Quel est votre plan de match pour la retraite?


Édition de Septembre 2014

Quel est votre plan de match pour la retraite?


Édition de Septembre 2014

Une retraite réussie se prépare longtemps à l'avance, et pas seulement financièrement. Voici comment.

À 53 ans, André Boudreau* file le parfait bonheur au travail. Il aime les défis que procure son emploi dans le domaine bancaire et il ne rouspète pas, chaque matin, quand sonne le réveille-matin. Cependant, cela ne l'empêche pas de penser déjà à sa retraite. Pour cette période de la vie, qu'il prévoit entamer à 62 ans, il a déjà des plans dans ses cartons. Son but : en plus de se maintenir en bonne santé, il veut, comme le dit la formule consacrée, redonner à la société. «Je suis très sensible au sort des aînés et des jeunes enfants. Je veux faire du bénévolat pour les aider», déclare ce père de deux enfants maintenant adultes.

Pour ce financier, la retraite ne peut pas être synonyme de loisirs perpétuels et de consommation. Il faut lui donner un sens. Et il n'est pas le seul à le penser. De plus en plus de retraités et de futurs retraités parviennent à la même conclusion. C'est que désormais, on ne tombe plus à la retraite épuisé et malade comme autrefois, bien au contraire. Les retraités d'aujourd'hui, n'ayant pas occupé des emplois exténuant physiquement, arrivent à la soixantaine avec beaucoup d'énergie en banque et une espérance de vie plus longue que jamais. Cette réalité nous force à redéfinir le concept de la retraite et à nous y préparer davantage.

Pour ce faire, il faut concevoir un projet de retraite qui conjuguera nos valeurs et nos avoirs financiers, et qui permettra de réussir la transition entre vie active et vie après le travail. En ayant en tête des objectifs clairs, il sera possible d'établir une stratégie d'épargne conséquente. C'est là que l'on saura si l'on aura besoin de 70 % de notre revenu annuel, comme le stipule la règle générale, ou de 50 %, si notre passion est le jardinage, ou encore de 100 %, si notre but est de voyager comme jamais. Quand on se fixe des objectifs, l'épargne devient beaucoup plus facile.

La conception d'un projet de retraite exige une réflexion profonde, qui peut se faire quel que soit l'âge, mais qui se fait généralement au mitan de la vie. «Après avoir élevé ses enfants et consacré de l'énergie à l'avancement de sa carrière, au cours de laquelle on a fait beaucoup de concessions et où l'on s'oublie souvent, c'est à cette période que l'on recommence à avoir du temps pour réfléchir et pour se recentrer sur ses besoins», explique Marie-Paule Dessaint, coach de vie et auteure de plusieurs livres sur la retraite.

Toutefois, cette réflexion ne peut se faire en esquivant le contexte démographique, surtout si vous êtes encore loin de plier bagage. En raison du prolongement de l'espérance de vie, la responsabilité financière de la retraite incombe de plus en plus aux individus eux-mêmes, car les régimes publics sont soumis à d'intenses pressions. Déjà, le gouvernement fédéral repousse l'âge de l'admissibilité à la pension de la Sécurité de la vieillesse, qui passera graduellement de 65 à 67 ans entre 2023 et 2029, tandis que les régimes privés sont en crise. «L'indexation des prestations n'est plus garantie», prévient Hélène Gagné, gestionnaire de portefeuille auprès de Gestion privée PEAK et auteure de deux livres sur la retraite. Ainsi, il faut assumer, dès le départ, qu'on prendra la retraite à un âge de plus en plus avancé.

De plus, le concept de retraite est en pleine mutation. «Plutôt que d'attendre la retraite pour concrétiser leurs rêves, les travailleurs veulent les réaliser tout au cours de leur vie, en cherchant un équilibre, quitte à travailler plus longtemps, à temps plein ou à temps partiel», constate Laurent Matte, président de l'Ordre des conseillers et conseillères en orientation du Québec. Résultat : la cassure entre vie active et retraite s'estompe. La période «retraite» constitue maintenant une autre étape de la vie, en continuité avec les précédentes.

Autre changement : de moins en moins de gens perçoivent la retraite comme une délivrance. En réalité, la plupart des travailleurs vivent ce passage très difficilement. «C'est comme recevoir une claque sur la gueule», exprime sans détour le docteur Yves Lamontagne, 70 ans, ex-président du Collège des médecins et auteur du livre Une retraite épanouie, dans lequel il fait état de ses réflexions sur le troisième âge. «On perd rapidement de son importance. Le vendredi, on reçoit 100 appels par jour. Le lundi, plus personne ne nous appelle. C'est un choc !» dit le docteur devenu consultant.

Après une période euphorique pendant laquelle les retraités s'étourdissent dans de nombreuses activités, jouant au golf six jours sur sept ou devenant de seconds parents pour leurs petits-enfants, la réalité les rattrape. Que feront-ils pour les 10 ou 20 prochaines années afin de donner un sens à leur vie ? «Les croisières, les voyages à répétition, non seulement c'est vide de sens, mais ça n'intéresse pas tout le monde. Sur le plan strictement financier, on ne peut vivre éternellement en vacances», soutient Marie-Paule Dessaint.

Les futurs retraités prennent conscience que le travail, en plus d'apporter un revenu, répond à une multitude de besoins, comme le besoin de réalisation. «À 65 ans, ces besoins ne disparaissent pas. Il faut trouver des moyens pour continuer à les combler autrement», ajoute cette spécialiste de la retraite. Comment ? Pour réussir votre transition de la vie active à la vie après le travail, voici quelques conseils qui vous aideront à définir votre projet de retraite.

Partir la tête haute

Vous consacrez un tiers de votre vie au travail. Vous ne pouvez donc pas dire Bye Bye Boss sans que cela affecte votre vie personnelle. Pour Jacques Limoges, professeur associé au Département d'orientation professionnelle de l'Université de Sherbrooke, le futur retraité doit réussir à quitter le monde du travail avec sérénité. «Il ne doit pas finir sa carrière avec des regrets, sans avoir le sentiment du devoir accompli», dit Jacques Limoges, qui cite en exemple le départ précipité de Lucien Bouchard du poste de premier ministre, une décision que l'homme politique a longtemps regrettée. D'où l'importance pour le travailleur de réussir le troisième tiers de sa carrière, les 10-15 dernières années de sa vie active. «Le travailleur doit développer deux nouveaux savoirs, sinon il risque à la fois l'épuisement et l'obsolescence. Ces deux savoirs sont le savoir-rester, qui est de finir ce qui est à finir et de transmettre son expertise à la relève, et le savoir-partir, qui est d'avoir la capacité de laisser toute la place au renouveau et à la relève», dit ce spécialiste de la retraite.

Le travailleur déprimé, qui compte les dodos avant le grand départ, croyant que la retraite apportera le bonheur, se trompe. C'est la recette parfaite pour courir à l'échec. «Si vous n'avez jamais été heureux, ça n'arrivera pas comme par enchantement. La retraite ne peut être considérée comme une fin en soi», pense le docteur Lamontagne. Si votre travail s'apparente à un calvaire, hypothéquant votre santé, il faut faire un ménage dans votre vie dès maintenant. «Changez d'emploi, même si ce sont les dernières années de votre vie active. Vous ne pouvez rester en poste seulement pour bonifier votre fonds de pension», dit Marie-Paule Dessaint.

Préparer sa sortie de scène

Réalisation, statut, gestion de temps, relations interpersonnelles et sens : le travail comble une multitude de besoins. «À la fin de la carrière, plusieurs de ces besoins ont été amplement satisfaits, mais d'autres sont très carencés. Il faut alors détricoter sa carrière "formelle" et prendre note de ce qui est usé à la corde, mais qui est encore porteur de vie», explique Jacques Limoges.

Pour Marie-Paule Dessaint, il faut partir de soi pour définir un projet de retraite. Qu'est-ce que vous avez aimé dans votre carrière que vous aimeriez retrouver à la retraite ? «Délestez-vous des éléments que vous n'aimez pas, comme l'heure de pointe et les horaires rigides, et rebâtissez avec les éléments que vous aimez», explique-t-elle. De plus en plus de gens, en faisant ce bilan de vie, décident de rester sur le marché du travail. «Vous n'êtes pas obligé de quitter la vie active parce que la société a décidé qu'à 65 ans, il fallait le faire», ajoute-t-elle.

Cela ne veut pas dire que vous devez occuper plus longtemps le même poste au sein de la même entreprise. Ce maintien dans le marché de l'emploi peut se réaliser dans un autre type de travail, à une intensité différente. «Plutôt que d'occuper le premier rôle, vous pouvez jouer un second rôle, qui sera moins exigeant, mais qui vous comblera davantage», dit le docteur Lamontagne. L'important, c'est de ralentir, de réduire la cadence.

Tester ses projets

Architecte, avocat, PDG, la carrière procure statut social et identité professionnelle. Mais que devenez-vous à la retraite ? Désormais, vous devez vous forger une identité personnelle, en vous interrogeant sur vos valeurs afin de trouver un nouvel équilibre de vie. «Ce long travail d'introspection vous permettra de mieux définir vos objectifs à la retraite», affirme Josée Blondin, psychologue organisationnelle et coauteure du livre Tomber à la retraite.

Vous lancer à votre compte, faire de la peinture, parcourir les Amériques en véhicule motorisé... Quel sera votre nouveau projet de vie ? Josée Blondin suggère d'en prévoir plusieurs, au cas où les choses ne se déroulent pas comme prévu, par exemple si une maladie vient contrecarrer vos projets initiaux ou que les marchés boursiers chutent, faisant fondre votre capital. «Ça évite d'être pris au dépourvu», dit la psychologue de la firme InterSources.

Avant le jour J, vos projets de retraite devraient être mis à l'épreuve pour en évaluer la faisabilité. «Si vous souhaitez déménager à la campagne, commencez par louer une maison quelques mois par année pour voir si vous aimerez ça», conseille Marie-Paule Dessaint. Même réflexe avant d'investir des dizaines de milliers de dollars dans un véhicule motorisé, faites-en l'essai pendant un été. Vous verrez si la vie de nomade vous convient. Surtout, ne calquez pas le projet des autres, en succombant à la pression sociale. «Même si tout le monde va à Compostelle, est-ce vraiment votre tasse de thé ?» demande Marie-Paule Dessaint.

Une fois à la retraite, conservez votre agenda. C'est une bonne façon de rester maître de votre temps et d'imposer vos limites. «Sinon, d'autres pourront surcharger votre emploi du temps contre votre gré, comme les enfants qui planifient des horaires intenses de gardiennage», dit Josée Blondin. Prenez l'exemple du docteur Lamontagne, qui continue de gérer son temps de manière serrée, tout en se permettant des libertés. Ce docteur-conférencier croit d'ailleurs que sans patron, il faut continuer à se lever à des heures régulières. «Car à la retraite, votre travail, c'est de vous occuper de vous.»

Si vous êtes en couple, prenez le temps de partager vos projets d'avenir avec votre partenaire de vie. «Débordés par l'éducation des enfants et leur carrière, les couples se perdent de vue au fil du temps. À la retraite, quand ils se retrouvent soudainement ensemble 24 h sur 24, sept jours sur sept, ça explose», constate Josée Blondin. La psychologue préconise que les couples se réservent, dès maintenant, des moments à deux pour reconnecter avec les intérêts de l'autre. «Ceux-ci vous oublieront très rapidement après votre départ à la retraite», avertit Jacques Limoges.

Si vous avez la chance de profiter d'un fonds de pension considérable, qui ferait même l'envie des pompiers de la Ville de Montréal, cette cagnotte ne servira à rien si vous n'avez pas la santé qui vous permet d'en profiter. «Vous devez adopter le plus rapidement possible de saines habitudes de vie afin de préserver votre capital santé», conseille Marie-Paule Dessaint. Comme le disait le célèbre acteur Fred Astaire : «La vieillesse, c'est comme le reste. Pour la réussir, il faut commencer jeune.»

*Pseudonyme

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PENSER RETRAITE LORSQU'ON EST JEUNE

Selon un récent sondage du Groupe Investors, sept Canadiens sur dix affirment qu'ils auront assez d'argent pour faire face au coût de la vie durant leur retraite, mais lorsqu'on leur demande combien il leur en coûtera chaque mois pour vivre, 42 % des répondants admettent ne pas le savoir.

Le problème, c'est que pour les gens de 20, 30 ou même 40 ans, la retraite est une étape très lointaine de leur vie. Avec le remboursement des dettes d'études, les paiements de l'hypothèque, l'éducation des enfants et la tentation de consommer, la marge de manoeuvre pour économiser est mince. Pourtant, il faut accumuler tôt, au jour 1 de sa vie active, pour se constituer une retraite confortable, disent les planificateurs financiers. Mais ce message ne passe pas.

«Si on parle de retraite à une personne dans la vingtaine, il n'y a aucune rétention du message», constate Claude Paquin, président Services financiers Groupe Investors Québec. Inutile de culpabiliser les mauvais épargnants. Claude Paquin préconise une approche où les planificateurs financiers jouent la carte de l'indépendance financière. «C'est là que les conseillers peuvent améliorer leur performance. L'indépendance financière, qui procure une liberté d'action, interpelle tout le monde», dit Claude Paquin.

Pour convaincre les jeunes travailleurs d'économiser, Hélène Gagné, gestionnaire de portefeuille auprès de Gestion privée PEAK, croit qu'il faut les diriger vers des produits plus adaptés à leur réalité, comme les CELI, qui sont plus flexibles que les REER. «La constitution d'une mise de fonds pour l'achat d'une propriété peut être le premier facteur de motivation», dit cette spécialiste. Quand l'épargne s'inscrit dans les habitudes de vie au plus jeune âge, il devient plus facile, quand la retraite se dessine à l'horizon, de garnir son petit cochon en vue de ses vieux jours.

7/10 : Sept Canadiens sur dix pensent avoir assez d'argent pour la retraite.

42% : des Canadiens ne savent pas ce qu'il leur en coûtera pour vivre.

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