Défiscaliser son FERR, une stratégie risquée

Publié le 04/10/2019 à 10:00

Défiscaliser son FERR, une stratégie risquée

Publié le 04/10/2019 à 10:00

Par Institut québécois de planification financière
Une tirelire observe une calculatrice.

(Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Les régimes enregistrés d'épargne retraite permettent de faire fructifier des sommes à l’abri de l’impôt. Cependant, vous devez obligatoirement commencer à les retirer du régime à partir de 72 ans, que vous en ayez besoin ou non. Le montant retiré s’ajoute alors au revenu de l’année, générant ainsi un impôt additionnel. Existe-t-il des moyens de diminuer l’impact fiscal de ces retraits?

Une première option est d’effectuer des retraits du régime avant l’âge butoir de 72 ans si le revenu imposable est bas. Par exemple, si vous avez peu de revenus imposables entre 65 et 71 ans, il pourrait être avantageux de retirer des sommes de votre fonds enregistré de revenu de retraite (FERR).

Une deuxième option est la défiscalisation du FERR, une stratégie connue sous le nom de «RRSP/RRIF Meltdown». Elle consiste à emprunter une somme pour l’investir et utiliser les retraits FERR pour payer les intérêts sur l’emprunt. Puisque cette stratégie implique l’effet de levier, elle est réservée à ceux qui ont une tolérance au risque élevée et, idéalement, qui ont déjà effectué un prêt pour investissement.

Pour bien comprendre comment cette stratégie fonctionne, imaginez un FERR de 300 000$ composé d’actions générant un rendement de 6%. À partir de 72 ans, le retrait minimum de ce FERR est de 16 790$. Pour rendre ce retrait «non imposable», il faudrait une déduction pour frais d’intérêts du même montant (16 790$), la même année. C’est ici que le prêt pour investissement entre en jeu, puisqu’un particulier peut déduire de son revenu le montant des frais financiers et des frais d’intérêts payés pour gagner des revenus de placement.

Dans notre exemple, si le taux d’emprunt est de 5%, il faudrait un prêt de 335 800$ pour générer des frais d’intérêts de 16 790$. La somme empruntée serait alors investie dans un compte non enregistré, aussi composé d’actions générant un rendement de 6%. Seul 50% de ce rendement est imposé annuellement puisqu’il s’agit de gains en capital. En procédant de cette façon, après 20 ans, il y a un avantage financier de 46,1%.

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans risque. Tel que mentionné, puisqu’il s’agit d’utiliser l’effet de levier, il faut que l’investisseur soit tolérant au risque, car il doit investir dans des actions actions sur un horizon de plus de 10 ans. Pour un investisseur au profil conservateur ou équilibré, la défiscalisation serait désavantageuse puisque les revenus fixes sont déconseillés avec l’effet de levier. Par exemple, avec un rendement de 4% en revenu d’intérêts, il y a une perte financière de 13,6% après 20 ans.

De plus, les retraits minimums du FERR ne sont pas nivelés à partir de 72 ans, ils augmentent plutôt d’année en année. Cela rend la stratégie beaucoup plus difficile à soutenir, car les intérêts sur le prêt doivent être identiques au retrait minimum. Une solution serait d’avoir une marge de crédit pour permettre d’augmenter le solde du prêt et ainsi les intérêts à payer, mais cela amplifie le risque de l’effet de levier.

Il ne faut pas oublier non plus qu’au Québec, la déductibilité des intérêts est limitée au montant des revenus provenant de placements réalisés au cours de l’année d’imposition. Puisque le retrait dans un FERR n’est pas considéré comme un revenu de placement, mais plutôt comme un revenu de pension, il faut s’assurer qu’il y ait suffisamment de revenus de placement ailleurs pour déduire les intérêts. Si les intérêts sont non déductibles, la stratégie devient moins intéressante. Conséquemment, il est suggéré d’avoir aussi de l’épargne non enregistrée dont les revenus sont imposables annuellement. Finalement, notons que les intérêts ne peuvent être déductibles si les placements non enregistrés sont des fonds qui versent un remboursement de capital, lequel n’est pas imposable.

Si aucune des deux options mentionnées ne s’applique, retirer simplement des sommes du FERR est la meilleure solution.

Avec une stratégie qui comporte autant de risques, assurez-vous de bien les comprendre et de prendre une décision en toute connaissance de cause si quelqu’un vous conseille de défiscaliser votre FERR. Il pourrait y avoir un conflit d’intérêts, puisque deux produits financiers sont vendus. La Chambre de la sécurité financière doit souvent rendre des décisions disciplinaires sur des stratégies impliquant des effets de levier, et elle émet souvent des mises en garde au public à ce sujet.

 

David Truong, CIWM, Pl. Fin., M. Fisc.

 


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