Marché baissier: la Fed ne viendra pas à votre rescousse, pas tout de suite

Publié le 23/05/2022 à 16:13

Marché baissier: la Fed ne viendra pas à votre rescousse, pas tout de suite

Publié le 23/05/2022 à 16:13

À la différence des tumultes boursiers précédents, l’économie américaine est accablée par une inflation record. (Photo: 123RF)

Un texte de JosFinance (Gabriel Fortin), youtubeur québécois qui réalise des vidéos sur la bourse, les cryptomonnaies et l’économie. Il s’intéresse particulièrement à la politique monétaire.

COURRIER DES LECTEURS. Depuis le début de l’année, la bourse américaine bat de l’aile. L’indice boursier à forte concentration technologique Nasdaq s’est enfoncé de 30% depuis son sommet de novembre dernier. Quant au S&P500, il flirte avec la frontière du marché baissier ayant chuté de près de 20%. C’est sans compter le marché obligataire qui connait sa pire année depuis 1842. Plusieurs investisseurs souffrent et peinent à comprendre pourquoi les marchés continuent de plonger vers l’abysse.

La réponse est pourtant simple. Les marchés se retrouvent sans la traditionnelle bouée de sauvetage qui leur est lancée systématiquement afin de les maintenir à la surface, au moindre inconfort, depuis la crise financière de 2008. La Réserve fédérale américaine s’est retirée du marché. Contrairement à l’automne 2018 et au printemps 2020 où les marchés purent bénéficier d’un sauvetage in extremis, la Fed ne compte pas répéter l’exercice. Du moins, pas pour l’instant.

À la différence des tumultes boursiers précédents, l’économie américaine est accablée par une inflation record. Conséquemment, la Fed a dû revoir son carnet de priorités et s’est engagée dans un combat contre l’inflation. C’est d’ailleurs ce qui l’amène à démontrer peu de sensibilité à l’égard de portefeuilles d’investissements qui fondent comme neige au soleil.

Au contraire, la Fed voit plutôt le tout d’un bon œil. La perte de valeur d’actifs financiers, parfois largement surévalués, vient appuyer la Fed dans son combat contre l’inflation en créant un effet de richesse inversé. Lorsque le prix des actions chute, les investisseurs se sentent moins riches, ce qui participe à réduire leur consommation. Réduire la demande dans l’économie, c’est justement ce que cherche à faire la banque centrale américaine. Il s’agit de la voie royale pour la Fed dans son combat contre l’inflation.

Fière d’un marché de l’emploi en bonne santé, la Réserve fédérale américaine a les yeux rivés sur les données de l’inflation. Celle-ci a pour objectif de hausser son taux directeur et réduire son bilan financier jusqu’à ce que l’inflation atteigne un point d’inflexion et entame son retour vers sa cible de 2%. Toutefois, l’inflation risque d’être un adversaire tenace pour Jerome Powell, président de la banque centrale américaine.

L’issue de cette lutte ne peut qu’être amère. La Fed a beau répéter ad nauseam que l’économie américaine est solide et qu’aucune récession n’est en vue, le portrait sur le terrain contraste. Que ce soit la décroissance du PIB américain observée au premier trimestre; la confiance des consommateurs au plancher ou celle des PDG d’entreprises qui continue de chuter; plusieurs indices semblent pointer vers un ralentissement significatif de l’activité économique. Après avoir fait une première erreur en qualifiant l’inflation de « transitoire » et une deuxième en tardant à resserrer sa politique monétaire plus rapidement, la Fed se dirige vers une troisième erreur en resserrant les conditions financières en plein ralentissement économique. Dans son combat contre l’inflation, la banque centrale américaine risque, au mieux, de pousser l’économie vers la décroissance (récession) ou, au pire, de la plonger dans une période de stagnation (stagflation).

Qu’en est-il des marchés à travers tout ça? La bouée de sauvetage tant attendue viendra seulement si des problèmes de liquidités font surface sur les marchés; si la Fed réussit à rabattre l’inflation vers sa cible de 2% ou si le resserrement monétaire met en péril la solidité du marché de l’emploi.

D’ici à ce qu’un de ces scénarios se concrétise, mieux vaut prendre son mal en patience. Contrairement à la fameuse citation du baron Rothschild comme quoi « il faut acheter quand il y a du sang dans les rues », je dirais qu’il faudra acheter lorsque les sirènes d’ambulance de la Fed se feront entendre. À ce moment seulement, la tendance baissière devrait être renversée et la bourse passer du rouge au vert.

 


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