MBA: Enrichissant à tous points de vue ?

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Édition de Mai 2014

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On se lance dans un MBA pour gravir les échelons, toucher un meilleur salaire et accéder à des emplois plus intéressants. Ce diplôme est-il vraiment la clé d'une carrière plus enrichissante à tous points de vue ?

La progression salariale générée par un MBA est mise en avant par les écoles de gestion pour vendre leurs programmes. Mais tout est relatif. «Le salaire dépend du lieu de travail, du secteur d'activité, du type de poste, dit Don Melville, directeur du programme de MBA de l'Université McGill. Les emplois en consultation stratégique et en finance par exemple sont plus payants que ceux en marketing ou en ressources humaines.» Et à Montréal, on gagne plus qu'en région, mais moins qu'à Toronto, à New York ou à Londres. Sans compter que ce sont ceux qui changent d'emploi, pas ceux qui restent dans la même entreprise, qui bénéficient d'augmentations de salaire rapides.

Jean-Luc Geha, président du conseil d'administration de l'Association des MBA du Québec, estime à 90 000 dollars le salaire annuel moyen d'un diplômé deux ans après l'obtention du MBA. Certains gagneront plus, d'autres moins. Il reste que le salaire n'est qu'une partie de l'équation. «La plupart des gens ne sont pas motivés uniquement par l'argent, souligne celui qui est aussi professeur à HEC Montréal. Ils font un MBA pour accéder à des postes plus intéressants, dans lesquels ils pourront s'accomplir.»

Karine Larouche, par exemple. Après avoir obtenu un baccalauréat en informatique et gestion et travaillé quelques années comme chargée de projets dans une entreprise de conception de logiciels, elle voulait plus de défis et plus de responsabilités. Pour acquérir les compétences qui lui manquaient, elle s'est inscrite au MBA pour cadres de l'UQAM, séduite par la possibilité d'obtenir un double diplôme avec l'Université Paris-Dauphine. «Je connais maintenant mieux les différentes fonctions d'une entreprise, ce qui m'a donné de l'assurance», dit la femme de 36 ans qui a son diplôme en poche depuis l'an dernier. Et qui a surtout un nouvel emploi à titre de directrice du développement des affaires chez Sogema Technologies, une firme-conseil en coopération internationale. Elle touche le même salaire qu'auparavant, mais elle a atteint son objectif, qui était de décrocher un poste plus stimulant.

Bon rendement

Comme les frais de scolarité sont bas, le risque financier d'un MBA au Québec est plutôt faible, et ce, même si l'augmentation de salaire se fait attendre. Le coût d'un MBA régulier oscille en effet autour de 6 000 à 8 000 dollars (sauf dans le cas de celui de McGill, qui est privé et coûte 75 500 dollars). «À ce prix-là, c'est rentable presque instantanément, car on est mieux outillé pour faire progresser sa carrière», estime Benoît Bazoge, vice-doyen aux études de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.

Emmanuel Goulet est d'accord, lui qui est diplômé depuis 2008 du programme combiné droit et MBA de l'Université de Sherbrooke. «C'est une valeur ajoutée pour un avocat que d'avoir une bonne compréhension du monde des affaires, croit-il. Quand je conseillais un dirigeant d'entreprise dans le cadre d'une transaction, je parlais le même langage que lui et j'étais plus sensible aux stratégies d'affaires.» Si le jeune avocat de 29 ans parle au passé, c'est qu'après avoir passé quelques années dans un cabinet montréalais, il vient d'être embauché par Énergie Valero, le distributeur de pétrole de la marque Ultramar. C'était son objectif de carrière que d'intégrer le contentieux d'une entreprise, et il est convaincu que son MBA y a contribué.

Cependant, le diplôme seul n'explique pas tout. Michael Wybo, directeur du programme de MBA de HEC Montréal, pense que le MBA a surtout une influence sur la première promotion ou sur le premier emploi après son obtention. Ensuite, ce sont davantage les réalisations et les qualités personnelles qui comptent. «C'est l'individu qui change tout», souligne-t-il.

Joannie Tanguay en est la preuve. Diplômée du MBA en gestion internationale de l'Université Laval, elle a été promue deux fois en trois ans, du poste d'analyste à celui de consultante, puis à un poste de consultante senior chez KPMG-Secor. Déjà, pendant ses études, elle se démarquait. Elle a profité de la possibilité qu'offre l'Université Laval d'étudier à l'étranger pour travailler à l'Ambassade du Canada en Finlande. «Au lieu de boire de la bière, j'ai collaboré à une étude de marché sur l'industrie des télécoms», dit-elle avec humour. Elle a ensuite terminé son MBA à distance au Mexique, où elle travaillait pour le ministère des Finances et de l'Économie du Québec. Ses promotions, elle les doit assurément plus à sa performance qu'à son diplôme. La jeune femme de 29 ans croit toutefois que la poursuite d'un MBA exige une grande volonté, et que cela se répercute sur la vie professionnelle. Jean-Luc Geha abonde dans ce sens. «Cela dénote de l'ambition, une soif de réussite et la capacité de soutenir un rythme de travail exigeant. Faire un MBA, ça trempe le caractère.»

Dépenser plus... ici et à l'étranger

Si les MBA réguliers des universités québécoises sont abordables, les MBA pour cadres en exercice coûtent un peu plus cher, de 16 000 à 35 000 dollars. Avec toutefois des exceptions aux deux extrêmes : le MBA de l'UQAM coûte 6 000 dollars, et le EMBA McGill HEC Montréal, 78 000 dollars. Sur le plan strictement financier, l'investissement peut être plus difficile à récupérer, mais les étudiants travaillent pendant leurs études et ils ont pour la plupart de bonnes conditions salariales. De plus, certains d'entre eux bénéficient d'une aide financière de leur employeur. Cela a été le cas de Geneviève Rossier, directrice éditoriale et rédactrice en chef du magazine Coup de Pouce, qui était auparavant directrice générale, Internet et Services numériques chez Radio-Canada quand elle a décroché son EMBA de McGill HEC en 2012.

Son objectif n'était pas nécessairement de gravir les échelons, puisqu'elle avait déjà un poste de direction et qu'elle était responsable de quelque 150 employés. Plutôt, dans un contexte où le virage Internet exigeait une réflexion sur les modèles d'affaires, cette journaliste de formation souhaitait enrichir sa vision, échanger avec des cadres de divers domaines et apprendre d'eux. En cela, elle considère que son diplôme vaut largement l'investissement. «J'ai acquis une meilleure capacité d'analyse et je décode mieux les différentes dynamiques dans une entreprise. Je suis plus efficace au travail, et de ce fait, beaucoup plus sereine.» La gestionnaire de 53 ans considère de plus que son MBA exécutif l'a bien préparée à faire le saut dans l'entreprise privée, elle qui travaillait dans le secteur public depuis 22 ans.

Plutôt que de faire un MBA pour cadres au Québec, certains audacieux quittent carrément leur emploi pour étudier dans l'une des 12 000 écoles de gestion dans le monde. Ils débourseront alors jusqu'à 100 000 dollars pour leur diplôme, sans compter le salaire non touché et les frais de subsistance. Ce défi, Alexandre Mercier-Dalphond et Félix-Antoine Joli-Coeur l'ont relevé, le premier à l'Université Oxford, en Angleterre, le second à l'INSEAD, en France.

Après avoir passé six ans chez CIMA+ et Vidéotron à titre d'ingénieur en télécommunications, Alexandre voyait le MBA comme un tremplin vers un poste en gestion. Pour sa part, Félix-Antoine, bachelier en littérature, voulait se réorienter en stratégie d'affaire. Il a été pendant quatre ans conseiller à la mairie de Montréal et rédacteur de discours à l'Université de Montréal. Mais pas question pour eux d'étudier au Québec. Ils voulaient sortir de leur zone de confort et faire de cette année d'études une expérience exceptionnelle. Les deux désiraient également fréquenter une école d'excellente réputation avec une importante diversité culturelle.

Mais où ? Après avoir épluché les palmarès des programmes de MBA du Financial Times, de BusinessWeek et The Economist, Alexandre Mercier-Dalphond hésitait entre Oxford (Said Business School), Harvard et l'INSEAD. Il a donc visité les trois campus. «L'INSEAD et Harvard se classaient mieux dans les Palmarès, dit le jeune homme de 30 ans, mais j'ai eu le coup de foudre pour Oxford et ses 800 ans d'histoire.» Félix- Antoine Joli-Coeur a fait son choix entre Harvard, l'Université de Toronto (Rotman) et l'INSEAD. «J'ai aimé l'ambiance de l'INSEAD, qui est installé dans une petite ville, Fontainebleau. Mais ce qui a tout changé, c'est la moyenne d'âge, plus élevée qu'à Harvard. Les étudiants ont des expériences plus riches à partager.»

Le MBA d'Oxford coûte 48 000 euros (environ 72 000 dollars) et celui de l'INSEAD, 62 500 euros (environ 94 000 dollars). À cela, il faut ajouter de 13 000 à 22 000 euros pour le logement, la nourriture et les voyages. Alexandre a obtenu un prêt de 22 000 dollars du gouvernement du Québec dans le cadre du programme de prêts et bourses. Il a financé le reste avec ses économies personnelles et la vente de son auto. Quant à Félix-Antoine, il a emprunté la somme nécessaire. «Nous avons fait le pari que le MBA me procurerait une augmentation de salaire», dit le jeune homme de 35 ans, qui a passé 10 mois en France avec sa femme qui est médecin, et qui a profité de son séjour en Europe pour faire une spécialisation, et leur fille qui avait trois ans à l'époque.

Pari tenu. Diplômé en 2010, il ne lui a fallu que trois ans pour récupérer l'argent investi dans son MBA, et ce sera la même chose pour Alexandre qui a décroché son diplôme en 2012. Tous deux ont été embauchés par la firme de consultation McKinsey, salaire concurrentiel à la clé. «Cela m'a permis de doubler mon salaire par rapport à ce que je gagnais auparavant», dit Félix-Antoine Joli-Coeur. Ce qui représente la progression salariale moyenne de 96 % affichée par l'INSEAD sur son site. Depuis, il est toutefois revenu à son ancien salaire. Plus motivé par le service public que par l'argent, il est maintenant conseiller au cabinet de la première ministre du Québec. Alexandre Mercier-Dalphond, lui, travaille toujours pour McKinsey, où il conseille des multinationales partout en Amérique du Nord.

Si l'histoire finit bien pour eux, d'autres trouvent ce choix difficile. Le Financial Times rapportait récemment que plusieurs diplômés du MBA sont incapables de rembourser leur dette d'étude, le gros salaire qu'ils espéraient ne s'étant pas concrétisé. Avant de dépenser des dizaines de milliers de dollars pour un MBA hors Québec, la prudence est donc de mise. Il faut déterminer son objectif de carrière et tenter d'évaluer le rendement de l'investissement, à plus forte raison si on doit s'endetter. «Des salaires mirobolants, il n'y en a pas tant que ça», dit Michael Wybo.

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Combien gagnent les diplômés MBA de...

211 000 $ IMD (Suisse)

178 300 $ Harvard Business School

148 183 $ INSEAD

90 304 $ University of Toronto (Rotman)

84 857 $ Université McGill (Desautels)

89 000 $ HEC Montréal

Sources : Financial Times, Forbes Magazine, HEC Montréal, Université McGill.

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Où se classent les universités canadiennes dans les palmarès ?

De nombreuses universités, dont l'UQAM, ne participent pas à ces palmarès. De plus, chaque palmarès établit son classement en fonction de critères différents, d'où la disparité des résultats.

Financial Times : salaire moyen des diplômés après trois ans et progression salariale avant et après le MBA (40 % des points) et une quinzaine d'autres critères (progression de la carrière, mobilité internationale des diplômés, nombre d'articles publiés par les professeurs, pourcentage d'étudiants étrangers, etc.).

Forbes Magazine : rendement de l'investissement après cinq ans, une fois déduits les frais de scolarité et le salaire non touché pendant les études.

The Economist : progression salariale, diversité des étudiants, potentiel de réseautage, occasions d'emplois, et plusieurs autres facteurs obtenus grâce aux données fournies par les universités et aux sondages effectués auprès des diplômés.

Canadian Business : réputation de l'établissement et salaire des diplômés (50 % des points) et huit autres critères (nombre d'années d'expérience exigé, frais de scolarité, etc.).

Poets & Quants : compilation de quatre palmarès importants (Forbes, The Economist, The Financial Times, Bloomberg BusinessWeek).

Le Financial Times rapportait récemment que plusieurs diplômés du MBA sont incapables de rembourser leur dette d'étude, le gros salaire qu'ils espéraient ne s'étant pas concrétisé.

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«Au lieu de boire de la bière, j'ai collaboré à une étude de marché sur l'industrie des télécoms»,dit JoannieTanguay, diplômée en gestion internationale de l'Université Laval.

«J'ai eu le coup de foudre pour Oxford et ses 800 ans d'histoire.»Alexandre Mercier-Dalphond, associé chez McKinsey & cie

«Je suis plus efficace au travail, et de ce fait, beaucoup plus sereine.» Geneviève Rossier, directrice éditoriale et rédactrice en chef du magazine Coup de Pouce

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