Survivre au krach boursier

Publié le 20/11/2008 à 00:00

Survivre au krach boursier

Publié le 20/11/2008 à 00:00

Par François Rochon

La crise actuelle est loin d'être ordinaire. Même des gestionnaires qui ont 30 ans d'expérience trouvent la situation démentielle. "Malgré cet horrible climat d'incertitude, ne cédez pas à la panique, dit Luc Girard, directeur Groupe-conseil chez Valeurs mobilières Desjardins. Réagissez de façon cartésienne, sans laisser vos émotions empiéter sur votre raison." Les crises passées, même la grande dépression des années 1930, ont prouvé que le système pouvait encaisser des chocs majeurs.

COMMENT SE REMONTER LE MORAL

1 Déduisez vos pertes en capital

Aïe ! Quelle dégelée ! Bear Stearns, Lehman Brothers, Washington Mutual, rayées de la carte, ont laissé un trou béant dans votre portefeuille... La seule façon de panser ses plaies consiste à déduire les pertes en capital enregistrées à l'extérieur de son REER ou de son FERR. Les pertes en capital sur les titres boursiers ne peuvent être déduites que des gains en capital.

Dans un premier temps, vos pertes doivent être appliquées à l'encontre des gains accumulés en 2008 sur les titres revendus. Si vos pertes en capital dépassent largement vos gains en capital, vous pouvez ensuite reporter l'excédent de ces pertes sur les trois années précédentes, c'est-à-dire 2005, 2006 et 2007, ou sur les années futures.

2 Changez-vous les idées

"Si vous ne négociez pas activement, vous ne devriez pas surveiller votre portefeuille régulièrement", pense Lawrence Kryzanowski, professeur de finance à l'Université Concordia. Si vous êtes obsédé par les cotes qui baissent, vous n'avez qu'une option : vous divertir. Par exemple, au lieu de regarder les nouvelles à la télé, allez au cinéma. Et lorsque vous lisez les journaux, jetez un coup d'oeil sur les caricatures. "Il sera peut-être encore question de la crise, mais au moins, vous rirez un peu", dit-il.

3 Réévaluez votre niveau d'endettement

S'endetter est dangereux : c'est la principale leçon à tirer de la crise des prêts hypothécaires à risque. Les Américains ont utilisé le levier de l'emprunt pour s'enrichir plus rapidement, mais l'appât du gain les a menés tout droit vers le gouffre. Peut-être avez-vous succombé vous aussi à la tentation du crédit... Si c'est le cas, il serait préférable de réévaluer votre niveau d'endettement en imaginant divers scénarios pessimistes. Et de vous demander si vous pourriez supporter le fardeau de vos dettes avec des taux d'intérêt plus élevés, des revenus moindres, etc. Évitez de trop tirer sur l'élastique. En diminuant votre stress sur le plan financier, vous traverserez plus sereinement n'importe quelle crise.

4 Lisez un bon livre

Dans les moments de grande agitation, quand tout semble basculer, il est impératif de prendre du recul et de réfléchir. Pour vous aider, voici deux livres qui vous permettront de mieux comprendre la crise actuelle et de cibler des entreprises plus défensives, qui offrent néanmoins un bon potentiel de croissance à long terme : 24 leçons pour gagner en Bourse, de Warren Buffett, et Dans la jungle du placement, de Stephen Jarislowsky. "Inspirez-vous de ces investisseurs célèbres, capables de dénicher des occasions en or même lorsque les marchés basculent", recommande Lena Mouchahoir, conseillère chez Raymond Chabot Gestion Privée.

SOYEZ PLUS DÉFENSIF

5 Révisez votre politique de placement

Au 3 octobre 2008, les secteurs canadiens de la technologie et des matières premières avaient chuté respectivement de 41,3 et 29,7 % depuis le début de l'année. Leur recul était plus prononcé que celui de l'indice S&P/TSX, qui était de 20,3 %. La Bourse canadienne a néanmoins mieux résisté que les marchés émergents (- 34,8 %) et européens (- 25,8 %).

Ces statistiques nous rappellent à quel point il est important de bien diversifier son portefeuille. Le krach boursier permet en quelque sorte de mettre votre répartition d'actif à l'épreuve. Peut-être votre portefeuille est-il mal construit ou peut-être est-il plus risqué que vous ne le voudriez ? Sachez que la répartition d'actif est capitale. Elle explique 94 % de votre rendement.

Voici un petit truc pour déterminer si vous prenez trop de risques : "Supposez qu'il vous sera impossible de négocier vos placements pendant cinq ans, et évaluez si vous êtes encore à l'aise avec votre portefeuille", explique Luc Girard. Pour investir judicieusement, vous devez bien vous connaître et choisir la bonne proportion d'obligations, de liquidités et d'actions, ainsi que les secteurs d'activité les plus solides et les régions du monde qui offrent le meilleur potentiel.

De plus, deux autres éléments pourraient vous pousser à modifier votre politique de placement : un changement dans votre situation personnelle (perte d'emploi, séparation, etc.) et des doutes sérieux quant au potentiel du marché à long terme. "Dans ces cas-là, modifiez votre portefeuille", conseille Lawrence Kryzanowski.

6 Libérez des liquidités

Lorsque la situation économique se détériore, il n'y a rien de tel qu'un bon gros coussin d'urgence qui vous permettra de régler toutes vos dépenses courantes pendant six à neuf mois. Augmentez également les liquidités et les titres à revenu fixe à court terme de votre portefeuille, de façon à pouvoir subvenir à l'équivalent de trois ans de décaissements anticipés.

"Si vous le pouvez, réduisez aussi votre consommation, conseille Lawrence Kryzanowski. Il n'y a pas que les grands patrons de Lehman Brothers qui peuvent se retrouver au chômage." Cela pourrait vous arriver à vous aussi. Et si vous n'avez pas de liquidités, vous serez forcé de vendre des actions au mauvais moment et d'utiliser au maximum vos cartes de crédit.

Par mesure de précaution, analysez vos revenus et vos dépenses, et trouvez des façons d'épargner davantage (voir notre reportage "50 idées pour s'enrichir", page 16). Ou encore, assurez-vous de pouvoir réduire vos dépenses de façon importante si jamais un malheur survenait.

7 Ciblez les revenus

Comme les valeurs sont en baisse, vous devez trouver une façon de générer du rendement. Supposons que vous espérez obtenir un rendement annuel de 8 % afin de doubler votre capital en neuf ans (72 ÷ 8). "Une solution serait alors de rechercher des actions et des obligations de sociétés qui vous procureront de bons revenus, ce qui réduira vos attentes face à la performance boursière", dit Gabriel Lancry, administrateur associé, Gestion du patrimoine, chez Scotia McLeod.

"Notez que le rendement en dividendes des actions de la Banque Royale est passé de 2,7 à 4,2 % entre octobre 2005 et 2008, souligne-t-il. Cela permet de combler plus de la moitié du rendement cible de 8 %." Sans compter que le revenu de dividendes est imposé de façon plus avantageuse que le revenu d'intérêts.

"En misant sur les revenus, vous ne chercherez plus à obtenir des rendements mirobolants à la Bourse et vous atteindrez vos objectifs en prenant moins de risques. Le fait de recevoir des revenus réguliers diminuera la volatilité de votre portefeuille", ajoute Gabriel Lancry.

8 Pensez "consommation"

Nous vivons dans une société de consommation où les gens achèteront toujours des produits essentiels et peu coûteux. Pensez par exemple à Palmolive, à Colgate ou à Coca-Cola.

"Vous devriez toujours avoir des entreprises de consommation dans votre portefeuille et augmenter leur poids lorsque le climat économique est plus morose, dit Lena Mouchahoir. Évitez, cependant, les produits de consommation plus coûteux et cycliques, tels que l'automobile." Si les consommateurs doivent réduire leurs dépenses, c'est là qu'ils commenceront.

Restez aussi à l'écart des entreprises qui ont contracté de grosses dettes. "Lorsqu'on analyse une société, il faut toujours comparer le rendement tiré du capital aux coûts associés au capital. Or, le surendettement est coûteux et crée très rarement de la richesse pour les actionnaires", explique Lena Mouchahoir.

9 Restez sceptique

Les tuyaux, c'est l'affaire des plombiers, pas des investisseurs ! Et en temps de crise, cela vaut tant pour les tuyaux du beau-frère que pour ceux des experts financiers. Vous avez sans doute entendu parler de ces traders fous qui ont fait perdre des millions, voire des milliards, aux sociétés financières...

Ne croyez pas tout ce que vous entendez, surtout si on vous fait miroiter des rendements faramineux. Même les experts les plus brillants naviguent actuellement en plein brouillard. Et puis, rien ne dit que ceux qui recommandent certains produits financiers ne sont pas en train de vendre les leurs.

POSITIONNEZ-VOUS POUR LE REBOND

10 Achetez sagement

La Bourse fonctionne selon un mouvement de balancier continu qui va de la surexcitation à la dépression la plus complète. Pour améliorer vos profits, il vous suffit donc d'être assez patient pour attendre la déprime et assez courageux pour investir lorsque les marchés sont déprimés.

"Le meilleur moment pour acheter, c'est lorsqu'il y a du sang dans les rues", convient Luc Girard. Ainsi, pendant la crise de 1969-1970, le Dow Jones avait perdu 36 % de sa valeur. C'est à ce moment-là qu'il fallait acheter, puisqu'il est ensuite remonté à son point de départ en près de quatre ans.

Si votre horizon de temps est suffisamment long, il est temps de vous positionner pour la reprise. "Des entreprises dont les titres coûtaient trop cher au cours des dernières années se vendent maintenant à rabais", remarque Lena Mouchahoir.

Toutefois, comme il est impossible de savoir si on a touché le fond, il est préférable d'y aller progressivement. "N'investissez pas d'un coup ; prenez plutôt de petites bouchées, conseille Gabriel Lancry. L'énergie et les matériaux de base sont probablement les derniers endroits où investir", précise-t-il.

11 N'essayez pas de synchroniser les marchés

La Bourse gagne 200 points un jour et en perd 400 le lendemain. La situation est propice à la spéculation ! Tous les fins investisseurs ont flairé la chose.

Cependant, si vous n'avez jamais spéculé auparavant, n'essayez pas d'entrer et de sortir du marché rapidement. "Les gens qui ont assez de talent pour réussir à synchroniser les marchés sont peu nombreux", remarque Lawrence Kryzanowski. Et personne ne saurait dire avec certitude quand la tendance s'inversera et jusqu'où le marché pourrait s'enfoncer.

"Une politique de placement, c'est un peu comme une locomotive qui roule sur les mêmes rails depuis des années, convient Luc Girard. Si vous changez subitement de voie dans l'espoir d'aller plus vite, vous risquez d'avoir un accident."

12 Évaluez toutes les options

"Ne vous limitez pas seulement à l'une des astuces mentionnées ci-dessus, conseille Lena Mouchahoir. Lisez attentivement toutes les suggestions et évaluez si elles peuvent vous être bénéfiques." Une révision complète de votre portefeuille vous permettra de corriger le tir et vous réconfortera. Si vous avez l'impression que la situation est sous contrôle, vous serez plus confiant.

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LECTURES ESSENTIELLES

24 leçons pour gagner en Bourse, Warren Buffett, Paris, Éditions Maxima, 2007, 199 p.

Dans la jungle du placement, Stephen Jarislowsky, Montréal, Éditions Transcontinental, 2005, 161 p.

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