Vaut-il la peine de retarder le versement de votre pension?

Publié le 07/02/2017 à 08:00

Vaut-il la peine de retarder le versement de votre pension?

Publié le 07/02/2017 à 08:00

En ce qui concerne les pensions gouvernementales, un tiens vaut-il mieux que deux tu l'auras, même si on touche un peu moins d'argent plus tard?

C'est un des dilemmes classiques de finances personnelles auxquels presque tous les Canadiens sont confrontés lorsqu'il s'agit de décider quand commencer à recevoir les versements de la Sécurité de la vieillesse (SV) et du Régime de rentes du Québec (RRQ), ou du Régime de pensions du Canada (RPC) dans les autres provinces. On peut choisir entre des paiements anticipés plus petits pendant une période plus longue et des paiements plus grands plus tard pendant une période plus courte. Qu'est-ce qui est préférable?

Heureusement, à part quelques exceptions, on ne risque pas trop de se tromper, d'un côté comme de l'autre : en effet, les facteurs de rajustement du gouvernement selon que l'on touche sa pension plus tôt ou plus tard sont étudiés pour que les gens qui ont une espérance de vie moyenne en tirent un avantage financier équivalent, ce qu'on appelle dans le jargon « la neutralité actuarielle ».

«Il n'y a pas d'avantage ou d'inconvénient bien tranché pour la plupart des gens », dit Malcolm Hamilton, actuaire à la retraite actuellement membre de l'institut C.D. Howe. « Par conséquent, nul besoin de compliquer la décision ou d'en perdre le sommeil. »

Il est néanmoins important de comprendre les différents facteurs qui peuvent influer sur cette décision, de manière à la prendre de la façon qui convienne le mieux aux préférences et à la situation de chacun. Plusieurs facteurs habituellement anodins pourraient faire basculer la situation d'un côté ou de l'autre. (Les prestations du RPC et du RRQ sont très semblables, mais certains détails sont différents.)

Raisons de commencer à toucher sa pension tôt:

1. Vous êtes en mauvaise santé

Si vous êtes en mauvaise santé et que vous vous attendez à une espérance de vie beaucoup plus courte que la moyenne, il est logique de commencer à toucher votre pension aussitôt que possible à un taux réduit. Cela devrait vous permettre de maximiser le revenu de pension que vous toucherez pendant le restant de vos jours.

Toutefois, si vous n'avez pas atteint 65 ans, que vous avez une invalidité sévère et prolongée et que vous êtes admissible aux prestations d'invalidité du RPC et du RRQ, songez à toucher cette pension d'invalidité immédiatement, en attendant de commencer à percevoir votre pension de retraite à 65 ans. Aux termes du RPC, il vaut toujours mieux procéder de cette manière, dit Doug Runchey, expert du calcul de la SV et du RPC à DRpensions.ca. Vous pouvez toucher à la fois la pension d'invalidité et la pension de retraite du RPC, et la pension d'invalidité est toujours plus élevée que la pension de retraite anticipée, dit-il. Puis, à l'âge de 65 ans, la pension d'invalidité est convertie automatiquement en une pension du RPC normale et sans réduction.

2. Vous avez besoin de revenu

Si vous avez peu d'autres sources de revenu, il est logique de souhaiter le versement des pensions gouvernementales aussitôt que vous êtes à la retraite et admissible. Toutefois, il devient plus ardu de déterminer le meilleur moment possible si vous êtes admissible au Supplément de revenu garanti (SRG) des personnes âgées à 65 ans. Si vous avez besoin d'argent pour vivre au jour le jour et que presque toutes vos sources espérées de flux de trésorerie (notamment vos prestations du RPC/RRQ et vos retraits de votre REER/FERR) sont sujettes à des recouvrements du SRG, il n'y a généralement aucune raison de ne pas commencer à toucher votre RPC/RRQ dès votre départ à la retraite. En fait, vous pouvez même être incité à commencer peu de temps après vos 60 ans. Cela vous permettrait de recevoir initialement des versements sans devoir vous soucier d'un recouvrement. Ensuite, après l'âge de 65 ans, la pension réduite vous occasionnerait des recouvrements du SRG moins élevés que si vous aviez choisi une pension non réduite. Mais si vous avez d'importantes sources d'épargne dans lesquels vous puissiez faire des retraits qui n'auraient pas d'incidence sur vos droits au SRG (comme les comptes d'épargne libres d'impôt), le meilleur moment pour commencer à encaisser vos prestations du RPC/RRQ sera fonction de votre situation personnelle.

3. Vous avez passé beaucoup de temps en dehors de la vie active

Si, il y a plusieurs années, vous avez passé beaucoup de temps en dehors de la vie active et que vous vous êtes arrêté de travailler peu après l'âge de 60 ans, il y a une raison technique complexe qui pourrait vous inciter à commencer à toucher votre RPC/RRQ plus tôt. 

Cette raison technique est le mode de calcul du RPC/RRQ. Vos droits au RPC/RRQ reposent sur la moyenne de vos cotisations et vos gains en relation avec le maximum chaque année depuis l'âge de 18 ans et jusqu'à ce que vous commenciez à toucher vos prestations. Avec le RRQ, vous avez la permission de ne pas inclure au calcul 15 % des années où vous avez gagné le moins, ce qui s'élève à sept ans si vous prenez votre retraite à 65 ans. (Avec le RPC, le facteur de non inclusion est de 17 %.) Dans les deux programmes, vous pouvez ajouter des années supplémentaires de revenu faible en raison d'une invalidité grave ou parce que vous avez élevé des enfants de moins de sept ans. Dans le RPC, les années supplémentaires de revenu faible après 65 ans n'interviendront pas en votre défaveur dans le calcul.

Il se trouve qu'il est facile d'utiliser toutes vos années non incluses si vous avez passé beaucoup de temps à vous instruire ou à vous livrer à d'autres activités non salariées. Si vous vous arrêtez alors de travailler peu de temps après 60 ans et ne commencez pas à toucher tout de suite votre RPC/RRQ, vous ajouterez au calcul d'autres années de revenu nul et de cotisations nulles. Dans ces situations, l'impact en soi est de réduire vos droits au RPC d'environ 2,5 % pour chaque année de report jusqu'à l'âge de 65 ans, dit M. Runchey. Aux termes du RPC, vous obtenez toujours le facteur de report de 7,2 % par an pour avoir attendu de toucher vos prestations, mais l'impact d'ajouter d'autres années de revenu nul au calcul vous coûte environ 2,5 % par an, pour un impact net d'environ 4,7 %, dit M. Runchey. « Vous aurez une plus grosse part d'un gâteau plus petit, mais dans l'ensemble vous aurez quand même plus de gâteau.»

Raisons de commencer à toucher sa pension plus tard:

1. Vous avez une espérance de vie supérieure à la moyenne

Si vous vivez une vie exceptionnellement longue, vous toucherez beaucoup plus d'argent si vous retardez vos prestations gouvernementales aussi longtemps que possible. Bien entendu, quand on est âgé dans la soixantaine, il est difficile de savoir si ça va être le cas. Mais vos chances de le faire s'améliorent si vous atteignez les 60 ans en bonne santé et que vous réunissez un ensemble d'autres indicateurs favorables : vous ne fumez pas, vous n'êtes pas en surpoids, vous faites régulièrement de l'exercice, vous avez une alimentation saine et vos parents et grands-parents vivent généralement plus de 90 ans.

2. Il y a encore quelques petits gains à vous procurer si vous reportez le RPC/RRQ

Deux autres caractéristiques du RPC/RRQ peuvent vous occasionner de modestes gains supplémentaires si vous le repoussez. (Ils ne s'appliquent pas à la SV). D'abord, vos droits au RPC/RRQ sont indexés sur les augmentations de salaire moyennes avant que vous ne commenciez à toucher ces prestations, puis vos prestations sont indexées aux prix à la consommation une fois que vous avez commencé. Les salaires moyens ayant ces dernières années augmenté d'environ un point de pourcentage de plus par an que les prix à la consommation, il y a des chances que la valeur de base de vos droits va augmenter un peu plus vite si vous reportez la prestation plutôt que de la toucher. Deuxièmement, le facteur d'ajustement de report de l'âge de 65 ans à l'âge de 70 ans pour le RPC/RRQ est d'environ un point de pourcentage de plus que pour la SV. (Les deux programmes n'appliquent pas précisément les mêmes hypothèses au concept de « neutralité actuarielle »). Donc, si vous devez retarder une pension jusqu'après l'âge de 65 ans, il vaut mieux que ce soit le RPC/RRQ plutôt que la SV. 

3. Les taux de report ont l'air particulièrement attrayant aujourd'hui

Bien que le gouvernement ait établi les facteurs de report du RPC/RRQ et de la SV en fonction du concept de « neutralité actuarielle », les chiffres ont l'air assez attrayant à la lumière des perspectives de placement difficiles de la période actuelle.

Quand vous commencez à toucher votre pension immédiatement, vous libérez de l'argent de vos épargnes que vous pouvez investir pour plus tard, et vous dépendez donc davantage du rendement que vous procurent vos placements. Ainsi, vous comparez implicitement le taux de rendement que vous pouvez obtenir pour vos propres placements avec le taux intégré aux calculs de report du gouvernement. Fred Vettese, actuaire en chef auprès des consultants en pensions Morneau Shepell et auteur de l'ouvrage The Essential Retirement Guide, dit que les taux de report du RPC incorporent l'hypothèse d'un rendement « nominal » de 6 %, ou d'un rendement « réel » de 4 % après ajustement selon l'inflation. Vous pouvez certainement espérer gagner un rendement similaire pour votre propre portefeuille, mais ce qu'il faut bien comprendre c'est que le rendement de ces pensions est essentiellement garanti par le gouvernement par le biais des facteurs de report, alors qu'atteindre ces chiffres par vous-même vous demandera de prendre des risques de placement importants. C'est particulièrement le cas de nos jours avec la faiblesse des taux d'intérêt, qui peut inciter les personnes âgées à ajouter plus d'actions à leurs portefeuilles qu'ils ne l'auraient fait lorsque le rendement des obligations de qualité supérieure était plus attrayant. 

En plus, les pensions du RPC et de la SV reportées sont indexées pour vous protéger de l'inflation et garanties à vie, alors que les rendements que peuvent générer vos placements ne présentent pas cette sécurité. C'est une propriété fantastique si vous vous inquiétez un tant soit peu de vivre plus longtemps que votre patrimoine.

«Une fois ajusté selon le risque, c'est un excellent arrangement, dit M. Vettese. Ce que font les gens quand ils reportent leurs pensions, c'est de transférer au gouvernement une partie du risque lié au placement et à la longévité.»

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