Pleins feux sur mon CELI: Jason St-Hilaire

Publié le 08/10/2021 à 07:30

Pleins feux sur mon CELI: Jason St-Hilaire

Publié le 08/10/2021 à 07:30

Jason St-Hilaire

Jason St-Hilaire (Photo: courtoisie)

PLEINS FEUX SUR MON CELI est une rubrique où des investisseurs individuels nous partagent leurs bons et mauvais coups en investissement tout en soumettant leur portefeuille à l'analyse d'un pro. Depuis son entrée en vigueur en 2009, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) a gagné en popularité et s’est imposé comme outil complémentaire au régime enregistré d’épargne-retraite (REER). De nombreux experts ont vu dans cet outil une sorte de révolution fiscale, car tous les gains produits sont à l’abri du fisc. Si plusieurs l’utilisent comme un simple véhicule d’épargne, d’autres exploitent son plein potentiel comme outil d’investissement. Car, comme pour le REER, le CÉLI vous permet de détenir une multitude de produits financiers, allant des fonds communs de placement aux fonds négociés en bourse en passant par les titres d'entreprises à capital ouvert.


(Illustration: Camille Charbonneau)

 

Voici le premier:

Nom : Jason St-Hilaire | Âge : 37 ans 

Profession : physicien médical

Valeur du CÉLI : 23 000$

Stratégie : Fonds négociés en Bourse et titres individuels

Bon coup : l’épargne systématique / mauvais coup : les «Penny Stocks»

Objectif : préretraite / démarrer son entreprise (boulangerie ou B&B)

Son conseil à un investisseur qui commence : «Allez-y à votre rythme»

 

Si nous avions parlé à Jason St-Hilaire il y a 5 ans, la valeur de son CÉLI aurait alors avoisiné 65 000 $. C’était juste avant qu’il ne vende tout son portefeuille, composé principalement de fonds négociés en Bourse et de titres d’actions d’entreprises canadiennes qui ont historiquement versé de juteux dividendes, tout en les augmentant année après année, comme BCE, Fortis et la banque BMO.

«J’ai utilisé cet argent pour faire une mise de fonds pour un terrain sur lequel je voulais construire ma maison avec mon copain», explique-t-il. À la différence du REER, Jason n’a pas eu à rembourser son CÉLI. Mais il a quand même tenu à le renflouer rapidement avec la même rigueur qu’il applique depuis douze ans dans ses comptes enregistrés grâce à l'épargne systématique.

«Quand je pense aujourd’hui à mes bons coups comme investisseur autonome, je pense surtout à comment j’ai été diligent dans mon épargne», dit-il. C’est ainsi que depuis 5 ans — malgré la construction de sa maison et des dépenses encourues, M. St-Hilaire investit régulièrement dans son CÉLI.

Ce natif de Gaspé, issu d’une famille de la classe moyenne, a complété un doctorat en physique à l’Université Laval. Il croit que sa facilité pour les mathématiques et le fait que certains de ses proches aient pu avoir des préoccupations financières ne sont pas étrangers à son intérêt pour l’investissement et les finances personnelles. «Même si j’ai pu compter sur des bourses et l’aide de mes parents pour le logement, j’ai quand même terminé mes études de doctorat avec une dette de 23 000 $. Le rythme de vie était différent à Québec en comparaison avec la Gaspésie. Je dépensais plus que je n’épargnais et là j’en ai pris conscience.» Sitôt sur le marché du travail, il commence à épargner son argent massivement à l’intérieur de son CÉLI.

C’est autour de 2011 qu’il va découvrir le plein potentiel du CÉLI et déployer son pécule. Il se met alors à investir dans des fonds communs de placement. Il fait ensuite rapidement la transition vers les FNB. «Ce qui me motivait c’était les bas frais de gestion. Je ne pouvais pas battre les indices, mais je faisais au moins aussi bien qu’eux.» Il parfait à ce moment son apprentissage avec quelques livres. «Celui que je recommande à tout le monde c’est Millionnaire Teacher d’Andrew Hallam. C’est l’un des mieux vulgarisés.» Il mentionne comme autre influence le blogue du Canadian Couch Potato, adepte de l’investissement passif, et les deux éditions du livre à succès Le Barbier Riche de l’ex-dragon David Chilton.

Aujourd’hui, M. St-Hilaire investit principalement dans les actions par le truchement de fonds négociés en bourse, dont il aime la flexibilité et la diversification, et de titres individuels d'entreprises. «J’ai la chance de compter sur un bon fonds de retraite avec mon travail», dit celui qui est physicien médical au département d’oncologie du CHU de Québec (aussi connu comme l’Hôtel Dieu). «C’est pourquoi je suis à l’aise de ne détenir que des actions dans mon CÉLI, même si j’ai un petit FNB d’obligations de sociétés. J’investis à très long terme et je ne perds jamais une nuit de sommeil avec mes placements.»

Si son approche en investissement a été évolutive, il a appris à la dure quelques leçons. «J’ai fait de mauvais placements dans des actions à moins d'un dollar (Penny Stocks), notamment dans les petites pétrolières Junex et Pétrolia, et dans les actions de producteurs de cannabis.» S’il n’est pas totalement échaudé, il considère qu’en la matière (et comme dans bien d’autres choses) la modération à bien meilleur goût. «Je garde un petit pourcentage de mon portefeuille pour des trucs plus spéculatifs, comme la cryptomonnaie. Mais sans plus», précise-t-il.

Depuis 2018, son CÉLI est détenu en totalité chez la société de gestion de placement canadienne Wealthsimple. Détenue par Power Corporation, l’entreprise financière cible particulièrement les milléniaux et offre des services de placement en ligne ainsi que des services de robots-conseillers. M. St-Hilaire a profité de la chute boursière du début de la pandémie de COVID-19 pour ajouter plusieurs titres d’entreprises canadiennes à son portefeuille.

«Avec 0 $ de frais de commission, c’est tentant d’acquérir de nouvelles participations sans attendre d’avoir accumulé une grosse somme d’argent», reconnaît celui dont le CÉLI contient maintenant plus de 29 titres et FNB. Au nombre des titres achetés lors du creux pandémique, il cite notamment celui de l'entreprise technologique montréalaise Lightspeed Commerce (LSPD, 115,77$), avec lequel il a obtenu un bon rendement.

Il a aussi acquis des participations dans des entreprises établies comme le Canadien National (CNR, 147,17 $), Banque TD (TD, 85,36 $) et Alimentation Couche-Tard (ATD.B, 48,24 $). Il a comme cible d’avoir une participation canadienne équipondérée dans des titres de croissance et des titres vedettes (blue chips) qui rapportent aussi des dividendes. À plus long terme, il aimerait que son CÉLI vienne complémenter son fonds de retraite. «J’aimerais un jour utiliser les fonds, soit pour devancer ma retraite ou démarrer une petite entreprise. Ce pourrait être une boulangerie ou un gîte touristique de type “Bed and Breakfast”. Qui sait, je pourrais faire le tout en retournant dans mon coin de pays natal, la Gaspésie.» M. St-Hilaire documente son parcours financier dans un blogue intitulé L’investisseur curieux.

 

Dans l’œil du pro

«Les différentes études empiriques en investissement faites au cours des 40 dernières années démontrent qu’une fois qu'un portefeuille compte 25 titres, tous ceux qui s’ajoutent par la suite n’apportent pas de bénéfices marginaux du point de vue de la diversification», fait remarquer d’emblée Luc Girard, gestionnaire de portefeuille chez Noël Girard Lehoux, Valeurs mobilières Desjardins. M. Girard souligne même que des études concluent qu’une diversification optimale est déjà atteinte avec des participations qui oscillent entre 12 et 18 titres. Avec près d’une trentaine de gammes de produits, dont une vingtaine de titres individuels et 6 fonds négociés en bourse (FNB), M. St-Hilaire peut se permettre de faire un peu de ménage. Il peut se poser la question suivante: «suis-je prêt à augmenter mes participations dans les produits que je détiens ?» Si la réponse est non, l’heure est peut-être aux choix», dit-il.

Le portefeuille de M. St-Hilaire est présent dans les 11 secteurs d’activités, note M. Girard. «Ces secteurs ne fonctionnent pas tous en même temps dans une économie. Dans un début de cycle, c’est davantage les titres cycliques qui vont offrir de meilleures performances, par exemple.» M. Girard suggère à M. St-Hilaire de se concentrer sur 7 ou 9 secteurs s’il veut battre le marché. Ou de simplement opter pour une gestion indicielle, s’il souhaite toucher à l’ensemble des secteurs de l’économie.

Il souligne que M. St-Hilaire a très bien travaillé du point de vue de la diversification du style, avec une présence dans les grandes, les moyennes et les petites capitalisations. «Un bémol toutefois. Attention aux titres plus spéculatifs. Il est tentant de vouloir frapper des coups de circuit, mais cela est dangereux», affirme-t-il, rappelant que les pertes ne sont pas déductibles d'impôts dans un CÉLI, lui qui observe quelques titres de petites capitalisations sans rentabilité dans le portefeuille.

«M. St-Hilaire, qui est préoccupé par la diversification en général, devrait l’être tout autant par celle de la géographie», ajoute le gestionnaire de portefeuille. M. Girard juge que le Canada est surreprésenté (77%) dans son portefeuille. Il lui recommande d’augmenter son exposition à d'autres marchés. «Attention toutefois, car les dividendes de sociétés américaines font l’objet d’une retenue à la source de 15%. Il pourrait se tourner vers des fonds communs de placement ou des FNB pour réaliser une meilleure diversification géographique.»

 

Si vous souhaitez vous aussi partager avec les lecteurs des Affaires votre stratégie d’investissement dans votre CÉLI et faire analyser votre portefeuille par un pro, écrivez-nous à denis.lalonde@groupecontex.ca.

 

Saviez-vous que?

• Tous les résidents canadiens avec un numéro d’assurance sociale valide et âgés de 18 ans et plus peuvent ouvrir un CÉLI.

• Le plafond actuel de cotisation maximale est 75 500 $ si vous n’avez jamais cotisé à un CÉLI et que vous aviez 18 ans en 2009;

• Le plafond de cotisation pour 2021 est de 6 000$;

• Un excédent des cotisations est imposé à raison de 1% par mois;

• Contrairement au REER, les titres américains à dividende détenus dans un CÉLI sont assujettis à une retenue d’impôt étranger.

• Les dividendes, les intérêts ou les gains en capital gagnés à l’intérieur du CÉLI ne sont pas imposables.

 

Portrait du CÉLI de Jason St-Hilaire

Titre Symbole % du portefeuille
iShares Core MSCI All Country Ex Can XAW.TO 8,6%
Lightspeed Commerce LSPD.TO 6,9%
iShares Core S&P US Total XUU.TO 4,5%
goeasy GSY.TO 4,3%
iShare Dex Hybrid Corporate Bond ETF XHB.TO 4,1%
BMO MSCI Emergent MKT IDX ETF ZEM.TO 3,9%
Alimentation Couche-Tard ATD-B.TO 3,7%
Canadien National CNR.TO 3,7%
Intact Corporation financière IFC.TO 3,6%
Toromont Industries TIH.TO 3,6%
Savaria SIS.TO 3,4%
Marché Goodfood FOOD.TO 3,4%
Park Lawn PLC.TO 3,4%
Premium Brands Holdings PBH.TO 3,3%
Banque TD TD.TO 3,2%
Brookfield Renewable Energy BEP-UN.TO 3,2%
Minto Appartment REIT MI-UN.TO 3,1%
Parex Resources PXT.TO 3,0%
WELL Health WELL.TO 3,0%
Telus T.TO 2,9%
Algonquin Pwr Utilities AQN.TO 2,7%
Alamos Gold AGI.TO 2,6%
iA Groupe Financier IAG.TO 2,4%
Horizons Psychedelic Stock Index ETF PSYK.NE 2,4%
Purpose Bitcoin ETF BTCC-B.TO 2,3%
Good Natured Products GDNP.V 2,3%
Québecor QBR-B.TO 2,2%
Real Matters REAL.TO 1,9%
Tokens.com COIN.NE 1,4%
Xebec Adsoption XBC.TO 0,5%
Espèces   0,5%
Total   100%

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