Parfois, il y a d'autres priorités que la retraite


Édition du 14 Octobre 2017

Parfois, il y a d'autres priorités que la retraite


Édition du 14 Octobre 2017

Stéphane, célibataire à 40 ans et père de jeunes enfants, peut-il de manière réaliste envisager la retraite à 60 ans ?

À 40 ans, à la limite acceptable de l'endettement, peut-on de manière réaliste envisager la retraite à 60 ans ? Voilà le problème auquel nous renvoie le cas de Stéphane, célibataire, père de deux enfants de six et huit ans dont il partage la garde à 50 % avec la mère.

Il y a quatre ans, Stéphane a vécu une séparation de laquelle il est sorti passablement appauvri. «Entre retour à l'école, recherche d'emploi, emplois précaires et séparation... je crois avoir pris du retard dans mon plan d'épargne», souligne-t-il.

Faisons l'inventaire de ses actifs : un compte d'épargne de 3 600 $ et un REER de 180 000 $. Le CELI est à zéro. La valeur de sa copropriété libre d'hypothèque est minime : 23 000 $. Quant aux REEE des enfants, ce sont leurs grands-parents qui s'en chargent.

Stéphane a surtout accumulé des dettes. Il a puisé 14 000 $ sur sa marge de crédit. Il traîne une dette d'études de 4 100 $. Il doit rembourser 14 000 $ dans son REER, car il a eu recours au RAP (Régime d'accession à la propriété) et au REEP (Régime d'encouragement à l'éducation permanente). Il doit assumer une hypothèque de 349 000 $.

Sa situation ne l'empêche pas d'exprimer un objectif audacieux : la retraite à 60 ans avec des revenus équivalant à 70 % des actuels !

Depuis sa séparation, il y a quatre ans, Stéphane a trouvé une forme de stabilité à laquelle il n'avait jamais goûté jusqu'alors. Il a décroché un emploi avec d'excellentes perspectives d'avenir dans une grande entreprise. Il gagne un salaire annuel de 85 000 $. Il touche aussi de généreuses primes et profite d'un régime d'achat d'actions. Parmi ses avantages sociaux, il a droit à un régime de retraite de son employeur. Et à prestations déterminées ! Toutefois, il n'y contribue que depuis deux ans.

Il a souscrit une assurance vie par l'intermédiaire de son employeur, dont le montant servirait à couvrir l'hypothèque. Il n'a pas d'assurance invalidité.

Aucune marge de manoeuvre

Nous avons confié le dossier de Stéphane à la planificatrice financière Angela Iermieri, du Mouvement Desjardins.

Les ratios d'endettement de Stéphane sont au maximum acceptable, dit-elle. «L'amortissement total de la dette [ATD] s'établit à 40 % et l'amortissement brut de la dette, soit les dépenses liées au logement par rapport aux revenus [ABD], s'élève à 33 %.» Autrement dit, les lumières rouges clignotent ! Il n'a plus de marge de manoeuvre. «Cela dit, j'ai déjà vu pire, nuance la spécialiste. Stéphane ne traîne pas de solde de carte de crédit», dit-elle.

La situation de notre lecteur n'en demeure pas moins à risque. Il profite d'un taux hypothécaire fixe de 2,49 %. D'ici deux ans, il devra renouveler son prêt à des conditions qui s'annoncent moins avantageuses. Les taux d'intérêt ont commencé à monter.

«Une hausse de 1 % augmentera ses remboursements hypothécaires de 80 $ toutes les deux semaines», note-t-elle. Cela portera ses paiements à 1 018 $ ! Et il faut ajouter à ce montant les contributions au fonds de prévoyance de son syndicat de copropriété et l'impôt foncier. Bref, l'hébergement accapare une part importante des flux monétaires.

«Je crois avoir été à la limite, concède Stéphane. J'ai voulu profiter des bas taux d'intérêt pour offrir une qualité de vie à mes enfants.»

Est-ce conciliable avec l'objectif de retraite exprimé par notre lecteur ? «Non, dit la planificatrice financière. Au mieux, on pourrait lui concocter un scénario où il pourrait toucher 70 % de son revenu actuel à 63 ans, notamment grâce au régime de retraite de l'employeur qui comblerait le tiers de ses besoins.»

Le plan serait quand même fragile, car Stéphane ne devrait rencontrer aucun écueil d'ici là. Le fait qu'il en ait déjà croisé plusieurs ne le met pas à l'abri.

Se doter d'abord d'un coussin

Le plan d'Angela Iermieri repose sur une contribution annuelle au REER de 5 500 $ dès maintenant. Or, il serait préférable que Stéphane se consacre d'abord à l'accumulation d'un coussin de sécurité, soit une somme suffisante pour faire face à ses obligations durant trois à six mois.

«Stéphane doit accumuler un vrai fonds d'urgence, dit-elle. Il n'en a pas. Il pourra recommencer à épargner pour la retraite quand sa situation reposera sur des bases plus solides.» D'ici là, il devrait néanmoins poursuivre le remboursement du RAP et du REEP.

Autre priorité : revoir sa couverture d'assurance, notamment l'assurance invalidité, avec un conseiller en sécurité financière. Même la couverture d'assurance vie semble insuffisante.

Les dettes récurrentes sur la marge de crédit dénotent un déséquilibre du budget. Jusqu'à maintenant, Stéphane a réussi à la remettre à zéro avec ses primes annuelles. Il faudra veiller à réduire les dépenses et à diriger les primes vers un coussin d'urgence.

«Stéphane sort de quelques années financièrement difficiles. L'achat d'une copropriété est un choix de style de vie que je ne peux pas remettre en question, mais qui a un prix. Le bien immobilier met beaucoup de pression sur ses épaules», remarque Angela Iermieri.

Avec son nouvel emploi, la situation s'est améliorée. Et elle s'améliora encore. Ce sera plus facile d'établir un plan de retraite réaliste dans quelques années.

EXPERTE CONSULTÉE
Angela Iermieri
est planificatrice financière au Mouvement Desjardins.

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