Pleins feux sur mon CELI: un portefeuille trop concentré

Publié le 14/10/2021 à 13:11

Pleins feux sur mon CELI: un portefeuille trop concentré

Publié le 14/10/2021 à 13:11

Yoann Dessery

Yoann Dessery a commencé à investir en 2008. (Photo: courtoisie)

PLEINS FEUX SUR MON CELI est une rubrique où des investisseurs individuels nous partagent leurs bons et mauvais coups en investissement tout en soumettant leur portefeuille à l'analyse d'un pro. Depuis son entrée en vigueur en 2009, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) a gagné en popularité et s’est imposé comme outil complémentaire au régime enregistré d’épargne-retraite (REER). De nombreux experts ont vu dans cet outil une sorte de révolution fiscale, car tous les gains produits sont à l’abri du fisc. Si plusieurs l’utilisent comme un simple véhicule d’épargne, d’autres exploitent son plein potentiel comme outil d’investissement. Car, comme pour le REER, le CÉLI vous permet de détenir une multitude de produits financiers, allant des fonds communs de placement aux fonds négociés en bourse en passant par les titres d'entreprises à capital ouvert.

 

Nom : Yoann Dessery

Âge : 35 ans

Profession : chercheur en kinésiologie

Valeur du CÉLI : 147 000$

Stratégie : titres individuels

Bon coup : avoir acquis des connaissances financières

Mauvais coup : ne pas avoir commencé plus tôt à investir

Objectif : atteindre la liberté financière

Son conseil à l’investisseur qui commence : ce n’est pas aussi simple que ç’a en a l’air

 

«C’était en 2008, en pleine débandade boursière. J’avais 3 000 euros à investir. Mes parents m’ont parlé de la Bourse. J’ai décidé d’investir dans une seule action, une société métallurgique», c’est ainsi que Yoann Dessery se rappelle ses premiers pas en Bourse. Il a rapidement doublé son investissement. Un pur hasard. «J’aurais eu le même succès avec quasiment n’importe quel titre tellement tout était au plancher», dit-il. N’empêche, de cette petite incursion en finances naît son intérêt pour l’investissement. «Ma curiosité a été piquée et j’ai commencé à lire un peu sur le sujet.» C’est toutefois de l’autre côté de l’Atlantique que ce Français d’origine, né à Cambrai (près de Lille dans le Nord de l’Hexagone) – un pur «Ch’ti » de son propre aveu, peaufinera son apprentissage comme investisseur.

En 2009, il s’envole pour Québec afin de poursuivre des études en kinésiologie à l’Université Laval. «C’est beaucoup la prévention des blessures par l’activité physique», précise celui qui va étudier pendant quatre ans au niveau doctoral. Il va pouvoir y gagner un peu d’argent. Après un court détour par l’Angleterre, où il part travailler (et épargner), il pose définitivement ses valises sur le sol québécois, à Lévis, ville nommée en l’honneur d’un autre Ch’ti (le commandant en second de Montcalm). «Un autre hasard!». C’est peu de temps après, en 2012, qu’il ouvre son CÉLI et y investit les milliers de dollars gagnés durant ses études. «J’ai commencé par investir mes épargnes dans un fonds commun de placement offert par ma banque. J’avais de l’intérêt pour l’investissement, mais il me manquait encore du temps pour m’y consacrer.»

Son pécule croît tout de même un peu durant la période. C’est toutefois cinq ans plus tard, en 2017, qu’il décide de prendre le taureau par les cornes et de gérer plus activement ses dollars canadiens. «J’avais déjà bien fait avec ce que je détenais en France en euros. Devenu plus à l’aise avec les titres nord-américains, j’ai alors décidé de cotiser au maximum dans mon CÉLI et de l’investir.»

Pour parfaire son cursus financier, M. Dessery va lire à tire-larigot tout ce qui porte de près ou de loin sur la finance. «J’allais à la bibliothèque et j’empruntais de 8-9 livres sur le sujet. Je dévorais tout.» Il va aussi prendre un petit cours de «Day Trading» pour en connaître davantage sur l’analyse technique. Il se met à créer ses propres tableaux Excel et à calculer la valeur intrinsèque des entreprises qu’il affectionne. «Je choisis souvent des actions qui m’interpellent et dont je connais le secteur d’activité (technologie et immobilier).»

Pour évaluer la pérennité d’une entreprise et sceller son achat, il se pose toujours la question: «est-ce une entreprise dont l’activité est essentielle dans nos vies?» En d’autres mots, son modèle d’affaires est-il appelé à disparaître du jour au lendemain? Si celle-ci passe le test de son analyse et de ses questions, il passe à la caisse. C’est au terme de ce processus qu’il se met à accumuler dans son compte de courtage de Questrade des titres d’entreprises, comme Mastercard, Nvidia, Ciena et d’Amazon.

La pandémie et le repli boursier qu’elle va provoquer en mars 2020 vont toutefois mettre à rude épreuve l’apprentissage de M. Dessery, qui va voir la valeur de son portefeuille chuter de plusieurs milliers de dollars en quelques semaines. Après une baisse de 15% de son actif, il décide de vendre plus de la moitié des titres qu’il détient. «J’ai vendu ceux dont je ne voyais pas un avenir assez bon pendant la crise (CIBC, Canopy Growth, Dave & Buster’s Entertainment, Versabank et Purpose Fund.)».

Il décide alors de mettre l’argent des titres vendus de côté. «J’ai attendu. Et, peu à peu, j’ai décidé de redéployer le capital en cours d’année vers des compagnies qui avaient un avantage en pandémie.» Il va maximiser ses cotisations (en 2020 et 2021) et acquérir des actions de Lightspeed, de GoEasy et d’Apple qui vont non seulement éponger ses pertes, mais porter la valeur de son portefeuille à un sommet—il franchit temporairement la barre des 160 000$ en août dernier. « C’est pourquoi le poids de ces positions est disproportionné actuellement, particulièrement LSPD », précise-t-il.

M. Dessery se considère un investisseur de type valeur. Il cherche des entreprises de qualité qui se négocient à des prix attrayants. «Je veux être diversifié, sans trop l’être non plus. Idéalement, j’aimerais ne détenir que cinq titres dans mon CÉLI et optimiser davantage les actions dans lesquelles je crois.» En ce sens, sa stratégie fait penser à l’adage qui dit «concentre tes positions pour t’enrichir et diversifie-les pour te maintenir riche». Avec deux enfants en bas âge (un an et cinq ans), il se considère un investisseur à temps partiel et un portefeuille léger lui convient bien. «Je sais que ce n’est pas original, mais mon but c’est d’atteindre la liberté financière. Pouvoir prendre ma retraite quand j’en aurai envie.»

 

Dans l’œil du pro

«En examinant les titres, j’ai eu comme un 'flash-back'. C’était l’archétype du portefeuille que l’on retrouvait au plus fort de la bulle technologique au tournant des années 2000. Des portefeuilles concentrés dont les titres se transigent à des niveaux stratosphériques », dit d’emblée Vincent Fournier, gestionnaire de portefeuille chez Claret. Pour lui, le portefeuille de M. Dessery est davantage celui d’un investisseur de «momentum», c’est-à-dire de croissance, qu’un investisseur de type valeur. «S’il a vendu la moitié de son portefeuille durant la pandémie, peut-être doit-il se demander si ses placements correspondent bien à ses besoins. Il doit mieux savoir avec quel feu il joue.»

Pour M. Fournier, la concentration de ce portefeuille expose inutilement l’investisseur au risque et à la volatilité. «Ce risque de concentration n’est pas rémunéré par le marché.» À ses yeux, une diversification déficiente est une erreur qui ne pardonne pas, car elle peut être la source du pire ennemi de l’investisseur: la perte sèche. «Des fluctuations de 20% font partie de l’investissement. Mais si une entreprise fait faillite ou perd 90% de sa valeur – et que celle-ci compose 30% de ton portefeuille, c’est une perte qui va prendre des années à surmonter.» Il cite comme exemple le secteur des téléphones intelligents il y a 15 ans. «Il était plus sage de détenir un portefeuille de divers titres (incluant Apple et Samsung) que de miser uniquement sur Nokia ou Blackberry, qui étaient pourtant reconnus comme des leaders dans le temps. »

Les investisseurs ont tendance en général à surpondérer les secteurs qu’ils connaissent et qui sont plus près d’eux. «C’est un des biais cognitifs en finance. Dans ce cas-ci, on voit que M. Dessery a une préférence pour les titres canadiens et ceux liés à la technologie et aux paiements.» Il lui suggère de revoir l’aspect concentration de son portefeuille en diversifiant les secteurs d’activités et en priorisant une approche équipondérée entre les différents titres. «S’il souhaite conserver moins de dix actions, il peut très bien rebalancer le tout lorsque des titres auront mieux fait que d’autres. En allouant, par exemple, une plus grosse exposition aux actions de grandes capitalisations. Et, inversement, pour les petites capitalisations».

«Il y a des beaux titres dans son portefeuille», précise le gestionnaire de portefeuille de Claret. «C’est davantage une question de construction que de sélection.» Il suggère néanmoins à M. Dessery de porter une attention particulière aux entreprises qui génèrent d’importants flux de trésorerie.

 

Si vous souhaitez vous aussi partager avec les lecteurs de Les Affaires votre stratégie d’investissement dans votre CÉLI et faire analyser votre portefeuille par un pro, écrivez-nous à denis.lalonde@groupecontex.ca

 

Le CÉLI de Yoann Dessery

Titres Symboles % du CÉLI
Lightspeed Commerce LSPD.TO 30,2%
Nvidia NVDA 14,1%
Espèces - 11,5%
Apple AAPL 9%
GoEasy GSY.TO 8,1%
Mastercard MA 7,4%
Ciena CIEN 6,8%
Amazon AMZN 5,5%
Nuvei NVEI.TO 4,3%
Fonds de placement immobilier Cominar CUF-UN.TO 3,4%
Total   100%

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