Travailleurs autonomes en exil

Offert par Les affaires plus


Édition de Novembre 2018

Travailleurs autonomes en exil

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Édition de Novembre 2018

Par Claudine Hébert

[Photo : Trent Erwin, Unsplash]

Alexandre Grégoire et Valérie Beaupré ont tout vendu en juillet dernier. Le courtier hypothécaire et sa conjointe vidéaste travaillent actuellement à temps plein dans leur roulotte tout en sillonnant les États-Unis.


Après avoir contemplé les glaciers de l'Alaska, les vignobles de la Californie, le lac Tahoe, le parc national de Sequoia, le couple est maintenant quelque part dans le sud de la Californie ou déjà dans la péninsule de Basse-Californie, au Mexique, pour passer l'hiver. «Tant qu'on a de l'électricité, un accès Internet haute vitesse et du signal pour nos téléphones, on peut travailler à partir de n'importe où», dit le courtier de 29 ans. Avec sa compagne, il profite aussi de ce voyage, le deuxième du genre, pour alimenter leur site, «Prêts pour la route», qui relate leurs aventures sous forme d'une série Web.


Cette décision de vivre et de travailler en nomade ne s'est pas prise sur un coup de tête. Pendant plus de six mois, Alexandre et Valérie ont fait des recherches intensives sur le Web. Comment pouvaient-ils travailler et voir du pays en même temps, accompagnés de leurs deux chiens, Monsieur Bond et Snoopy ? Combien ça leur coûterait ? Quel type de VR leur conviendrait ?


«J'ai commencé par faire un test», dit Alexandre Grégoire. Durant quatre mois, le courtier a travaillé uniquement de la maison, sans aller rencontrer ses clients. Il ne communiquait avec eux que par téléphone et par courriel. «Je voulais savoir si je pouvais bien servir mes clients à distance.»


Alexandre et Valérie parcourent l'Amérique du Nord à bord d'une camionnette Ford 150 et d'une caravane de 19 pieds de longueur, un modèle Winnebago Micro Minnie «amélioré». Le couple lui a ajouté des panneaux solaires, quatre batteries 6 volts et un ondulateur. Cette installation de 2 500 dollars leur assure une autonomie énergétique de deux à trois jours quand il ne fait pas soleil. Sinon, s'il fait beau, ils sont pleinement autonomes.


S'ils veulent rester couverts par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), Alexandre et Valérie devront résider au Québec au moins 183 jours entre le 1er janvier et le 31 décembre. Ensuite, ils verront bien. En attendant, leur mode de vie leur coûte moitié moins cher que ce qu'il leur en coûterait pour vivre à Québec. «En fait, ça nous permet d'économiser un bon montant pour acheter éventuellement une prochaine maison», dit Alexandre.


L'hiver en VR, l'été en bateau


Cherie Ve Ard et Chris Dunphy, tous deux âgés de 45 ans, ont aussi laissé derrière eux maison, garage et cour gazonnée pour travailler et vivre à temps plein sur la route. Lui, originaire de la Silicon Valley, en Californie, elle, de Jacksonville, en Floride, ils sillonnent les États-Unis à bord d'un véhicule récréatif depuis 12 ans. Après avoir vécu tour à tour à l'étroit dans un petit VR de 16 pieds et un autre modèle de 17 pieds, ces Américains explorent actuellement le territoire depuis 2011 dans un vieil autobus GM 4016 de 1961 converti en VR, qu'ils ont baptisé Zephyr. Coût de l'opération : un peu plus de 100 000 dollars répartis sur 5 ans.


Cherie et Chris ont fondé Technomadia, une entreprise de services et de ressources mobiles pour permettre aux caravaniers et aux propriétaires de bateaux d'accéder au Web peu importe où ils se trouvent dans le pays. Technomadia compte parmi ses clients le couple québécois Grégoire-Beaupré.


Depuis le printemps 2017, ils ont poussé le concept un cran plus loin. Les caravaniers deviennent la moitié du temps des matelots. Ils ont fait l'acquisition d'un yacht Bayliner pour explorer la Great Loop, soit le réseau maritime de l'est des États-Unis qui inclut l'Intracoastal Waterway, l'océan Atlantique, les Grands Lacs, la rivière Mississippi et le golfe du Mexique.


Leur objectif : «Nous n'en avons pas vraiment, répond Cherie. Mis à part de nous faire de nouveaux amis en cours de route et de partager un verre (ou deux) de vin. Bref, nous apprécions chaque moment qui nous permet d'alimenter le journal de bord de nos vies.


Alexandre Grégoire et Valérie Beaupré avec leurs chiens Monsieur Bond et Snoopy. Ils font la pose avant leur départ devant leur Winnebago Micro Minnie.


Cherche adresse déale pour travailler


Où se trouvent les meilleurs endroits pour les travailleurs autonomes nomades ? Selon Nomad List, le site de référence qui recueille les avis de près de 65 000 travailleurs autonomes provenant de partout au monde, les cinq meilleurs endroits sont le village de Canggu, à Bali, en Indonésie, Budapest, en Hongrie, les villes de Chiang Mai et de Bangkok, en Thaïlande, ainsi que Berlin, en Allemagne. Ces destinations, particulièrement les quatre premières, se démarquent pour leur accès Internet, le facteur sécurité, leur environnement de joie de vivre et surtout pour leur coût de la vie qui se maintient sous la barre des 1 800 dollars américains par mois. À Chiang Mai, quelque 1 000 dollars américains par mois suffisent.


La présence de Berlin au classement peut être contestée en raison de son coût de la vie élevé, à plus de 3 000 dollars américains par mois, bien que l’Allemagne offre actuellement un visa pour attirer des travailleurs pigistes sur son territoire…


« Le choix d’une destination plutôt qu’une autre est généralement fait en fonction d’un équilibre entre le plaisir et le travail. Deux critères sont tout de même essentiels : le coût de la vie et la vitesse moyenne de la connexion Internet », souligne Alexandre Comtois, fondateur du site Pige Québec. Cette communauté Web regroupe une plateforme de contrats en appel d’offres, un répertoire de pigistes et d’autres ressources pour travailleurs autonomes francophones.


Depuis le printemps dernier, Alexandre et sa conjointe Amélie sont d’ailleurs de retour d’un séjour de plus de six mois en Thaïlande. Juste avant de partir, ils ont tout vendu, maison comprise.


« Je détiens une entreprise Web, ce qui ouvre des portes sur un mode de vie plus flexible et nomade. J’ai simplement besoin de mon portable, d’une location Airbnb munie d’une bonne connexion Wi-Fi ou d’un bon gros forfait de données que je partage entre mon téléphone et mon ordinateur portable », raconte ce travailleur autonome âgé de 37 ans.


« En fait, poursuit-il, ça prend un endroit stable. Car être nomade numérique, c’est pouvoir travailler comme à la maison, peu importe où on s’installe. Bien que l’on soit à l’extérieur, on continue d’avoir un horaire de travail de 30 à 50 heures semaine. En général, on se garde de deux à trois jours semaine pour visiter la région. »


Au moment d’écrire ces lignes, le couple, de retour au Québec, s’installait à Hatley, dans les Cantons-de-l’Est. Il bossait à recenser tous les centres collaboratifs de la province où peuvent aller les travailleurs autonomes. « D’ici la fin de l’année, on veut créer le tout nouveau répertoire MaPlace.Québec qui regroupera des espaces de travail partagés, des cafés, des restaurants, des pubs et autres endroits publics qui peuvent accueillir professionnels, travailleurs autonomes, entrepreneurs, étudiants et autres nomades numériques », dit Alexandre Comtois. Cette plateforme s’adressera à deux publics : les voyageurs francophones à la recherche d’endroits confortables où travailler lors de leur passage au Québec, ainsi que les nombreux télétravailleurs québécois qui désirent changer d’air.

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