Stephen Jenkins: «Le retour du balancier vers la valeur n'est qu'une question de temps»


Édition du 19 Août 2020

Stephen Jenkins: «Le retour du balancier vers la valeur n'est qu'une question de temps»


Édition du 19 Août 2020

Par Dominique Beauchamp

Stephen Jenkins s’est joint à Gestionnaires de placements Sionna en 2019 après 22 ans au sein de l’équipe des Fonds CI Harbour. En tant que cochef des investissements, il cogère le Fonds d’opportunités Sionna et veille aux placements en actions étrangères à l’intérieur de tous les fonds de Sionna. (Photo: courtoisie)

LES AFFAIRES - Est-ce lorsque le style valeur que vous pratiquez semble révolu que le vent tourne en sa faveur ?

Stephen Jenkins - La moins bonne performance des titres sous-évalués par rapport aux entreprises en forte croissance depuis dix ans est une anomalie. À très long terme, les actions bon marché performent mieux 80 % du temps. Cette fois, la COVID-19 prolonge le cycle en faveur de la croissance parce que les sociétés de technologie offrent à la fois des solutions à la pandémie et servent de refuge en raison de leur rentabilité plus visible et de leurs solides bilans. On commence à voir des exemples de pure spéculation. Il est possible que la reprise mondiale déclenche le retour aux titres sous-évalués.

L.A. - Vous ne doutez pas de cette démarche malgré le fait que les grands titans de la technologie soient devenus les nouveaux blue chips ?

S.J. - Il est certain que ces mouvements de foule peuvent durer longtemps. Des taux anémiques peuvent aussi justifier le fait d'accorder plus de valeur aux futurs flux de profits des vedettes de la techno. Je ne dis pas que les championnes ne peuvent pas continuer à bien performer, mais immanquablement, leur évaluation finira par se retourner contre eux. Il faut distinguer entre l'entreprise et son action en Bourse. Que ce soit Disney après la vague des Nifty Fifty des années 1960 ou Microsoft après la bulle Internet, ces sociétés de grande qualité ont donné peu de rendement pendant des années parce que leur évaluation était devenue insoutenable. D'autres vedettes du moment connaîtront le même sort. Tout ce qu'on peut faire entretemps, c'est de respecter notre discipline.

L.A. - Justement, la chute boursière de mars vous a donné l'occasion de faire quelques emplettes dans le Fonds d'opportunités, qui regroupe 30 de vos meilleures idées. Avez- vous des exemples ?

S.J. - Le succès, c'est d'être très patient, mais agressif quand il le faut, a déjà dit Charlie Munger, le partenaire de Warren Buffett. Nous étions prêts et nous avons pu ajouter à nos placements de qualité à des évaluations intéressantes et acheter de nouvelles sociétés qui étaient précédemment hors de notre portée. Nous avons notamment ajouté Ulta Beauty (ULTA, 199,54 $ US), dont le titre a plongé de moitié en mars. Son multiple était tombé de 18 à moins de 14 fois les bénéfices, une évaluation attrayante par rapport aux perspectives de croissance à long terme. Le marchand de cosmétiques connaît bien les besoins de ses clientes puisque les 23 millions de membres du programme de loyauté lui procurent 95 % des ventes. Nous avons aussi acheté des actions additionnelles de PerkinElmer (PKI, 198,82 $ US), un fournisseur de matériel et de services aux fins d'analyse de dépistage de maladies, lorsque son multiple est passé à 16 fois les bénéfices prévus. Cette évaluation est raisonnable en fonction d'un retour à la normale de la croissance des bénéfices d'ici deux à trois ans.

L.A. - Le secteur bancaire est souvent bien représenté dans les portefeuilles des adeptes de l'approche valeur. Quels titres détenez-vous dans cette industrie ?

S.J. - Un des fonds de Sionna possède les Banque Royale, TD et Scotia. Ces trois institutions nous semblent les mieux capitalisées et les plus résilientes. Les faibles taux d'intérêt et la récession posent d'importants défis, mais nous croyons que les banques sont en bien meilleure posture qu'avant pour les surmonter. C'est plus facile d'investir à contre-courant lorsqu'on se projette de trois à cinq ans en avant. En mars, l'évaluation des banques est passée sous la barre des 10 fois les bénéfices et leur rendement de dividende a grimpé à 7 %. Le Fonds d'opportunités ne détient pas ces trois banques, mais Berkshire Hathaway (BRK.B, 194,14 $ US) et Wells Fargo & Co. (WFC, 24,55 $ US) en font partie. La société de Warren Buffet est le titre de valeur par excellence parce qu'il est bon marché en même temps que le sont ses placements sous-jacents. Les liquidités de 147 milliards de dollars américains constituent à la fois une sorte de police d'assurance en période trouble et une option sur les futures occasions. Quant à Wells Fargo, la banque émergera éventuellement des restrictions réglementaires qui lui ont été imposées pour sanctionner ses pratiques agressives. Entretemps, le nouveau PDG coupe les coûts, ce qui améliore d'autant le potentiel du redressement des bénéfices à moyen terme.

L.A. - Votre fonds a aussi la latitude d'investir à l'extérieur de l'Amérique du Nord. Quel type de placement avez-vous à l'étranger ?

S.J. - Nous détenons le groupe de spiritueux Diageo PLC (DEO, 149,87 $ US), dont le portefeuille de marques de grand renom est bien garni. Ce titre toujours cher est un placement de longue date, mais nous avons ajouté à nos actions au cours des derniers mois lorsque son évaluation avait baissé par rapport à sa capacité bénéficiaire. Le titre a flanché jusqu'à 102,59 $ US au creux du 23 mars et a fortement rebondi de 46 % depuis. L'entreprise britannique mieux connue pour ses marques Johnnie Walker, Smirnoff et Guinness est aussi un bon répartiteur de capital qui offre un heureux amalgame d'innovation, d'acquisitions judicieuses, de dividendes et de rachats d'actions.

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