Rentables, les fonds de travailleurs?

Publié le 05/03/2021 à 12:05

Rentables, les fonds de travailleurs?

Publié le 05/03/2021 à 12:05

Par Institut québécois de planification financière
Une courbe qui grimpe

Les fonds de travailleurs représentent assurément une option pertinente. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Les fonds de travailleurs (FDT) sont présents dans l’univers de l’épargne-retraite des Québécois depuis bien longtemps. Les deux fonds offerts aux Québécois sont le Fonds de solidarité de la FTQ, créé en 1983, et le Fondaction de la CSN, créé en 1996. Est-il rentable d’investir dans l’un de ces fonds?

Rendements et crédits d’impôt

Pour analyser la rentabilité potentielle d’un investissement dans ces fonds de travailleurs, on devra évidemment considérer les crédits d’impôt auxquels ils donnent droit. On devra également poser des hypothèses quant aux rendements futurs. Enfin, on pourra aussi considérer l’effet d’utiliser le REER pour ce placement. Bien sûr, on peut également investir dans ces fonds à l’extérieur du REER, mais pour les besoins de l’analyse, nous nous attarderons à une cotisation dans le REER.

Sauf pour un crédit supplémentaire de 5 % octroyé par Québec aux cotisations effectuées au Fondaction (CSN) jusqu’à la fin du mois de mai 2021, le traitement fiscal des deux fonds est similaire : les deux permettent de réclamer un crédit de 15 %, autant au fédéral qu’au provincial, jusqu’à un maximum de 5 000 $ de cotisations annuelles. Ces crédits s’ajoutent à la déduction fiscale découlant du REER.

Les rendements annuels moyens des dix dernières années de ces fonds (sans considérer les crédits d’impôt) sont les suivants (au 30 novembre 2020) :

• Fondaction : 4,1 %

• Fonds de solidarité : 7,0 %

Sur une plus longue période, soit 25 années (au 31 mai 2020), le rendement de ces fonds est estimé comme suit :

• Fondaction : légèrement inférieur à 1,5 %

• Fonds de solidarité : légèrement inférieur à 4,0 %

• Placements équilibrés (fonds constitué de 50 % actions canadiennes, 40 % obligations canadiennes, 5 % actions américaines, 5 % actions internationales, avant frais au 31 décembre 2020) : légèrement supérieur à 7,0 %

Quoique les dates ne concordent pas parfaitement, en raison des dates de publication des résultats de ces fonds, aux fins de comparaison future, on peut supposer que les fonds de travailleurs généreront un rendement inférieur à un investissement comparable en termes de volatilité. Nous utiliserons donc une hypothèse d’écart de rendement annuel de 2,0 %. D’ailleurs, le Fonds de solidarité présente lui-même, sur son site aux fins de projections, une estimation modeste de rendement futur de 3,0 % à 3,5 %.

 

Analyse

Rien de mieux qu’un exemple pour bien comprendre. Imaginons quelqu’un qui fait une seule cotisation REER, soit dans un fonds de travailleurs, soit dans un placement traditionnel. Allons-y avec un effort d’épargne équivalent, c’est-à-dire le montant total versé une fois pris en compte tous les crédits d’impôt. Les hypothèses suivantes seront utilisées :

• Effort d'épargne (coût net de la cotisation) : 600,00 $

• Taux d'imposition marginal pendant les années de travail : 40 %

• Taux d'imposition marginal à la retraite : 30 %

• Rendement placement traditionnel : 5,00 %

• Rendement fonds de travailleurs : 3,00 %

• Durée de l'investissement : 5 ans

• Nous présumons que toute la marge REER nécessaire est disponible.

• Nous n’avons pas considéré le crédit supplémentaire temporaire du Fondaction.

 

La première ligne du tableau présente la mesure étalon, soit un placement traditionnel. Avec un taux marginal d’imposition de 40 % au moment de la cotisation, une cotisation REER de 1 000 $ nécessite un effort d’épargne de 600 $ (en tenant compte du remboursement d’impôt). Cette cotisation, investie à un rendement annuel de 5,00 %, va se traduire en un solde REER de 1 276,28 $ après 5 ans. Si à ce moment la personne est à la retraite, avec un taux marginal d’imposition de 30 %, et retire la totalité de la somme, après impôts elle se retrouvera avec 893,40 $. Notez que nous avons fixé arbitrairement les taux à 40 % et 30 % afin d’illustrer un écart parce qu’en général, on a moins de revenus (et donc, on paye moins d’impôts) à la retraite. Ce retrait net correspond à un rendement annuel composé de 8,29 % sur l’effort d’épargne de 600 $. Ce rendement est composé d’un rendement sur l’investissement de 5,00 %, auquel on ajoute un rendement de 3,13 % provenant de la différence de taux marginal d’imposition entre le moment de la cotisation et celui du retrait. Autrement dit, ce 3,13% représente le gain provenant strictement de la différence de taux marginaux d’imposition répartie sur 5 années. Ces deux rendements composés produisent le rendement annuel total de 8,29 % ((1 + 5,00 %) * (1+ 3,13 %) = 1,0829 %).

La seconde ligne de ce tableau présente l’investissement dans un fonds de travailleurs (FDT). Avec un taux marginal d’imposition de 40 % au moment de la cotisation, une cotisation REER de 2 000 $ dans un FDT nécessite le même effort d’épargne que dans un placement traditionnel, soit 600 $ (cotisation de 2 000 $ - déduction de 800 $ - crédits de 600 $ = 600 $). Cette cotisation, investie à un rendement annuel de 3,00 %, va se traduire en un solde REER de 2 318,55 $ après 5 ans. Si à ce moment la personne est à la retraite, avec un taux marginal d’imposition de 30 %, et retire la totalité de la somme, après impôts elle se retrouvera avec 1 622,98 $. Ce retrait net correspond à un rendement annuel composé de 22,02 % sur l’effort d’épargne de 600 $. Ce rendement est composé d’un rendement annuel sur l’investissement de 3,00 %, auquel on ajoute un rendement annuel de 14,87 % provenant du crédit et un rendement annuel de 3,13 % provenant de la différence de taux marginal d’impôt entre le moment de la cotisation et celui du retrait. Ces rendements composés produisent le rendement annuel total de 22,02 % ((1 + 3,00 %) * (1+14,87 %) * (1+ 3,13 %) = 1,2202 %).

 

En conclusion

À la lueur de ces chiffres, les fonds de travailleurs représentent assurément une option pertinente, du moins sur un horizon de placement relativement court. Sur des horizons plus longs, il pourrait être pertinent d’utiliser ces fonds, mais l’écart sera moins spectaculaire! En effet, leur rendement moins élevé fait qu’au fil des années, l’avantage des crédits d’impôt s’amenuisera. On notera enfin que ces fonds ne permettent plus les cotisations par montant forfaitaire jusqu’au 31 mai 2021. Un planificateur financier pourra vous aider à établir une politique de placement correspondant à votre profil d’investisseur.

 

Martin Dupras, A.S.A., Pl. Fin., M. Fisc., ASC

Fellow de l’IQPF

 

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