Surfer sur la vague des FNB

Offert par Les affaires plus


Édition de Juin 2019

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Édition de Juin 2019

Par Sophie Stival

Les investisseurs en ont marre de payer des frais exorbitants. Ils ont également soif de transparence et de simplicité. Les fonds négociés en Bourse comblent ces besoins et bien d'autres. Voici les dernières tendances.

Pour la première fois depuis la crise financière, les ventes de FNB au Canada ont dépassé celles des fonds communs de placement en 2018. Cet exploit témoigne de la popularité grandissante de cet outil de placement. Pour un coût dérisoire, on accède instantanément à un portefeuille diversifié géographiquement et par catégories d'actifs.

Malgré ces succès, les FNB ne représentent que 169 milliards de dollars d'actifs sous gestion, soit presque 10 fois moins que les fonds communs de placement (donnée en date du 28 février 2019 de l'Association canadienne des FNB). Autre paradoxe : le marché des FNB gagne beaucoup d'actifs lors de périodes de repli boursier, comme en 2008-2009 et l'an dernier. «C'est peut-être une dispersion naturelle de capitaux vers un plus jeune et plus petit marché, mais cela peut aussi signaler un changement de comportement des investisseurs. Lorsqu'une majorité de solutions de placement génèrent des rendements médiocres, on devient plus sensible aux frais de gestion», croit Daniel Straus, chef de la recherche et de la stratégie FNB à Financière Banque Nationale. Ce dernier constate que l'an dernier, presque deux tiers des actifs sous gestion étaient liés à des FNB dont le ratio de frais de gestion (RFG) est égal ou inférieur à 40 points de base.

La prolifération de nouveaux produits et les acteurs toujours plus nombreux peuvent toutefois donner le tournis. «L'an dernier seulement, 140 nouveaux FNB ont été lancés, parmi lesquels plusieurs provenaient de nouveaux joueurs», souligne l'expert de Financière Banque Nationale. On compte ainsi plus de 700 FNB en circulation au pays, et quelque 37 institutions financières se battent présentement pour avoir votre épargne. Les FNB en actions représentent plus de 60 % des actifs, et le revenu fixe, environ le tiers.

Dans les faits, aux États-Unis comme au Canada, trois grands joueurs se partagent environ 80 % du marché. Chez nous, c'est BlackRock Canada (iShares), BMO Gestion d'actifs et Vanguard Canada qui tiennent le haut du pavé.

En janvier dernier, la Banque Royale a secoué le marché des FNB en annonçant une alliance stratégique avec BlackRock Canada. Le plus grand gestionnaire d'actifs du pays s'est joint au premier fournisseur de FNB du monde pour créer une nouvelle marque : RBC iShares. Même si les deux sociétés demeurent des entités juridiques distinctes, elles entendent unir leurs forces pour créer des produits innovants. Aussitôt dit, aussitôt fait : au printemps est née une première série de fonds indiciels axés sur les critères ESG (environnement, société et gouvernance).

Les frais de gestion annuels de ces FNB d'actions et d'obligations varient entre 0,18 % et 0,35 %. Il y a effectivement un engouement pour les placements éthiques ou responsables depuis que les investisseurs institutionnels et les fonds de pension s'y intéressent.

La révolution tout-en-un

Dans le marché des FNB, une innovation n'attend pas l'autre. La plus révolutionnaire pour le petit investisseur est certainement le FNB tout-en-un. Vous pouvez effectivement dire adieu à votre fonds commun de placement équilibré facturé à prix fort. Il existe aujourd'hui une solution clé en main où, selon votre profil de risque, on vous propose des pondérations par catégories d'actifs ainsi que le rééquilibrage automatique. Chaque fonds de FNB expose le portefeuille à différentes pondérations en actions et en obligations selon que vous êtes prudent, neutre ou audacieux. Il s'agit ici de gestion passive indicielle où chaque trimestre (ou semestre) on ramène la pondération de vos catégories d'actifs à leur cible initiale.

Quelques firmes offrent maintenant ce type de FNB, soit Vanguard (frais de gestion de 0,22 %), iShares (frais de 0,18 %) et BMO (frais de 0,20 %). Dans le cas de la firme Horizon (frais de gestion maximum de 0,18 %), on reproduit le rendement d'indices boursiers avec des produits dérivés appelés swaps. Il y a donc un risque de crédit lié à la transaction dérivée effectuée avec la contrepartie. De plus, on ne détiendra pas physiquement les titres en portefeuille, ce qui, jusqu'ici, était attrayant d'un point de vue fiscal. Effectivement, les revenus d'intérêt et de dividende ne sont pas imposables comme tels, mais plutôt au titre de gain en capital. Le détenteur paie la facture fiscale seulement lorsqu'il se départit de son FNB. Attention cependant, le dernier budget fédéral du printemps s'attaque à ce type d'opération qui permettait ultimement à l'investisseur de payer moins d'impôt. Il devrait y avoir un resserrement des règles pour ce type de FNB après l'année d'imposition 2019.

L'attrait des revenus

L'an dernier, la volatilité des marchés et l'incertitude quant aux mouvements des taux d'intérêt ont favorisé les FNB contenant des titres avec de très courtes échéances. Pensons au fonds d'épargne à intérêt élevé de Purpose (PSA), aux FNB à taux flottant de iShares (XFR) et de Horizon (HFR), sans oublier celui du marché monétaire de iShares (CMR). «En 2018, ces fonds ont attiré d'importantes entrées d'argent et cette catégorie d'actifs a presque triplé par rapport à 2017», observe Daniel Straus.

Les FNB misant sur les revenus de dividende ne sont pas en reste, affichant une croissance de 10 %, pour un montant total d'actifs de 14,5 milliards de dollars. Stéphane Martineau aime bien le FNB iShares Canadian Select Dividend (XDV, RFG 0,55 %), qui représente près de 10 % de son portefeuille modèle croissance. Il s'agit des 30 sociétés canadiennes qui versent des dividendes et qui affichent le rendement le plus élevé de l'indice Dow Jones Canada Total Stock Market Index. «Dans un marché boursier baissier et avec les taux qui sont plutôt bas, on aime l'idée de maximiser le rendement de dividende. Ce FNB génère un taux de près de 5 %», précise le gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins avec le groupe Leblanc Martineau St-Hilaire. Notons que près de 60 % des titres composant cet indice proviennent du secteur financier.

Autre stratégie populaire permettant d'ajouter des revenus à votre portefeuille : les FNB avec vente d'options d'achat couvertes. On vise ici à réduire le risque de détention des actifs en générant un revenu additionnel, soit la prime récoltée par la vente d'options. On limite toutefois le gain potentiel si le prix des actions en question monte beaucoup. Ces FNB sont offerts dans plusieurs catégories d'actifs, par secteurs et régions géographiques. Par exemple, le FNB BMO ZWB (RFG 0,72 %) se concentre sur les banques canadiennes. Il est important de comprendre le mécanisme derrière ces produits dérivés avant d'investir.

Large éventail en gestion active

Pour battre les marchés, les investisseurs vont aussi miser sur une démarche plus active. De ce côté, le terrain de jeu est grand ! Il faudra choisir parmi plusieurs centaines de produits existants sans se perdre dans les méandres des stratégies proposées. Les FNB gérés activement peuvent faire appel à un gestionnaire qui déterminera quels titres inclure ou exclure du portefeuille. D'autres vont se baser sur un modèle quantitatif ou factoriel. On recherche alors une performance excédentaire basée sur des facteurs comme la valeur, la qualité, le momentum, la taille, la volatilité, la liquidité.

Les frais de gestion des FNB à gestion active sont généralement plus élevés que ceux d'un FNB indiciel, puisqu'on fait appel à un gestionnaire de portefeuille ou, encore, on établit des règles strictes selon un modèle quantitatif. Une analyse de Financière Banque Nationale évalue qu'en 2018, près de la moitié des FNB en circulation avait un ratio de frais de gestion (RFG) égal ou supérieur à 60 points de base. Plusieurs de ces titres adoptent des stratégies pointues et ont très peu d'actifs sous gestion.

La multiplication des joueurs et des solutions en gestion active requiert donc des investisseurs une plus grande vigilance. «On doit soulever le capot et s'assurer de bien comprendre la méthodologie d'investissement en lisant notamment le prospectus et l'aperçu du FNB, disponibles sur les sites Web des manufacturiers», rappelle Alain Desbiens, directeur général distribution des FNB, Québec et Atlantique, chez BMO.

Les produits vedettes

Quelles stratégies ou produits volent la vedette cette année ? «Les FNB à faible volatilité connaissent encore beaucoup de succès et ont battu les indices boursiers l'an dernier», souligne Alain Desbiens. Ces titres permettent de réduire le risque d'un portefeuille en atténuant les hauts et les bas du marché. On souhaite donc réaliser une plus-value tout en protégeant le portefeuille contre des corrections boursières en sélectionnant des titres moins volatils ou sensibles au marché (avec un bêta inférieur à 1). «Avec la fin de cycle économique qui approche, nous croyons que nos stratégies à faible volatilité seront encore attrayantes en 2019-2020», remarque Pat Chiefalo, chef, iShares Canada, la filiale canadienne de BlackRock.

Ces FNB vont souvent donner un bon rendement dans un marché baissier, mais peuvent aussi présenter un biais sectoriel, soulignent plusieurs experts. Chez iShares, on contourne ce problème avec une méthodologie qui tente de garder les pondérations sectorielles du FNB semblables à celles du marché. «Le FNB à faible volatilité doit être vu comme le défenseur au hockey. Ce n'est pas lui qui va compter des buts. Il faudra ajouter d'autres FNB dans le portefeuille pour compléter l'équipe et améliorer la performance», illustre Stéphane Martineau.

On ne peut passer sous silence l'enthousiasme suscité par l'investissement thématique qui tire profit des grandes tendances et des changements dans nos sociétés. Pensons à l'intelligence artificielle, la technologie blockchain, la légalisation du cannabis ou l'investissement responsable. Par exemple, l'Indice marijuana sciences de la vie, un FNB lancé par la firme Horizon en 2017 (HMMJ, RFG 0,94 %) a connu beaucoup de succès l'an dernier, recueillant un milliard de dollars en actifs. «Ce type de FNB est généralement populaire quand les investisseurs sont confiants dans la Bourse et qu'il n'y a pas trop d'incertitude», remarque Daniel Straus.

Certains de ces FNB ciblent des industries très peu diversifiées et cela peut devenir risqué. «Il faut faire attention à ceux qui misent sur des FNB de sous-secteurs de plus grands secteurs comme la technologie ou la santé», met en garde Alain Desbiens. «Si on croit en la stratégie ou qu'on aime le gestionnaire, on pourrait en ajouter comme un placement satellite. Mais le portefeuille de base (core portfolio) doit rester composé d'investissements passifs peu coûteux et dans toutes les grandes catégories d'actifs», ajoute Daniel Straus.

L'investissement responsable tire également son épingle du jeu. Selon une analyse de BMO Gestion de patrimoine, l'utilisation des facteurs ESG (environnement, société, gouvernance) dans la recherche d'occasions de placement améliore le profil risque-rendement des portefeuilles dans la mesure où elle réduit les risques de pertes importantes liés aux amendes et aux règlements de poursuites et où, surtout, elle limite les risques d'atteinte à la réputation.

Desjardins se distingue depuis plusieurs années dans le domaine de la recherche en investissement responsable avec ses portefeuilles SociéTerre. Elle propose également plusieurs FNB faibles en carbone et sans exposition aux énergies fossiles. Les frais de gestion oscillent entre 0,25 % et 0,65 %. Mais le FNB le plus connu dans ce domaine demeure certainement le fonds iShares Jantzi Social Index (XEN), lancé en mai 2007, qui a un RFG de 0,55 %. Cet indice est composé d'actions de sociétés canadiennes qui répondent à des normes élevées en matière de responsabilité sociale et environnementale. Quant aux FNB de la Banque de Montréal (WOMN, RFG 0,39 %) et de la Banque Royale (RLDR, RFG 0,29 %), on mise notamment sur l'égalité des genres et la diversité en milieu de travail.

Finalement, ceux qui s'attendent à ce que le prix du pétrole se redresse en 2019 pourraient acheter le FNB BMO équipondéré pétrole et gaz (ZEO, RFG 0,61 %). C'est ce que suggère Tea Galli, négociatrice FNB chez RBC Marchés des capitaux. Ce FNB sélectionne des actions de sociétés pétrolières et gazières canadiennes. Afin de réduire le risque de concentration ou le risque spécifique à un titre, on accorde le même poids dans le portefeuille à chacune des sociétés choisies. Selon elle, plusieurs éléments catalyseurs sont en place : les membres de l'OPEP et d'autres grands pays exportateurs ont convenu de réduire leur production de 1,2 million de barils par jour pendant six mois en 2019. «De plus, l'économie chinoise opère une transition d'un modèle industriel à un modèle axé sur la consommation, qui favorise l'essence», souligne-t-elle dans un rapport de BMO publié récemment sur les thèmes de placement 2019 pour les FNB.

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