Préparez votre portefeuille à la hausse des taux

Publié le 30/01/2010 à 00:00, mis à jour le 08/10/2013 à 08:15

Préparez votre portefeuille à la hausse des taux

Publié le 30/01/2010 à 00:00, mis à jour le 08/10/2013 à 08:15

Par Dominique Beauchamp

C'est un secret de Polichinelle. La Banque du Canada augmentera son taux directeur au cours des prochains mois. Certes, il reste des inconnues. On ne sait pas exactement quand et de combien le taux sera relevé.

Or, le taux directeur constitue le principal déterminant dans la valeur de nombreux actifs financiers. Sa hausse n'augmentera pas seulement le coût de votre hypothèque à taux variable; elle aura aussi un impact sur le rendement de l'ensemble de vos placements.

Déjà, la hausse de 2,87 à 3,61 % des taux canadiens repères de 10 ans en 2009 a fait basculer la valeur des obligations négociables du gouvernement du Canada. Cette valeur a reculé de 1,52 % l'an dernier, alors qu'elle s'était appréciée de 12,1 % en 2008, précise Guy Liébart, président de Gestion Sodagep, une firme spécialisée dans les obligations.

Pour l'instant, les prévisionnistes tablent sur une remontée en douceur du taux directeur, qui portera le taux de financement à un jour de 0,25 % à 1,50 % d'ici la fin de 2010, puis à 2,75 % d'ici juin 2011, selon le consensus des analystes établi par Bloomberg.

" La Banque du Canada n'est pas pressée d'augmenter les taux parce que la reprise lui paraît encore fragile et que l'inflation est modérée. Elle veut avant tout éviter une rechute de l'économie ", explique Eric Lascelles, économiste en chef et stratège chez TD Valeurs mobilières.

La Banque du Canada ne voudra pas non plus trop devancer la Réserve fédérale américaine afin d'éviter une envolée du huard.

Hausse rapide ou pas, l'investisseur doit se préparer. Neuf experts de la finance vous suggèrent des stratégies pour ajuster votre encaisse, vos obligations et vos actions en conséquence.

Bourse : encore prometteuse

Ce n'est pas parce que la Banque du Canada relève son taux directeur qu'il faut tourner le dos à la Bourse. Les gains seront encore au rendez-vous après la prochaine hausse, bien que plus modérés, car les marchés ont déjà devancé la reprise économique.

Depuis 1967, l'indice torontois S&P/TSX s'est apprécié de 15 % en moyenne au cours des 12 mois précédant la première hausse du taux interbancaire de l'influente Réserve fédérale américaine. Au cours des 12 mois qui suivent la première augmentation du taux, le rendement moyen du S&P/TSX tombe à 6,1 %, souligne George Vasic, stratège chez UBS.

D'ailleurs, la plupart des stratèges prévoient une appréciation de 7 à 10 % du S&P/TSX en 2010. L'indice a connu sa meilleure année depuis 30 ans en 2009, avec un gain de 30,7 %.

" La Bourse continuera de s'apprécier après la première hausse des taux, puisque le changement de régime de la banque centrale confirmera que la reprise est bien engagée, ce qui fera rebondir les bénéfices des entreprises ", explique Stéfane Marion, stratège en chef de la Financière Banque Nationale.

Il est encore possible de réaliser des gains à la Bourse puisque le taux directeur est presque à zéro et ne montera pas en flèche, car la banque centrale voudra s'assurer que la reprise est durable, explique Vincent Delisle, stratège chez Scotia Capitaux.

La hausse de taux étant plus néfaste à la valeur des obligations qu'à celles des actions, les experts que nous avons consultés suggèrent d'accroître de 5 à 10 % la partie de ses placements consacrée aux actions par rapport à la répartition cible du portefeuille de chaque client. Ainsi, si un client alloue habituellement une part égale de son portefeuille aux actions et aux obligations, la part des actions en portefeuille devrait actuellement s'établir entre 55 et 60 %, dit Guy Daigneault, gestionnaire adjoint chez Everest Financière Banque Nationale.

Cependant, les investisseurs plus âgés ou plus frileux devraient mettre l'accent sur la protection de leur capital. " Pour nos clients à la retraite dont la part des actions en portefeuille a augmenté à cause du rebond de l'an dernier, nous ramenons la répartition en actions à la balise d'origine ", précise Hélène Gagné, gestionnaire de portefeuilles et associée de PWL Capital.

Le leadership boursier change

Par ailleurs, la hausse du taux directeur provoquera aussi un changement dans le leadership des secteurs en Bourse.

Les producteurs de matières premières et de pétrole, qui ont besoin d'une économie mondiale forte pour s'apprécier, perdront de leur vigueur.

Par contre, les secteurs qui profitent aussi de la reprise, mais qui en sont moins tributaires, s'apprécieront. C'est le cas des fabricants de biens de consommation, des médias et des fournisseurs de technologie.

" Pour atténuer le risque élevé lié aux portefeuilles surpondérés en actions, nous mettons l'accent sur les sociétés les plus importantes, qui versent des dividendes solides, plutôt que sur les producteurs de ressources ", indique Jean Duguay, vice-président, placements, de Gestion de placement Eterna.

Les titres des banques et des assureurs peuvent continuer de s'apprécier si la reprise économique est durable et si la hausse des taux à court terme est progressive, dit Raquel Castiel, gestionnaire chez Investissements Standard Life.

Des taux plus élevés améliorent le rendement courant que les banques et les assureurs réalisent sur leurs placements en obligations. À cet égard, les assureurs sont avantagés, puisqu'ils réinvestissent le capital de leurs produits d'assurance et de rentes dans des titres à revenu fixe dont le rendement augmente, précise Mme Castiel.

D'autre part, une embellie économique réduit les pertes sur prêts des banques, ce qui compense pour la contraction de la marge qu'elles dégagent entre les intérêts qu'elles versent aux déposants et ceux qu'elles exigent des prêteurs, explique M. Duguay.

Par contre, les fournisseurs d'électricité risquent de souffrir. Leurs titres sont particulièrement sensibles au niveau des taux d'intérêt de 10 ans, auxquels on compare leur dividende. Si les taux montent, les investisseurs seront portés à délaisser ces titres pour se tourner vers les émissions d'obligations, qui sont plus attrayantes.

Liquidité : un coussin à réinvestir

Les taux à court terme sur les produits et les comptes d'épargne les plus sécuritaires sont dérisoires, à tel point que les prochaines hausses du taux directeur canadien ne seront qu'une mince consolation pour les épargnants, dit Jean Duguay, vice-président, placements, de Gestion de placements Eterna.

Après impôt et inflation, les faibles rendements que procurent actuellement les bons du Trésor, les comptes d'épargne à intérêt élevé et les certificats de placement garanti appauvrissent l'épargnant plus qu'ils ne l'enrichissent.

En prévision d'une vague de hausses du taux directeur à partir de juillet ou septembre, " la meilleure chose à faire est de se constituer un petit coussin de liquidités pour profiter des hausses de taux qui seront décidées au cours de toutes les réunions de la banque centrale par la suite ", dit Massimo D'Alessandro, gestionnaire du Fonds Professionnels Québec obligations.

Ce coussin peut être placé dans des billets à taux flottant d'une échéance de deux à cinq ans émis par les gouvernements provinciaux, par exemple. Leur rendement croît de pair avec le taux interbancaire de trois mois, souligne M. D'Alessandro. Ce taux est bas en ce moment : 0,42 %. Cependant, ces liquidités pourront être réinvesties dans des titres des marchés monétaire et obligataire lorsque leur rendement (le coupon d'intérêt qu'ils versent) sera plus élevé.

La contribution qu'on prévoit verser à son régime enregistré d'épargne-retraite (REER) peut servir à ce coussin, précise Hélène Gagné, gestionnaire de portefeuilles et associée de PWL Capital.

Obligations : atténuer la perte de valeur

Les obligations sont la catégorie d'actifs qui souffre le plus lors d'une hausse des taux d'intérêt. Ces titres perdent de la valeur, car les investisseurs préférent se tourner vers de nouvelles émissions d'obligations portant un taux d'intérêt plus élevé.

Mais il n'y a pas lieu de fuir les obligations pour autant. Elles sont le point d'ancrage de bien des portefeuilles. Il y a moyen pour l'investisseur d'atténuer les pires effets. " Il faut bâtir un portefeuille de titres à revenu fixe qui procure un léger rendement, tout en se donnant la possibilité de réivestir son capital quand la hausse des taux aura gonflé les rendements courants de ces titres ", explique Massimo D'Allessandro, gestionnaire du Fonds Professionnnels Québec obligations.

L'effet néfaste de la hausse des taux étant plus prononcé sur les obligations de longue échéance, les experts recommandent de détenir des obligations de cinq ans et moins, même si leurs rendements sont dérisoires.

Si les taux grimpent de 1 %, une obligation de 2,7 ans perdra 1 % de sa valeur; pour une obligation de 12,3 ans, la perte sera de 12 %, donne en exemple Guy Liébart, président de Gestion Sodagep.

M. Liébart préconise notamment les obligations à rendement réel dont la valeur augmente avec l'inflation. Il prévient qu'elles ont déjà grimpé de 14,5 % en 2009 et qu'il peut être difficile de les acheter et de les revendre.

Hélène Gagné, associée de PWL Capital, fait appel au fonds négocié en Bourse iShares, qui reproduit l'indice canadien des obligations de trois ans et moins (symbole XSB à Toronto), et qui verse des intérêts trimestriellement. " Son rendement est faible, mais l'investisseur pourra revendre ce fonds pour réinvestir le capital dans des obligations de plus longue échéance lorsque leur rendement sera plus élevé ", dit-elle.

Selon Mme Gagné, les investisseurs sous-estiment la notion de risque dans le segment des revenus fixes. " Quand l'industrie financière inonde le marché de produits qui procurent des revenus réguliers, ce n'est pas le moment de se ruer sur ces produits. L'épargnant doit être plus sélectif que jamais ", précise-t-elle.

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