Le fléau des arnaques amoureuses

Publié le 20/03/2015 à 10:57

Le fléau des arnaques amoureuses

Publié le 20/03/2015 à 10:57

Penser rencontrer l’âme sœur et se retrouver face à un fraudeur. La popularité croissante des sites de rencontres et des réseaux sociaux se traduit par l’émergence d’un nouveau genre d’attrapes...

L’an dernier, le Centre antifraude du Canada a enregistré 550 plaintes en matière de fraude sentimentale au Québec pour un total de 3,8 millions de dollars envolés. Un chiffre qui est sans doute bien plus élevé en réalité, car le Centre estime que seulement 5 % des victimes rapportent une telle fraude.

Le scénario est souvent le même et débute sur un site de rencontres ou sur Facebook. « Une personne seule échange des messages avec quelqu’un qui est en réalité un fraudeur, raconte Josée Rousseau, superviseure au centre d’appels du Centre antifraude du Canada. Ce dernier lui déclare rapidement son amour, lui envoie des petits cadeaux comme des fleurs ou des bijoux, puis lui explique qu’il aimerait venir la visiter ou qu’il a besoin de voir un médecin, mais qu’il manque d’argent. » Sous la pression, la victime finit souvent par craquer et par envoyer des sommes au fraudeur. Les montants peuvent être parfois peu élevés au départ, mais, à force de se répéter, certaines personnes finissent par se retrouver ruinées.

La sextorsion à la mode

Mais une autre arnaque, plus récente, prend de l’ampleur : la sextorsion. « Cela fait deux ans que des victimes nous appellent à ce sujet », explique Carolina Cursio, enquêtrice à la GRC. Le fraudeur met en confiance sa victime puis l’incite à se mettre nu. Littéralement. C’est ce qui est arrivé à Michaël Houle, un jeune Victoriavillois dysphasique. « Il a accepté de se déshabiller sans savoir qu’il était filmé, puis on l’a menacé de le dénoncer en disant que c’est un pédophile qui s’est dévêtu en ligne devant une adolescente de 14 ans », relate Claire Royer, la mère du jeune homme qui a cédé à ce chantage. Un procédé d’autant plus pervers que l’arnaqueur a déclenché la webcam à distance.

Certains fraudeurs menacent les victimes de publier les images sur YouTube ou de les envoyer à leurs proches sur Facebook. Le stratagème peut durer des mois. « Un homme a été menacé pendant 6 mois par un arnaqueur qui lui disait qu’il allait révéler les images compromettantes à sa conjointe », dit Mme Cursio.

Selon l’enquêtrice, les montants extorqués se chiffrent souvent à plusieurs milliers de dollars. La majorité des victimes cèdent au chantage. Cependant, le risque de voir la vidéo de soi nu mise en ligne sur YouTube semble peu élevé. « C’est difficile de savoir si les menaces sont mises à exécution, mais personnellement je n’ai jamais vu ce cas de figure, constate Mme Cursio. Les fraudeurs veulent de l’argent vite fait. Si la victime arrête de donner de l’argent, ils passent à une autre ».

Se protéger

Les gens tombent facilement dans le panneau, car les fraudeurs sont souvent de fins manipulateurs. Ils repèrent rapidement ce qui rend la personne vulnérable, comme un besoin de se sentir aimé ou une volonté de séduire, et installent une dépendance.

Si certains réseaux opèrent depuis le Canada, ils sont nombreux à se trouver à l’étranger, notamment en Afrique, et sont donc difficiles à combattre pour la GRC. La prévention en amont reste donc la meilleure arme afin d’éviter de se laisser piéger.

Ainsi, attention à bien observer la manière dont les premiers échanges se déroulent. Comme les fraudeurs travaillent en groupe, c’est rarement la même personne qui échange avec une même victime. « La personnalité et le style d’écriture varient selon les jours », précise Mme Royer.

L’emploi d’un français de type européen alors que la jolie fille qui veut qu’on se déshabille dit être Québécoise doit également alerter. Effectuer une recherche Google de sa photo est également un bon moyen de vérifier si elle n’a pas utilisé une image sur Internet pour appâter sa victime. Et puis, il existe des caches à coller sur le viseur de sa webcam pour faire échouer les tentatives de mise en fonction à distance.

Michaël Houle a tenu à dévoiler son histoire dans son livre « Deux mondes, une réalité », qu’il a écrit avec sa mère. Le duo donne également des conférences. En marge de ses évènements, des victimes racontent avoir été sextorquées. « Mais, elles ont tellement honte qu’elles refusent d’en parler », regrette Mme Royer. Cette honte constitue pourtant un terreau fertile qui profite aux fraudeurs.

Car lutter contre les arnaques sur les sites de rencontre passe aussi par le fait de briser le silence.

 


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