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Conseils pour les jeunes travailleurs qui négocient leur salaire

La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

Conseils pour les jeunes travailleurs qui négocient leur salaire

Selon un sondage, 47% des répondants étaient plus susceptibles de demander un salaire de départ plus élevé par rapport à l’année précédente. (Photo: La Presse Canadienne)

Toronto — Alors que Lisa Malachowski, étudiante au MBA, négociait son salaire pour un emploi qui devait commencer cet été, une pensée familière à de nombreux jeunes travailleurs lui a traversé l’esprit: «Peut-être qu’ils vont retirer leur offre.»

Mme Malachowski, bientôt diplômée de l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia, s’était vue offrir un poste à temps plein dans la même entreprise de technologie où elle avait effectué un stage l’été dernier.

La femme de 36 ans a également 10 ans d’expérience en gestion professionnelle, mais précise ne pas être certaine de la valeur de ces compétences dans son nouveau cheminement de carrière.

«L’une des choses les plus difficiles est la réaction instinctive d’avoir peur d’avoir l’air ridicule si on demande trop, affirme-t-elle. Ce n’est jamais une conversation facile à avoir. Mais je pense que l’une des choses qui l’ont facilité […] c’est que j’ai fait tellement d’études de marché au préalable que j’étais vraiment confiante quant au niveau que je demandais. Je n’ai pas l’impression d’avoir demandé quelque chose de déraisonnable.»

Alors que les négociations salariales font partie intégrante du processus d’embauche, des experts soulignent que c’est un aspect souvent laissé de côté par les jeunes candidats qui ne savent pas comment demander plus d’argent à un employeur. Ce même sentiment d’intimidation est souvent ressenti par les jeunes employés qui hésitent à demander leur première augmentation.

«La plus grande erreur est de ne pas le faire», estime Bob Menard, conseiller en carrière des diplômés de l’École de gestion John-Molson.

M. Menard, qui anime des ateliers sur la façon de négocier un salaire et conseille les étudiants sur une base individuelle, note que la plupart indiquent ne jamais avoir négocié d’offre d’emploi.

Les jeunes estiment généralement que cela n’est pas approprié pour un premier emploi, observe-t-il.

«C’est toujours approprié, assure cependant M. Menard. J’essaie de vraiment insister auprès d’eux pour leur faire comprendre que si un employeur leur fait une offre, ce n’est pas comme si leur nom sortait d’un chapeau. Ils ont traversé un processus pour les sélectionner, ils ont donc autant à perdre qu’eux s’ils partent, ou s’ils ne peuvent pas répondre à leur contre-offre.»

M. Menard ajoute que la plupart des employeurs prévoient «une certaine marge de manœuvre» dans leur offre — souvent d’environ 7% à 10% de valeur supplémentaire — qu’ils sont prêts à ajouter si un candidat solide le demande. Il suggère de maintenir une contre-offre maximale dans cette fourchette.

«Si on n’essaie pas d’y accéder, eh bien, on laisse cela sur la table et à long terme, cela peut en fait représenter une perte de revenus considérable pour la personne, déplore-t-il. C’est normal d’être nerveux, mais l’employeur a beaucoup investi là-dedans, surtout dans le marché actuel.»

Préparation essentielle

Une recherche publiée par la société de conseil en ressources humaines Robert Half dans son guide salarial 2023 suggère que les Canadiens surmontent de plus en plus l’embarras entourant la demande pour un salaire plus élevé.

Son sondage réalisé auprès de plus de 500 Canadiens en août dernier a révélé que 47% des répondants étaient plus susceptibles de demander un salaire de départ plus élevé par rapport à l’année précédente. Pas moins de 57% estimaient qu’ils étaient en situation de force pour négocier le salaire, les privilèges et les avantages sociaux, plutôt que les employeurs.

Selon la présidente de la firme de recrutement vancouvéroise The Headhunters, Georgia Harper, le fait de présenter une fourchette bien documentée d’attentes salariales, plutôt qu’une cible unique, peut faciliter le processus de négociation.

«Je rappelle toujours aux gens que tout le monde finit par passer une mauvaise journée au travail, explique-t-elle. Peu importe à quel point on est excité, il faut s’assurer d’être à l’aise avec cette rémunération lors d’une mauvaise journée. Je pense qu’il est également très important que le montant ne change pas pendant la conversation.»

Pour ceux qui sont déjà employés, la préparation est également essentielle lorsqu’il s’agit de frapper à la porte d’un patron pour parler de chiffres, ajoute Mme Harper.

Le sondage de Robert Half a révélé que 34% des répondants prévoyaient de demander une augmentation à leur employeur s’ils n’en obtenaient pas — ou si le montant était inférieur aux attentes — d’ici la fin de 2022.

Plus de deux répondants sur cinq ​​​​​​ont indiqué qu’ils assumaient des responsabilités en dehors de leur description de poste pour mieux se positionner en vue d’une augmentation, tandis qu’un peu plus d’un quart ont précisé qu’ils faisaient des recherches sur les salaires et soulignaient tout écart à leur patron.

Avant d’avoir cette conversation, Mme Harper exhorte les employés à rechercher le taux du marché pour leur rôle et à être prêts à discuter de la façon dont leurs responsabilités se sont accrues pour justifier un salaire plus élevé.

«Si on recherche une augmentation et qu’on sait que le marché paie plus cher, partager cette information est vraiment précieux», poursuit Mme Harper, tout en avertissant que la recherche ne devrait pas nécessairement se concentrer sur des postes individuels.

«Disons qu’il s’agit de poste de gestionnaire. Le gestionnaire d’une entreprise fait une chose différente de celle des gestionnaires d’une autre entreprise. On ne peut pas (dire) qu’on a vu un poste de gestionnaire beaucoup mieux rémunéré. Il faut faire un peu plus attention pour s’assurer qu’il s’agit d’un travail semblable.»

Mme Malachowski, dont la contre-offre a été acceptée, conseille aux autres jeunes professionnels désireux d’obtenir un salaire plus élevé que celui proposé de ne «pas avoir peur de le demander».

«Il s’agit d’établir ce genre de connexion humaine avec un endroit où on veut vraiment travailler aussi, souligne-t-elle. Si c’est le type d’entreprise qui retirerait l’offre simplement parce qu’elle estime qu’on n’apporte pas cette valeur, ce n’est probablement pas un endroit où on voudrait vraiment travailler.»