Un meilleur moment dans l'année pour investir?

Publié le 15/05/2015 à 10:13

Un meilleur moment dans l'année pour investir?

Publié le 15/05/2015 à 10:13

« Vendez en mai et partez », dit l’adage boursier. Septembre serait le pire mois pour acheter des actions; les bonnes affaires reprendraient après l’Halloween. Que valent ces lieux communs? Y a-t-il vraiment de « bons » et de « mauvais » mois pour investir?

Bons mois, mauvais mois : les chiffres

Les données concernant les grands indices boursiers vont dans le sens de ces idées reçues sur les variations saisonnières des marchés. Depuis 1950, le S&P 500 a généré au mois de mai un rendement à peine positif : 0,11 % en moyenne. Ce mois inaugure la période de six mois dans l’année où l’indice génère des rendements moyens de moins de 1 %, quand ils ne sont pas négatifs. Le mois le plus sombre pour le S&P 500 est historiquement celui de septembre, avec des rendements moyens de 0,65 %. Novembre, décembre, janvier, mars et avril sont les mois qui offrent les meilleurs rendements. Ceux-ci culminent en décembre, avec une augmentation moyenne de la valeur de l’indice de 1,59 %.

Le scénario est à peu près le même du côté du Dow Jones. De 1950 à 2012, cet indice américain a connu des rendements moyens négatifs en mai, juin, juillet et surtout septembre (-0,8 % en moyenne). Son meilleur mois? Avril (2 % en moyenne), suivi de décembre (1,7 %).

Le phénomène touche aussi le marché français : de 1962 à 2009, le CAC 40 a fait cinq fois mieux pendant les seules saisons froides (de novembre à avril) que si l’on considère l’évolution de l’indice sur l’ensemble de cette période.

Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer cette alternance. Pendant la saison chaude, les investisseurs auraient la tête aux vacances plutôt qu’aux opérations boursières. Parmi les causes supposées de l’« effet décembre » et de l’« effet janvier » se trouvent la volonté de se départir à perte de certains titres pour réduire le gain en capital imposable, les effets positifs des achats des Fêtes sur l’économie de même qu’un optimisme diffus à l’égard de la nouvelle année.

Gare à la stratégie d’alternance, disent les experts

Aucune de ces explications ne convainc entièrement Éric Corbeil. L’économiste principal chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne reconnaît que les adages saisonniers circulent aussi dans le milieu financier canadien, mais il estime « dangereux » de fonder sa stratégie d’investissement sur ces lieux communs. Une analyse plus fine du marché est selon lui nécessaire pour déterminer si, et où, il est opportun d’investir. Cette analyse doit notamment tenir compte des cycles économiques et des décisions des banques centrales.

Même son de cloche chez Frederic Dayan, directeur régional pour le Québec chez Patrimoine Hollis. « Je ne suis pas un grand fervent de cet adage », dit-il prudemment au sujet de la fameuse exhortation à vendre en mai. Il fait valoir qu’en se retirant au printemps pour racheter à l’automne, on court deux fois plus de risques de se tromper qu’en conservant tout simplement ses actions.

Les deux experts rappellent aussi que certaines années, comme en 2009, les mois d’été ont été très favorables à la Bourse. Même le mois de septembre peut réserver d’agréables surprises aux investisseurs. L’an dernier, le S&P 500 s’est apprécié de près de 4 % pendant ce mois redouté. Il s’agit là d’une portion importante de l’augmentation de 11 % de la valeur de l’indice pour l’ensemble de l’année. L’épargnant qui aurait fui le marché pendant l’été s’en serait mordu les doigts.

Quand investir? Maintenant!

Frederic Dayan croit que l’important n’est pas le moment choisi pour investir, mais la durée de l’investissement. En effet, les marchés boursiers ont globalement tendance à générer à long terme des rendements positifs. « Le meilleur moment pour investir est maintenant », affirme-t-il, quitte à échelonner les achats sur quatre à six mois pour s’ajuster à la situation économique.

Quant à la saisonnalité des marchés, M. Dayan se plaît à citer Mark Twain, qui écrivait : « Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en Bourse. Mais il y en a d’autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février. » Parce qu’il vaut toujours mieux analyser que spéculer.

 

À suivre dans cette section

À la une

Santé publique: une gouvernance de broche à foin

BLOGUE. On nous a présenté Horacio Arruda comme étant l’autorité de la Santé publique au Québec. Or, il n'en est rien.

Deux exemples percutants de titres dits «défensifs»

BLOGUE INVITÉ. Jamais n’a-t-on vu le taux de chômage exploser comme on l’a vu au cours des dernières semaines.

Shopify: prochaine victime de la malédiction boursière canadienne?

BLOGUE INVITE. Shopify est-elle différente des Nortel, Research in Motion, Valeant, Barrick Gold et autres?