacun et de propulser une perspective de long terme dans l’ensemble de l’organisation.