Sachez repérer les rachats d'actions favorables

Publié le 18/07/2009 à 00:00

Sachez repérer les rachats d'actions favorables

Publié le 18/07/2009 à 00:00

La chute boursière a amené de nombreuses entreprises à accroître leurs rachats d'actions depuis un an. Si elle est en apparence favorable, à long terme, cette pratique ne sert pas toujours l'intérêt des actionnaires, disent les experts.

" Il faut analyser la situation au cas par cas, dit Philippe Le Blanc, président de la firme Cote 100. Tout dépend de la situation financière de l'entreprise. Celles qui possèdent un bilan financier sain peuvent se permettre de racheter des actions sans problème, en particulier lorsque le conseil d'administration juge que le titre est sous-évalué. "

M. Le Blanc ajoute que, dans le cas d'un titre bien évalué ou surévalué, la direction de l'entreprise doit privilégier le versement d'un dividende.

" En théorie, le rachat d'actions permet à un titre de s'apprécier puisqu'il réduit le nombre d'actions en circulation. Il faut toutefois faire attention, car certaines entreprises procèdent à des rachats uniquement pour compenser l'octroi d'options d'achat d'actions à leurs dirigeants et à leurs employés clés, ce qui ne crée aucune valeur pour l'actionnaire ", dit M. Le Blanc.

Pascal Duquette, président de Natcan, souligne qu'en rachetant des actions, les entreprises doivent s'assurer de ne pas limiter leur capacité de profiter des occasions d'acquisition et d'investissement créées par la récession.

Selon M. Duquette, il existe un conflit d'intérêts latent lorsqu'une équipe de direction opte pour un rachat d'actions. " Les dirigeants rémunérés en options d'achat d'actions prennent la décision de procéder à un rachat afin de soutenir la valeur du titre. Ils agissent plus dans leur intérêt que dans celui des actionnaires ", croit-il.

Quels rachats servent vos intérêts ?

Pour savoir si un rachat d'actions sert les intérêts des actionnaires, il faut simplement analyser les rapports trimestriels et annuels.

" Si le nombre d'actions en circulation diminue constamment et que le bilan financier ne se dégrade pas, il s'agit d'un geste valable de création de valeur pour les actionnaires à long terme ", dit Alain Chung, vice-président principal de Claret.

C'est le cas du Groupe Jean Coutu, dit-il. La chaîne de pharmacies avait récemment 236 millions d'actions en circulation, comparativement à 248,3 millions à la fin de son exercice précédent, le 24 avril 2008.

Pascal Duquette cite de son côté l'épicier Metro, qui dégage beaucoup de liquidités et qui rachète des actions année après année. Entre le 5 septembre 2008 et le 4 septembre 2009, l'entreprise peut racheter jusqu'à 6 millions d'actions. Au 14 mars, Metro avait racheté 1,48 million d'actions à un prix moyen de 31,12 $. La valeur du titre s'établissait à 37,15 $ le 14 juillet.

Pour leur part, Exfo et le Groupe BMTC ont pu procéder à d'importants rachats d'actions depuis un an grâce à des enchères.

Par ailleurs, les banques ont été prises de court par la crise financière, selon Charles Huot, directeur général, actions institutionnelles, chez BMO Marchés des capitaux. " Des banques ont racheté des actions à des prix très élevés et ont été forcées par la suite de procéder à des émissions à des prix dérisoires pour avoir un ratio de capitalisation adéquat ", explique-t-il.

" Les banques disent octroyer des options pour fidéliser leurs employés, mais c'est de la foutaise, affirme pour sa part M. Chung. Dès que ces derniers peuvent exercer leurs options, ils vendent leurs actions et encaissent leurs gains. "

À long terme, Alain Chung préfère les rachats d'actions aux versements de dividende pour des raisons fiscales.

CINQ SOCIÉTÉS QUÉBÉCOISES QUI CRÉENT DE LA VALEUR EN RACHETANT DE LEURS ACTIONS

Société (symbole) / Proportion des actions en circulation rachetées depuis quatre trimestres1

Exfo Ing. électro-optique (EXF) / 13,0 %

Groupe BMTC (GBT.A) / 13,0 %

Groupe CGI (GIB.A) / 5,2 %

Groupe Jean Coutu (PJC.A) / 5,2 %

Alimentation Couche-Tard (ATD.B) / 4,7 %

1 En tenant compte des actions émises à la suite de l'exercice d'options.

Sources : États financiers des sociétés

denis.lalonde@transcontinental.ca

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