CELI, REER ou comptes imposables?

Publié le 02/02/2017 à 09:00

CELI, REER ou comptes imposables?

Publié le 02/02/2017 à 09:00

Quand le gouvernement fédéral a annoncé en 2008 qu'il lançait le compte d'épargne libre d'impôt, le consensus était qu'il s'agissait d'une des plus grandes innovations du gouvernement canadien depuis l'introduction du REER. La plupart des experts ont applaudi à cet idée, et un des commentateurs de Morningstar a même dit à cette époque-là qu'en ouvrir un était « l'évidence même ». Et les données de Statistique Canada sont encourageantes, avec près de 12 millions de personnes dans ce pays qui détenaient un CELI à la fin de 2014, à concurrence de près de la moitié de leurs droits à cotisations, chiffres qui font bonne figure à comparer des taux d'adoption des REER.

Les CELI ont toutefois connu des débuts relativement difficiles et ont été très mal compris les premières années, et on voit bien pourquoi. Comparés aux REER, ils représentent le comble de la satisfaction tardive puisqu'on paie des impôts aujourd'hui pour effectuer des retraits non imposables plus tard. Et même si vous vous souciez peu de votre taux d'imposition futur, cotiser au REER est certainement le choix le plus attrayant du point de vue de l'investisseur. Parce que les cotisations sont effectuées avant impôts, il est possible d'amasser une somme impressionnante plus vite. Voir cette cagnotte augmenter peut occasionner un renforcement positif et inciter les épargnant à mettre encore plus d'argent de côté. 

Deux possibilités bien tranchées…

Il est également vrai que pour la plupart des ménages, les cotisations à un REER ou un régime de pension de l'employeur sont tout simplement le choix le plus intelligent. Les nombreuses personnes proches de la retraite qui n'ont pas accumulé beaucoup d'économies sont en droit d'espérer pendant leur retraite être dans une fourchette fiscale inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui. Si c'est le cas, payer des impôts au taux actuel -- ce qu'on doit obligatoirement faire quand on investit des cotisations après impôt dans un CELI -- est une mauvaise idée. 

En revanche, les cotisations au CELI seront souvent le meilleur choix pour les épargnants plus jeunes qui sont dans une trajectoire professionnelle ascendante, et qui donc gagnent probablement beaucoup moins d'argent aujourd'hui qu'ils n'en gagneront plus tard. Même en oubliant que dans l'avenir les impôts pourraient bien augmenter dans toutes les fourchettes fiscales, il est probable que les épargnants jeunes et en plein essor professionnel aient tout à gagner en payant des impôts dans une fourchette fiscale plus faible aujourd'hui et en conservant leurs droits à cotisations au REER (qui peuvent être indéfiniment repoussés) en attendant le moment où leur déduction fiscale aura beaucoup plus de valeur.

 … ou un peu des deux?

Toutefois, pour la plupart des autres, une combinaison des trois grands types de comptes -- CELI, REER et même compte imposable -- sera la meilleure solution. Pour commencer, les taux d'imposition futurs sont un grand point d'interrogation. Même si votre revenu imposable sera en gros le même à la retraite qu'aujourd'hui, les taux auxquels nous seront imposés pourraient connaître une hausse généralisée, ou le contraire. La diversification fiscale -- tout comme la diversification par catégories d'actifs -- vous permet de vous assurer qu'au moins certains actifs que vous détenez seront bien positionnés pour le régime qui prévaudra; votre sort ne sera pas réglé par une issue unique.

Et puis il y a un autre élément qui milite en faveur de la diversification fiscale : le contrôle de votre revenu imposable. La valeur de ce contrôle se perd parfois dans le vent de réorganisation qui souffle avant la retraite, parce que quand vous travaillez, vous n'avez pas tellement de contrôle de votre fourchette fiscale. Votre revenu salarial est ce qu'il est et vous êtes imposé sur ce montant, à part peut-être quelques crédits d'impôt et déductions par-ci, par-là.

Il en va de même pour ceux qui arrivent à la retraite avec tous leurs actifs investis dans des comptes enregistrés d'épargne-retraite. D'accord, ils peuvent s'abstenir de retirer de l'argent de leur REER les premières années et essayer de vivre d'un revenu d'autres sources comme le RPC/RRQ. Mais même cette démarche devient périmée lorsqu'ils atteignent 71 ans et qu'ils sont obligés de convertir leur REER en fonds enregistré de revenu-retraite. À ce moment-là, ils seront tenus de retirer leur argent selon un échéancier prédéterminé, et parce que cet argent est entièrement imposable, ils devront retirer avant impôt un montant plus élevé pour assurer leur subsistance que ce ne serait le cas pour quelqu'un qui fait des retraits d'un CELI ou d'un compte imposable. Bien qu'ils puissent réinvestir les retraits de leur FERR s'ils n'en ont pas besoin, les impôts doivent toujours être payés.

En revanche, ceux qui, au moment de la retraite, se trouvent avec un ensemble d'actifs diversifiés peuvent choisir combien retirer de chaque compte chaque année, et ainsi exercer au moins un certain contrôle sur leur revenu et leur fourchette d'imposition. Ils peuvent alors aussi réduire l'imposition d'autres sources de revenu qui ne font pas partie de leurs placements personnels en vue de la retraite, comme le RPC/RRQ. 

Par exemple, lors d'une mauvaise année boursière, un retraité titulaire d'un CELI, d'actifs imposables et d'un FERR pourrait retirer le minimum de son compte de FERR tout en se procurant aussi de l'argent supplémentaire pour subvenir à ses besoins quotidiens en vendant à perte à des fins fiscales certains placements de son compte imposable. Il pourrait utiliser ses pertes fiscales pour contrebalancer les gains en capital qu'il a réalisés sur d'autres transactions pendant l'année en cours, une des trois dernières années écoulées ou l'année future qui lui convient. Cependant, le retraité éventuel qui détient 100 % de ses actifs dans des REER ou des FERR n'aurait pas la même souplesse; sa seule option serait de retirer son argent des comptes de retraite et de payer intégralement les impôts se rapportant à ces retraits.

Ce qu'on peut en tirer

Généralement parlant, à moins que votre situation ne se résume aux deux cas bien tranchés évoqués plus haut, diviser vos actifs en CELI, REER et comptes imposables vous permet de vous accommoder de toute une série de contextes fiscaux. Cela vous laisse aussi choisir le compte approprié où vous devez retirer de l'argent, minimisant ainsi les impôts dus chaque année sur vos retraits.

Si vous êtes déjà à la retraite et que vous avez la possibilité de retirer de l'argent de plusieurs sources au traitement fiscal différent, il convient de prendre l'attache d'un conseiller fiscal qui vous aidera à formuler des stratégies sur les comptes à utiliser chaque année pour vous procurer votre revenu.

Bien que l'ordre des retraits que j'ai évoqué dans cet article procure un bon point de départ pour prendre ces décisions, vider méthodiquement un réservoir d'actifs après l'autre ne sera pas nécessairement la stratégie la plus bénéfique sur le plan fiscal. Garder vos actifs diversifiés par statut fiscal tout au long de votre retraite peut vous aider à bien garder le contrôle de la situation.

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