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«La consommation offre encore un bon rapport risque-rendement»

Dominique Beauchamp|Édition de la mi‑avril 2020

«La consommation offre encore un bon rapport risque-rendement»

Le chef des placements cogère sept fonds communs, dont le Fonds d’actions canadiennes Franklin Bissett, en plus de superviser l’équipe d’actions. Le financier de Calgary a commencé sa carrière dans le service de prêts aux entreprises d’une banque. Il a ensuite été cadre d’une société pétrolière avant de se joindre à Gestion de placements Franklin Bissett en 1998. (Photo: courtoisie)

À PORTEFEUILLE OUVERT.

LES AFFAIRES – Comment avez-vous navigué entre les récentes turbulences ?

Garey Aitken – En tant que propriétaires de sociétés en croissance de qualité, nous modifions habituellement très peu nos placements. De la mi-février à la mi-mars, nous n’avons jamais été aussi actifs en 22 ans. Devant le spectre d’une récession, nous avons diminué dès février la taille de nos placements dans les secteurs les plus exposés à l’économie, tels que l’énergie, les matières premières, l’industrie et la consommation discrétionnaire. Nous avons accru nos investissements dans les secteurs plus stables de la consommation de base, les télécommunications et l’immobilier. Nous avons aussi acheté des actions additionnelles de la société de redevances minières Franco-Nevada (FNV, 155,39 $), par exemple. Nous avons été plus tranquilles dans la deuxième moitié du mois de mars.

L.A. – Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans la tempête ?

G.A. – La violence inouïe des mouvements en Bourse, ainsi que le comportement inhabituel de secteurs refuges tels que les services aux collectivités et les fonds immobiliers. Ces deux industries ont moins bien résisté aux coups que prévu. Les pipelines souffrent, de crainte que la chute du pétrole ne fragilise la capacité des producteurs, leurs clients, de payer les redevances. Quant aux fonds de placement immobiliers, leurs cours ont réagi plus fortement aux craintes que les locataires ne paient pas leur loyer – en raison des pertes d’emplois et de la fermeture de nombreuses entreprises – qu’à la baisse favorable des taux. Nous surveillons la situation de près, mais les cours affaiblis intègrent déjà en bonne partie ces risques. Dans les deux cas, nous avons analysé les bilans et nous sommes satisfaits de nos choix, tels que le fournisseur d’électricité et de gaz naturel Fortis (FTS, 55,80 $) et le fonds immobilier First Capital (FCR.UN, 14,88 $).

L.A. – Le secteur financier compose le tiers du portefeuille. Que pensez-vous des perspectives de l’industrie ?

G.A. – À long terme, les banques, les holdings financiers et les assureurs-vie restent des entreprises durables et bon marché qui bénéficient d’avantages concurrentiels. À court terme, ils souffriront comme d’autres de l’effet de la mauvaise conjoncture sur leurs prêts, leurs activités placements, leurs profits, etc. Nous n’avons pas ajouté à nos placements parce que le portefeuille détient déjà des positions importantes et que nous voyons de meilleures occasions ailleurs. Le holding diversifié mondial Brookfield Asset Management (BAM, 34,76 $ US) est notre principal placement. La Banque Royale (RY, 88,31 $), Banque TD (TD, 60,28 $), Banque Scotia (BNS, 57,30 $) et Banque de Montréal (BMO, 75,63 $) figurent aussi dans les 10 principaux titres.

L.A. – Où sont les occasions dans les secteurs les plus malmenés ?

G.A. – Il n’y a pas de presse pour sauter dans les secteurs les plus exposés à l’économie tels que l’énergie et l’industrie. Leur potentiel de rebond est élevé, mais le risque l’est aussi. Paradoxalement, les industries les plus stables sont encore les plus attrayantes, pas en tant que refuge, mais bien parce que leurs affaires se détérioreront moins. La consommation de base, les services aux collectivités et les fournisseurs de télécommunications offrent encore un bon rapport risque-rendement. Les épiciers profitent de la demande accrue à court terme de la part de consommateurs confinés. De plus, les investisseurs redécouvrent la valeur de leur résilience économique à longue haleine. Metro (MRU, 59,91 $) est parmi nos dix principaux titres. Alimentation Couche-Tard (ATD.B, 36,26 $) aussi, bien qu’il faille s’attendre à des résultats plus instables à court terme à cause du moins grand nombre d’automobilistes sur les routes et de son effet sur la fréquentation des stations d’essence et des dépanneurs. Les perspectives de Saputo (SAP, 34,25 $) sont plus mitigées. Le transformateur laitier perd le volume d’affaires des restaurants, mais conserve celui des épiceries.

L.A. – Les deux chemins de fer canadiens sont aussi bien représentés en portefeuille. Comment envisagez-vous la suite ?

G.A. – Canadien National (CNR, 112.55 $) et Canadien Pacifique (CP, 320,41 $) n’échapperont pas à la récession. Les volumes de transport s’en ressentiront. Pour ces deux placements du secteur industriel, il est par contre très clair que leurs services sont essentiels au bon fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement. Ces titres seront donc plus résilients et pourraient aussi se rétablir plus rapidement que d’autres, mais nous n’avons pas fait de nouveaux investissements dans ces deux transporteurs ferroviaires.

L.A. – Que retenez-vous de la crise de la COVID-19 ?

G.A. – Je crois que la coordination mondiale et l’ampleur des mesures financières et budgétaires sans précédent sont proportionnelles au coût économique du coronavirus. Il faudra aussi que l’exécution se fasse rapidement. Aux États-Unis seulement, les mesures équivalent à 10 % du produit intérieur brut. Ces immenses dépenses auront aussi un énorme coût à long terme qu’il faudra supporter. Les dernières semaines ont été éprouvantes, mais plus fondamentalement, les dislocations extrêmes en Bourse améliorent nettement le potentiel que le portefeuille d’actions canadiennes procure un rendement plus élevé dans un horizon à plus long terme. C’était le contraire au sommet de février.