Le portefeuille d’Al Gore


Édition du 25 Novembre 2020

Le portefeuille d’Al Gore


Édition du 25 Novembre 2020

Par Stéphane Rolland

Al Gore (Photo: 123RF)

Quelles sociétés peuvent attirer l’attention d’une figure de proue de la lutte au réchauffement climatique comme ­Al ­Gore ? À l’aide de documents réglementaires, nous avons recensé les paris de sa firme Generation Investment Management.

On n’associe pas spontanément ­Al ­Gore au monde de l’investissement. Mieux connu pour son documentaire sur le réchauffement climatique, Une vérité qui dérange, l’­ex-vice-président des ­États-Unis et ­Prix ­Nobel de la paix de 2007 est pourtant l’un des fondateurs de ­Generation Investment Management, une firme d’investissement axée sur l’investissement durable.

En tant que président du conseil d’administration, Al ­Gore ne gère pas les portefeuilles, mais il a contribué à établir les principes qui guident les décisions d’investissement de la firme créée en 2004. Plus près de chez nous, la firme londonienne a même conclu des partenariats avec la ­Caisse de dépôt et placement du ­Québec.

À l’aide des documents réglementaires, nous avons recensé les quatre plus importantes participations de son actif sous gestion de près de 25 milliards de dollars américains (G$ US) et avons interrogé des experts quant à leur potentiel.

 

Alphabet : la favorite des analystes

Pourcentage du portefeuille : 6,76 %
Historique des transactions : ­La majorité de l’investissement a été fait entre les premier et troisième trimestres de 2019. Puis, la firme a pris des profits entre le quatrième trimestre 2019 et le deuxième trimestre 2020, en réduisant sa participation de 23 %.

 

Le plus important investissement de ­Generation Investment Management est aussi l’action qui recueille le plus favorable consensus de la part des experts. La ­maison-mère de ­Google ne serait pas encore arrivée à maturité et aurait encore plusieurs avenues de croissance devant elle, selon plusieurs d’entre eux.

« ­Ce n’est pas parce qu’elle a une grande taille et qu’elle domine le marché qu’il n’y a plus de potentiel de croissance du côté de la publicité, estime ­Jean-Philippe ­Legault, analyste chez ­Cote 100, à ­Saint-Bruno. Par exemple, 8 % du trafic de ­YouTube provient de l’Inde, où seulement 25 % des gens ont un téléphone intelligent. Il y a encore un gros marché à aller chercher. » L’avenir du marché publicitaire est important pour les actionnaires d’Alphabet (GOOG, 1746,78 $ ­US), car, bien que le géant technologique soit un conglomérat aux activités diversifiées, ses revenus, eux, sont générés à plus de 80 % par la publicité en ligne, souligne ­Ali ­Mogharabi, de ­Morningstar.

Les autres activités du conglomérat pourraient cependant apporter d’autres avenues de croissance, nuance Mark Mahaney, de ­RBC ­Marchés des capitaux. Il donne l’exemple de l’infonuagique. Google ­Cloud a beau être loin derrière ­Amazon et ­Microsoft, le marché est suffisamment grand pour ajouter une nouvelle source de revenus. « ­Ce pourrait être une occasion de 1 000 G $ ­US si ­Google obtenait 10 % des parts de marché », estime l’analyste.

Alphabet a aussi sa division « autres paris ». Ses milliards en flux de trésorerie lui permettent de financer des entreprises innovantes, sans que leurs pertes posent problème pour l’ensemble du conglomérat. La voiture autonome ­Waymo est le projet le plus connu, mais les autres paris comprennent aussi d’autres activités, comme ­Calico, qui fait de la recherche et développement sur la longévité, ou ­Sidewalk ­Labs, qui travaille sur les innovations urbaines et la ville intelligente. « ­Pour le moment, c’est négligeable, mais ça peut encore diversifier les revenus de la société », croit ­Jean-Philippe ­Legault. Au cours actuel, ­Mark ­Mahaney estime pour sa part que le prix de l’action équivaut à une option d’achat gratuite pour profiter d’un éventuel succès de ces filiales.

Le principal risque pour l’entreprise demeure l’attention que lui portent les gouvernements au sujet des allégations de pratiques anticoncurrentielles. « C’est un vrai risque, admet ­Jean-Philippe ­Legault. C’est difficile de prévoir ce qui va arriver, mais la diversification des sources de revenus vient atténuer ce risque. »

 

Cognizant : un plan pour revenir en force

Pourcentage du portefeuille : 4,85 %
Historique des transactions : ­Une bonne part de l’investissement a été réalisée au deuxième trimestre de 2019, suivie d’une augmentation de la participation de 42 % au cours des deux trimestres suivants. De petits ajouts à la position ont été faits par la suite.

 

Après les belles années de 2010 à 2015 où les revenus progressaient de 20 % à 50 %, ­Cognizant (CTSH, 74,70 $US) tente un retour en force. Malgré la pandémie et une attaque au logiciel malveillant en mai dernier, le consultant technologique affiche de bons résultats.

Avant d’entreprendre sa transformation, ­Cognizant agissait comme un ­sous-traitant pour des activités « un peu moins critiques », explique ­Jean-Philippe ­Legault, analyste chez ­Cote 100. « ­Il y avait de la concurrence et une pression sur les prix, explique-t-il. Avec l’arrivée du nouveau président (Brian Humphries) il y a deux ans, ils ont pris un virage numérique en misant sur l’infonuagique, l’intelligence artificielle et l’Internet des objets. »

Les résultats de ce plan plaisent à ­Bryan ­Bergin, de ­Cowen, qui a bonifié sa recommandation à « surperformance » à la fin octobre. Il note que la croissance du carnet de commandes s’est accélérée au cours des trois premiers trimestres de 2020 (un rythme de 15 % pour les trois premiers trimestres et de 25 % au troisième trimestre). « ­Ces progrès importants réduisent le risque d’exécution, ­réagit-il. Le patient a accepté la greffe. »

Dans le camp des pessimistes, ­Ashwin ­Mehta, d’Ambit, n’est pas impressionné par les derniers résultats et émet une recommandation de vente. Il croit que plusieurs des clients risquent de se buter à des difficultés, notamment le secteur de l’hébergement touristique, les grandes banques et les entreprises européennes. Il prévoit que la croissance des revenus risque de stagner aux alentours de 4,6 % annuellement d’ici la fin de l’année 2022.

Pour sa part, ­Jean-Philippe ­Legault estime plutôt que le contexte est favorable. Les entreprises cherchent à améliorer leur processus technologique et ­Cognizant peut les aider dans cette voie. Il voit aussi le fait que la société implante les produits technologiques d’autres entreprises d’un œil positif. Un tel modèle d’affaires limite le risque lié à la désuétude d’une solution technologique en particulier, selon lui. Il ajoute que la société a un bilan solide qui lui permet de faire des acquisitions et d’accroître son offre de service.

La société a déjà annoncé huit acquisitions, ajoute Jim Kelleher, d’Argus, dont la majorité sont liée à l’infonuagique. Si la société a suspendu son programme de rachat d’actions, la stratégie d’acquisition « va à pleine vapeur ».

 

Baxter : pas tout à fait à l’abri de la pandémie

Pourcentage du portefeuille : 4,85 %
Historique des transactions : ­Les premiers investissements ont eu lieu au quatrième trimestre de 2019 et la position a été augmentée de 50 % au trimestre suivant. Depuis, il y a eu de petits ajouts à la participation.

 

Les choses semblent en voie de se stabiliser pour ­Baxter (BAX, 80,42 $ US), qui a subi les contrecoups des interventions médicales reportées en raison de la ­COVID-19.

La pandémie n’explique pas toutes les difficultés du spécialiste des traitements contre les maladies rénales. Son bénéfice par action n’a pas augmenté depuis 2018, mais des catastrophes météorologiques et des problèmes réglementaires ont terni sa réputation de fournisseur fiable de produits médicaux essentiels, note ­Julie ­Utterback, de ­Morningstar. Elle juge cependant que la société profite d’un portefeuille de produits relativement diversifié et que ces produits de niche limitent l’arrivée de nouveaux concurrents.

La société semble maintenant vouloir profiter des prévisions pessimistes et de résultats meilleurs que prévu au troisième trimestre pour recadrer les attentes, note ­Pito ­Chikering, de Deutsche Bank. Il juge les prévisions du quatrième trimestre trop prudentes. Il pense que la direction met la table pour une série de résultats excédant les attentes. « ­La société offre un des meilleurs rapports risque/rendement de notre univers », commente-t-il.

En attendant, ­Baxter dispose d’une encaisse de 4,4 G$ ­US qui lui permet de retourner de l’argent aux actionnaires, souligne Pito Chikering. La société a annoncé qu’elle reprendrait les rachats d’actions au quatrième trimestre, avec une autorisation d’achat pouvant aller jusqu’à 2,4 G $ ­US. Même en rachetant pour 2 G$ US en actions l’année prochaine, la société terminerait 2021 avec plus d’argent dans ses coffres, soit 5,4 G$ US, estime l’analyste. Il juge pourtant que l’équipementier médical n’a besoin de conserver que 2 G$ US en réserve. « ­Il y a donc un potentiel haussier significatif lié à l’allocation du capital. »

David R. Lewis, ­Morgan ­Stanley, croit lui aussi que le rapport risque/rendement s’améliore, mais il pense que le titre a besoin d’une accélération de la croissance liée à ses activités pour surperformer ses pairs. Il dit douter de cette éventualité.

Dans le secteur de la santé, aux ­États-Unis, le risque politique reste toujours en tête, mais ­Stéphane ­Rochon, stratège chez BMO Nesbitt Burns, juge que le président élu ­Joe ­Biden ne représente pas un risque. « ­Biden a toujours été pragmatique. Ce qu’il veut, c’est que l’Obamacare prenne de l’expansion. C’est positif pour l’industrie si plus de gens ont accès aux traitements. Je ne pense pas qu’il va démantibuler le système », dit le stratège qui préfère d’autres fournisseurs d’équipements médicaux, comme ­Medtronic (MDT, 109,47 $ US).

 

Schwab : ­TD ­Ameritrade, la planche de salut

Pourcentage du portefeuille : 4,75 %
Historique des transactions : ­Les premiers investissements datent du quatrième trimestre de 2016. La participation a été accrue à plusieurs reprises par la suite. Plus récemment, elle a toutefois été réduite de 18 % au deuxième trimestre 2020.

 

L’ acquisition de ­TD ­Ameritrade offre une planche de salut pour ­Schwab (SCHW, 47,70 $ US), au moment où la guerre des commissions et les faibles taux d’intérêt exercent une pression sur les revenus du courtier américain.

Annoncée en novembre 2019, la transaction de 26 G$ US a été conclue au début du mois d’octobre. La firme combinée dispose désormais d’un actif sous gestion de plus de 5 000 G$ US.

En prenant de l’ampleur, ­Schwab a maintenant « beaucoup » d’occasions de synergies à sa portée, « indépendamment de la conjoncture économique », explique ­Stéphane ­Rochon, stratège chez ­BMO ­Nesbitt ­Burns, à ­Toronto. « ­Dans une industrie où l’offre des courtiers est de moins en moins différenciée, les économies d’échelle sont importantes. »

La réduction des coûts est le bienvenu, car la société doit composer avec quelques vents de face, notamment la faiblesse des taux d’intérêt qui vient gruger ses marges. Les revenus d’intérêt représentent près de 60 % des revenus de la société, note ­Michael ­Wong, de ­Morningstar. Pour le moment, ­Schwab réussit à afficher une bonne croissance de la taille de ses actifs, qui génèrent des revenus d’intérêt, ce qui lui permet d’atténuer l’impact de la baisse des marges d’intérêt, note l’analyste.

La guerre des commissions entre les courtiers américains, qui les a menés à abolir les frais sur les simples transactions, a aussi eu un effet sur les revenus. Stéphane ­Rochon note cependant que les commissions gratuites ont permis à ­Schwab d’attirer des clients à qui elle peut vendre d’autres produits et services.

Malgré les atouts de ­Schwab, l’environnement difficile restreint l’enthousiasme de la majorité des analystes. Il y en a deux fois plus qui restent sur les lignes de côté par rapport à ceux qui émettent une recommandation d’achat, selon une recension de ­Refinitiv.

Pour sa part, ­Stéphane ­Rochon estime que ­Schwab est bien gérée et que son titre pourrait bien performer sur un horizon de cinq ans. Cependant, il croit, lui aussi, que d’autres sociétés performeront mieux dans le secteur financier. Il donne l’exemple de l’assureur en dommages ­Intact (IFC, 147,78 $), qui est moins touché par les faibles taux d’intérêt et qui profite de la baisse des accidents sur les routes en raison de la pandémie.

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