Tasse-toi, le jeune!


Édition de Octobre 2017

Tasse-toi, le jeune!


Édition de Octobre 2017

[Photo: Martin Flamand]

Amorcer un changement de carrière ou d'emploi après 50 ans ? Ça ne se fait pas de n'importe quelle manière. Voici comment maintenir un profil sexy... à tout âge.

Avant d'avoir 60 ans, Suzanne Houle-Martin n'avait jamais eu à chercher un emploi. Mais après avoir été remerciée deux fois dans la dernière année, cette spécialiste de l'implantation de systèmes de gestion des ressources humaines a commencé à croire que son âge plombait sa carrière.

«J'ai passé des entrevues [d'embauche] toutes les semaines pendant quatre mois, mais je ne me rendais jamais à l'étape suivante. Je me présente bien, j'ai 40 ans d'expérience et je suis bonne dans ce que je fais. C'est quoi le problème ?»

Blâmer leur âge est le principal piège qui guette les travailleurs expérimentés lors d'une transition de carrière, estime André Hétu, directeur de Midi-Quarante. Cette association lavalloise, par laquelle a transité Suzanne après la seconde perte d'emploi, aide les travailleurs de 45 ans et plus à développer leur employabilité. En commençant par leur faire comprendre que l'expérience associée à leur âge est davantage un atout qu'un boulet.

«En arrivant ici, plusieurs de nos clients considèrent qu'ils ont franchi un cap qui les handicape. C'est de moins en moins vrai sur le marché du travail aujourd'hui. Malheureusement, le premier obstacle qu'ils rencontrent est la perception négative qu'ils ont de la conséquence de leur âge.»

Un sentiment de fatalité répandu que s'emploie aussi à désamorcer Mathieu Guénette, consultant et conseiller d'orientation organisationnelle chez Brisson Legris. «Je dis aux travailleurs de 50 ans et plus : "Laisse faire ton âge, permets-toi de mettre des lunettes roses quelques instants et concentre-toi sur ce que tu veux faire [du reste de ta vie professionnelle]" !» lance ce consultant en ressources humaines agréé (CRHA).

Décoller la vieille étiquette

Si l'expérience est d'or, comment en faire valoir les avantages alors que de nombreux employeurs font la courbette devant les représentants de la génération Y ? «Il faut d'abord faire un bilan des acquis et déterminer la raison qui nous pousse à changer de carrière», dit Mathieu Guénette. Deux types de motivation sous-tendent généralement la démarche, explique-t-il : les besoins de croissance - utiliser son plein potentiel, faire du bien, etc. - ou ceux liés à la sécurité financière. «En fin de compte, on arrive à un plan d'action.»

Vous devrez éventuellement établir une stratégie afin de forger la nouvelle identité professionnelle. Par exemple, si vous avez toujours travaillé dans le secteur des assurances, vous êtes M. ou Mme Assurances pour votre entourage, y compris pour un employeur, explique le conseiller d'orientation. Pour se défaire de cette étiquette, il faut définir les compétences transférables d'un secteur à l'autre : l'aptitude à gérer une équipe, par exemple. Misez sur les cartes que vous avez dans votre jeu, conseille-t-il. «Il faut tirer profit de ses acquis et vendre le fait qu'on est capable de créer de la valeur grâce à eux, peu importe le secteur.»

Surtout, ne présumez pas qu'un employeur fera lui-même les liens entre votre bagage professionnel et la nouvelle voie, ajoute Julie Carignan, psychologue organisationnelle et associée à la Société Pierre-Boucher, Psychologie organisationnelle. «Tenez : nous avons dans notre équipe un ex-coiffeur devenu psychologue à près de 50 ans. À première vue, personne ne considérait la coiffure comme un atout dans notre domaine. Mais il se trouve qu'il est particulièrement doué pour écouter et coacher les gens.»

Tous sur Snapchat ?

Le manque d'aisance avec les nouvelles technologies - réel ou présumé - est aussi un frein à l'employabilité des 50 ans et plus, soulignent tous les experts interviewés. Suzanne Houle-Martin - qui a obtenu un DEC en informatique en 1974, à une époque où il fallait deux jours pour obtenir le relevé de ce qu'elle avait codé ! - a notamment apprivoisé l'infonuagique et navigue fréquemment sur les réseaux sociaux comme LinkedIn. «Il ne faut pas avoir peur des nouvelles technologies. C'est un train qui roule et tu n'as pas le choix d'embarquer», dit-elle.

«J'entends souvent : "les réseaux sociaux, ce n'est pas mon genre", renchérit Mathieu Guénette. Pourtant, c'est comme avoir un CV : ce n'est pas une question de genre ! Cela dit, la façon d'être présent sur ces réseaux doit faire l'objet d'une réflexion. Votre identité virtuelle doit traduire votre savoir-faire, votre personnalité, vos valeurs.»

Le réseau LinkedIn est incontournable, selon Julie Carignan, qui conseille non seulement d'y entretenir un profil à jour, mais d'y interagir régulièrement. Faut-il aussi se précipiter sur Snapchat et compagnie pour ne pas avoir l'air de la matante dépassée ? «Pas nécessairement, sauf si c'est pertinent dans votre domaine d'activité», répond-elle. Si vous êtes directeur artistique, par exemple, vous avez peut-être intérêt à être actif sur le réseau Instagram.

Au-delà des réseaux sociaux, Julie Carignan suggère aux travailleurs expérimentés de tenir leurs compétences à jour, tant dans leur domaine d'expertise que sur le plan technologique. «Il faut intégrer l'habitude d'entretenir les réseaux réels ou virtuels : ne pas se tenir uniquement avec notre clique de 50 ans, par exemple, mais participer à des acti-vités intergénérationnelles comme la philanthropie ou les forums de discussion en ligne.»

Comment développer votre réseau si vous ne connaissez personne dans le domaine d'activité convoité ? Sollicitez une rencontre avec quelqu'un qui œuvre dans le secteur, suggère Mathieu Guénette. «Proposez une rencontre informelle, comme un lunch près du bureau de la personne. Ça ne doit pas être intéressé : vous lui dites que vous aimeriez la connaître, que votre projet est au stade exploratoire, etc. Après avoir rencontré quelques autres personnes, vous serez en mesure de cartographier le marché.» Pour trouver ces personnes, tapez des mots-clés dans LinkedIn ou joignez-vous aux groupes de discussion, conseille-t-il.

L'entrepreneuriat pour rester dans le coup

Devenir consultant à son compte est une autre façon de rester actif et attrayant sur le marché du travail bien au-delà de la cinquantaine. À Québec, le Centre de formation professionnelle Maurice-Barbeau a d'ailleurs frappé dans le mille en créant, il y a deux ans, le programme «Entreprendre à 50 ans», qui affiche invariablement complet. Unique au Québec, le programme est notamment populaire auprès des retraités et des préretraités de la fonction publique, explique son coordonnateur, Jean-François Roy.

En quoi ce programme diffère-t-il d'une formation donnée à de plus jeunes entrepreneurs en herbe ? «La réalité est différente pour les 50 ans et plus, explique l'une des enseignantes, Diane Bourbeau. C'est une clientèle qui a beaucoup de savoir-être et de savoir-faire, mais il lui manque de la confiance et de l'aisance en affaires. On passe moins de temps sur les aspects juridiques, par exemple, et on met l'accent sur les technologies et les réseaux sociaux.»

Devenir travailleur autonome à un âge avancé - à temps plein ou à temps partiel - n'implique pas nécessairement un virage à 360 degrés. Par exemple, à 48 ans, après 25 ans de carrière chez IBM - dont plus de la moitié en tant que gestionnaire -, l'informaticien Eugène Roditi a décidé d'accepter l'offre de retraite anticipée de son employeur. Il s'est d'abord joint à un cabinet de consultants en leadership et en innovation avant d'ouvrir le sien. Aujourd'hui, 33 ans plus tard, il donne des conférences, enseigne l'innovation à HEC Montréal et fait du coaching. Il a 81 ans.

«Il n'y a pas de limites à la créativité et pas d'âge pour innover, dit-il. Mais pour générer des idées et être en mesure de passer à l'action, il faut entretenir certains comportements, dont la confiance en soi. Et, bien sûr, il faut être passionné par ce qu'on fait...»

Les pièges

Pour éviter d'être perçu comme un has been, cultivez l'agilité, suggère la psychologue organisationnelle Julie Carignan. «L'un des pièges est la recherche de stabilité. Le monde du travail est en changement continu : vous ne pouvez pas vous asseoir sur vos acquis, vous devez plutôt être constamment sur le bout de vos orteils.» Tenez-vous en forme et en bonne santé, ajoute-t-elle. «Cela va paraître dans l'énergie que vous dégagez. Vous aurez l'air d'en avoir encore beaucoup à donner.»

Autre écueil à éviter : ce qu'André Hétu nomme le syndrome du vieux loup. Toute leur carrière durant, certains professionnels ont entretenu l'image du jeune loup combatif et ambitieux. Après 50 ans, ça ne passe plus, explique-t-il. «En affichant trop d'ambition, les vieux loups qu'ils sont devenus perdent toute crédibilité. L'employeur leur préfère généralement des candidats plus authentiques, qui assument leur âge.»

Pour demeurer attrayant, sachez rester humble, poursuit le CRHA Mathieu Guénette. Mais pas trop non plus ! «On peut certainement présenter son âge comme une force plutôt qu'un handicap. Mais attention à ne pas sonner faux, du genre "vous avez une chance extraordinaire d'embaucher une personne d'expérience"... Ça prend un juste milieu.»

Soyez honnête et exposez vos intentions, ce qui rassurera un employeur frileux, renchérit Julie Carignan. «On dira par exemple : "J'en ai pour dix ou cinq bonnes années et je t'assure de mon entière collaboration pendant cette période..."» Vous cherchez à intégrer une équipe où la majorité des membres n'étaient pas nés lorsque vous avez commencé à bosser ? «On présente cela comme une occasion de complémentarité en disant qu'on arrive avec un bagage différent. Votre pitch de vente doit être honnête.» Évitez absolument de donner l'impression que vous n'avez plus rien à apprendre et tout à montrer, conclut la spécialiste.

Pour sa part, Suzanne Houle-Martin a récemment trouvé l'emploi de ses rêves comme conseillère principale chez Thinkmax, une boîte qui propose des solutions technologiques en RH. Ses patrons ont au moins 20 ans de moins qu'elle, et la majorité des employés sont encore plus jeunes, ce qu'elle trouve absolument stimulant. Comble du bonheur, son nouvel emploi est plus payant que le précédent, preuve que ses patrons reconnaissent la valeur de son expérience, dit-elle. «Ce n'est pas vrai qu'on est tassé après 50 ou 60 ans. Il y a de la place pour nous, et il faut savoir la prendre.»

Comment innover après 50 ans

Voici les 5 comportements à cultiver pour maintenir sa capacité à innover après 50 ans selon Eugène Roditi, conseiller en formation auprès de cadres et animateur à l'École des dirigeants de HEC Montréal.

1. Entretenir sa curiosité à tout âge et poser des questions

2. Avoir confiance en soi et développer son aisance à présenter les idées

3. Avoir le courage de passer à l'action sans avoir peur de se faire juger

4. Développer son sens des affaires afin de déterminer si nos idées sont valables

5. Entretenir un esprit cohérent et faire des liens entre une idée et un problème à résoudre

Qu'est-ce qu'on fait avec Maurice ?

Parce que des réflexes d'âgisme subsistent sur le marché du travail, certains prénoms associés aux générations nées vers le milieu du siècle dernier peuvent nuire aux candidats qui les portent, remarque André Hétu, de l'Association Midi-Quarante. Exemple : Maurice, dont le CV risque fort de prendre le chemin de la poubelle avant même d'être consulté par le directeur RH. «Mais s'il rencontre le même Maurice, ingénieur de profession, lors d'une discussion particulièrement agréable dans un 5 à 7, il se dira que c'est en plein le candidat qu'il lui faut ! Autrement dit, le préjugé chez l'employeur est relativement facile à ébranler.» Bref, si vous vous prénommez Maurice... prenez l'habitude de fréquenter les événements mondains ! «On peut aussi modifier l'entête du CV et n'écrire que la première lettre de son prénom : M. Lemieux, par exemple», suggère André Hétu.

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