Planification de retraite: pécher par excès de prudence

Publié le 29/08/2016 à 09:21

Planification de retraite: pécher par excès de prudence

Publié le 29/08/2016 à 09:21

Quand on parle de planification pour la retraite, « espérer le meilleur et prévoir le pire » est une devise raisonnable. Les retraités ayant souvent plus peur de la pauvreté que de la mort, il n’est que prudent qu’ils gèrent leurs plans de retraite avec une bonne connaissance de ce qui peut mal tourner.


Toutefois, le risque existe que des retraités actuels et futurs, croyant bien faire, fassent preuve d’une prudence excessive. Par exemple, j’ai rencontré des retraités de 75 ans qui, par souci de sécurité, ne dépensaient que 2 % de leur portefeuille par an. À cette allure, il y a toutes les chances qu’ils laissent derrière eux une cagnotte rondelette. C’est peut-être ce qu’ils veulent, mais peut-être pas.


Dans la même veine, j’ai rencontré des accumulateurs de 40 ans qui m’ont dit être certains qu’ils ne toucheraient jamais les prestations de pension du gouvernement, ou qui présumaient que leur portefeuille ne rapporterait que 2 % pendant les 25 ans qui les séparaient de la retraite.


Bien sûr, je réalise à quel point il semble ridicule de mettre en cause la prudence dans la planification de la retraite, tant il apparaît que de nombreuses personnes ont économisé bien trop peu pour leur retraite. Mais il y a aussi un segment de la population qui pourrait faire preuve de prudence excessive dans leurs hypothèses de planification pour la retraite, et ces hypothèses trop prudentes entraînent des coûts.


Les accumulateurs qui sont trop prudents dans leurs hypothèses de planification pour la retraite pourraient faire peu de cas d’autres objectifs avant la retraite parce qu’ils essaient de décrocher un taux d’épargne gargantuesque, alors que les retraités trop parcimonieux pourraient ne pas jouir du fruit de leur travail ou simplement avoir plus peur d’être à court d’argent qu’ils ne le devraient.


Voici les quelques grandes raisons pour lesquelles ceux qui économisent pour la retraite et les accumulateurs courent le risque d’être trop prudents dans leurs hypothèses sur la retraite; ces thèmes sont des facteurs bien connus que l’on intègre au calcul de l’épargne-retraite et aux logiciels s’y rapportant :


1) Présumer que l’on ne touchera jamais les prestations de pension de gouvernement


Entretenir des hypothèses prudentes sur les prestations gouvernementales comme la Sécurité de la vieillesse (SV) peut paraître extrêmement prudent. Mais présumer que ceux qui partiront à la retraite dans 40 ans ne toucheront rien du gouvernement est pousser les choses un peu loin, puisque certaines solutions assez simples mais controversées (examiner les ressources des intéressés, repousser l’âge de la retraite totale ou plafonner les prestations des gens aux revenus élevés) peuvent assurer une plus grande stabilité à un programme gouvernemental étiré au maximum. Et même si un jeune accumulateur est convaincu qu’il ne touchera rien au titre de la SV, cette hypothèse nécessitera une énorme augmentation de ses économies par rapport à un accumulateur présumant qu’il touchera quelque chose.


2) Opter pour un taux de retrait trop faible à la retraite


De nombreux retraités et pré-retraités ont bien compris le message sur le risque de trop dépenser à la retraite, surtout si nous entrons dans une période de rendements boursiers plus faibles. Les retraités confrontés à un mauvais marché les premières années de leur retraite (et qui dépensent trop à cette date) risquent de compromettre pour toujours la durabilité de leur portefeuille, parce que trop peu d’actifs seront en place pour récupérer au moment où le marché se remettra.


J’ai parlé à de nombreux retraités qui retirent un pourcentage fixe de leur portefeuille bon-an, mal-an, pour indexer leurs retraits à la performance de leur portefeuille. D’autres me disent qu’ils utilisent un pourcentage extrêmement faible, comme 2 % ou 3 %, même quand leurs 70 ou 80 ans sont bien sonnés. La prudence est leur mot d’ordre pour ce qui est des retraits de leur portefeuille.


C’est très bien pour les retraités dont le portefeuille est assez grand pour leur permettre un train de vie convenable avec un pourcentage de retraits modeste, ou qui veulent s’assurer qu’ils vont laisser quelque chose à leurs enfants ou autres héritiers. Ils préfèrent être frugaux plutôt que de compromettre le legs prévu.


Mais pour les autres retraités, surtout ceux qui ont bien dépassé la zone dangereuse d’un marché faible au début de leur retraite, un taux de retrait plus élevé est raisonnable, surtout si cela leur permet de faire des dépenses qui améliorent leur qualité de vie. Bien qu’il soit incontestablement dangereux pour un retraité de 65 ans d’opter pour un taux de retrait de, disons, 8 %, il n’est pas si farfelu pour un retraité de 85 ans d’en faire de même.


3) S’acharner sur une probabilité de succès de 100 %


Si l’on demandait à quiconque quelle probabilité d’échec dans leur plan de retraite ne le gênerait pas, la réponse serait : 0 %. En d’autres termes, les gens veulent un plan qui présente 100 % de chances de succès. Le risque de passer leurs dernières années dans le dénuement, ou de devoir s’en remettre à leurs enfants adultes ou d’autres membres de leur famille pour obtenir un soutien financier, est une perspective tout simplement trop épouvantable pour y penser.


Mais les experts de la planification pour la retraite disent qu’à moins que les investisseurs ne consentent à accepter une probabilité d’échec, la seule possibilité qui leur est offerte est de se replier sur des investissements très sûrs, comme les liquidités et les titres à court terme, et de s’accommoder d’un taux de dépenses désagréablement faible (ou d’un taux d’épargne extrêmement élevé pour les accumulateurs).


La plupart des spécialistes de la planification pour la retraite pensent plutôt qu’une probabilité de succès de 75 % à 90 % est acceptable. S’aventurer dans des placements plus risqués ramène la probabilité de succès au-dessous de 100 %, mais permet aussi l’éventualité d’un rendement plus élevé. Si un retraité doit changer son fusil d’épaule et comprimer ses dépenses, cela ne va pas se traduire par un changement catastrophique de son train de vie.


4) Sous-estimer l’aide du marché quand on a beaucoup de temps devant soi


Les évaluations boursières, bien qu’elles ne soient pas ridiculement élevées, ne sont pas bon marché pour autant. Cela présage des rendements médiocres de la catégorie d’actifs au cours des dix ans qui s’annoncent. Par ailleurs, les rendements actuels ont historiquement été un bon prédicteur des rendement obligataires; l’indice Barclays Aggregate rapporte actuellement moins de 2 %. Pour sûr, ces signaux sinistres suggèrent que vous devriez revoir à la baisse vos rendements escomptés pour les quelque dix prochaines années.


En outre, les investisseurs qui ont plus de temps devant eux avant de prendre leur retraite peuvent encourir des résultats moins élevés pendant les dix prochaines années ou plus, mais dans leur cas il est plus sûr de présumer que les rendements qu’ils obtiendront de leurs portefeuilles d’actions et d’obligations par la suite seront plus conformes aux normes historiques. Bien que les actions aient eu un rendement historique d’environ 10 % et les obligations d’environ 5 %, les investisseurs qui ont énormément de temps devant eux feraient peut-être bien de raboter un peu ces chiffres pour y incorporer des attentes à court terme plus modérées; 7 % à 8 % semble raisonnable pour les action, et 3 % à 4 % pour les obligations. Sur la base de ces hypothèses, si je devais faire une estimation du rendement que l’on est en droit d’espérer à très long terme pour un portefeuille de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations, j’utiliserais le chiffre de 5 % à 6 %.


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