Oui, il faut rehausser l'âge de la retraite

Offert par Les Affaires


Édition du 15 Juin 2019

Oui, il faut rehausser l'âge de la retraite

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Édition du 15 Juin 2019

(Photo: 123RF)

EXPERTE-INVITÉE. L’idée de reporter sa retraite est une pilule difficile à avaler. C’est pourtant la solution mise de l’avant par l’Institut canadien des actuaires (ICA)(1), qui interpelle à la fois les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. Alors que le noyau du ­baby-boom approche de ses dernières années de vie active, il est temps d’actualiser l’âge de la retraite.

Toucher sa pension à 67 ans seulement : vraiment nécessaire ?

D’ici 2025, le ­Québec comptera un(e) retraité(e) de plus toutes les huit minutes. Plus de 850 000 ­Québécois joindront ainsi leurs rangs en six ans.

Pour les ­Canadiens, l’espérance de vie est passée de 79 ans en 1966 à 85 ans en 2016 chez les hommes et de 82 à 88 ans chez les femmes. Les centenaires constituent un segment de la population en forte croissance : de 1 800 que l’on comptait au ­Québec en 2016 (des femmes à 90 %), ils (ou plutôt elles) seront 5 000 en 2026 .

La pression démographique pèse sur les régimes de retraite publics et privés, qui devront verser des pensions à plus de retraités, plus longtemps. Grâce à diverses mesures entreprises depuis quelques années, le ­Régime des rentes du ­Québec (RRQ) et son équivalent canadien, le ­Régime de pension du ­Canada (RPC), ainsi que le programme de la ­Sécurité de la vieillesse (SV) et le ­Supplément de revenu garanti (SRG) devraient être financièrement viables pour les 40 à 75 prochaines années, selon l’ICA. Cela est d’autant plus important que pour les travailleurs autonomes et un grand nombre de salariés qui n’ont pas de régime de retraite d’employeur, ces régimes publics (RRQ/RPC, ­SV et ­SRG) seront leur unique source de revenu de retraite garanti pour contrer les risques de longévité et d’inflation auxquels ils seront confrontés.

À l’échelle internationale, les enjeux liés à la population vieillissante avaient déjà amené 19 pays membres de l’Organisme de coopération et de développement économiques (OCDE) à hausser l’âge de la retraite en 2017 alors que d’autres s’apprêtaient à le faire.

Une solution gagnante de l’ICA pour chaque partie

L’ICA envoie un signal fort aux législateurs en recommandant de hausser graduellement l’âge cible de la retraite sur une période de 10 ans à raison de trois mois par année dès janvier 2021.

La démarche proposée ici pourrait rallier toutes les parties prenantes, car si l’âge cible de retraite passe de 65 à 67 ans, les prestations versées seront bonifiées en conséquence : de 16,8 % pour le ­RRQ/RPC et de 14,4 % pour la ­SV. C’est justement cette absence de bonification qui avait été décriée en 2012 lors d’un premier essai.

Par conséquent, l’âge minimal de retraite anticipée passerait de 60 à 62 ans, et l’âge maximal pour la différer, de 70 à 75 ans. Déjà, le taux de participation des travailleurs plus âgés est en hausse et cette tendance devrait s’intensifier.

L’ICA recommande toutefois de ne pas pénaliser les travailleurs âgés de 65 ans qui ne souhaiteraient pas reporter leur retraite : ils toucheraient les prestations auxquelles ils ont droit. L’Institut suggère aussi de maintenir à 65 ans l’âge d’admissibilité au ­SRG et d’en rendre les seuils de récupération plus accommodants pour encourager les travailleurs à maintenir leur emploi.

De tels changements nécessiteront aussi des modifications à divers programmes, dont ceux de l’assurance emploi et l’assurance médicaments. De plus, le dernier versement d’une prestation d’invalidité devrait être prolongé de 65 à 67 ans.

Le projet de rehaussement de l’âge de la retraite doit, pour atteindre ses buts à long terme, rallier aussi les employeurs qui pourraient faire passer de 65 à 67 ans l’âge de retraite cible dans les régimes de retraite agréés, et cela, avec un rajustement proportionnel des prestations.

Enfin, les particuliers pourraient reporter de 71 à 75 ans l’âge limite du premier versement d’un régime à imposition différée (REER, ­CRI...).

L’urgence d’agir

Il est urgent d’agir au ­Canada, car le noyau des ­baby-boomers approche de la retraite et dans quelques années, ils compteront parmi les principaux utilisateurs du système de santé. Un plus grand nombre de retraités égale moins de revenus pour l’État. Pourtant tous souhaitent le maintien, voire l’amélioration des programmes sociaux actuels.

On ne peut que saluer l’initiative de l’ICA de relancer le débat sur le report de l’âge de la retraite. Les entreprises qui manquent de ­main-d’œuvre devraient bien accueillir les mesures qui inciteront leur personnel à prolonger leur emploi de quelques années. Enfin, pour les milliers de travailleurs qui n’ont pas accumulé le pécule nécessaire à leur retraite, la perspective de sécuriser davantage leur avenir financier devrait leur insuffler l’énergie de continuer quelques années de plus. •la

 Sources

1 – ICA, « ­Une retraite reportée pour des prestations plus élevées », avril 2019
2 – Lizotte, ­Frédéric, extrait du blogue de ­Retraite ­Québec, 20 janvier 2019
3 – Girard, ­Chantal, ­Institut de la statistique du ­Québec citée dans l’article « ­Forte croissance de la population de centenaires au ­Québec », publié sur le ­Web par ­Vivre en résidence, mai 2017.

EXPERTE INVITÉE:

Hélène Gagné, F.Adm.A., est gestionnaire de portefeuille chez Gestion privée Gagné Johnston (Valeurs mobilières PEAK), ainsi que planificatrice financière et conseillère en sécurité financière chez Gagné, Morin & Associés MTL inc.


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