La Bourse en rose

Publié le 01/10/2009 à 00:00

La Bourse en rose

Publié le 01/10/2009 à 00:00

Des études l'ont prouvé : les femmes savent investir avec sagesse et récolter de bons rendements, souvent meilleurs que celui des hommes. Quel est leur secret ?

arol Flake Chapman s'en allait confier ses économies à un courtier en Bourse. L'ancienne éditrice du magazine Vanity Fair roulait dans New York quand, soudain, elle a freiné brusquement. Pourquoi mettre son avenir entre les mains d'un homme à qui elle n'aurait pas prêté sa voiture ? La sexagénaire s'est alors posé comme défi de placer elle-même son argent. "Je croyais qu'apprendre à investir, c'était aussi désagréable que de passer une mammographie, confesse-t-elle. Au contraire, c'est passionnant !"

À l'automne 2007, cette Américaine lançait un site pour encourager les femmes à s'occuper de leur portefeuille, quelle qu'en soit la taille. Womanwithportfolio.com vulgarise le jargon financier avec humour. Malgré son style girly, il rassemble une communauté d'investisseuses qui n'ont pas à rougir de leurs placements. "Les femmes excellent à minimiser les risques, à repérer les tendances et à détecter les mensonges. Elles ont un système d'alerte précoce intégré", juge la fondatrice.

Bien sûr, elles n'ont pas toutes envie de plonger dans le monde boursier. Mais cette histoire prouve une chose : les filles sont plus habiles qu'elles ne le croient quand il s'agit de gérer leurs avoirs. En fait, elles se montrent souvent meilleures que les hommes.

Pendant six ans, Brad Barber et Terrance Odean, chercheurs de l'Université de Californie, à Davis, ont suivi les investissements en actions ordinaires effectués dans plus de 37 000 comptes d'une société de courtage à commissions réduites. Résultat : les femmes plaçaient leur argent plus sagement que les hommes et leurs gains étaient plus élevés de 1,1 % au bout d'un an. Ces hommes ne sélectionnaient pas des titres moins attrayants, mais ils opéraient 45 % plus de transactions. Les frais grugeaient leurs profits, a révélé l'article publié en 2001 dans le Quarterly Journal of Economics.

"Les femmes investissent, elles ne boursicotent pas. Ce n'est pas dans leurs gènes de faire un coup d'argent et de s'en vanter le lendemain au bureau", affirme la prêtresse québécoise de l'autonomie financière, Lison Chèvrefils.

L'auteure de Mesdames, prenez vos affaires en main ! a obtenu un diplôme en psychologie-sociologie avant de devenir planificatrice financière en 1987. Elle connaît bien le comportement féminin en matière d'investissement. Il est vrai que les femmes parviennent souvent à de bons résultats en limitant les frais de courtage dans un portefeuille, ou les faux mouvements dans un fonds de placement. "Parce qu'elles ne cherchent pas le gain rapide, elles ne passent pas leur temps à vendre quand le marché est à la baisse pour acheter quelque chose qui montera peut-être." De plus, elles tiennent compte de l'avis de leur conseiller financier, ce qui les sert souvent - à moins qu'elles ne tombent sur un malin à la Earl Jones. "Les femmes font facilement confiance. Quand elles ont noué un bon lien avec leur conseiller, elles s'y fient beaucoup."

Par contre, il leur arrive de pécher par excès de prudence. En avril dernier, Lison Chèvrefils a vu une de ses vieilles clientes, affolée par la débâcle du marché, encaisser tous ses fonds pour les déposer dans des placements à terme. Même si les taux d'intérêt s'étaient complètement affaissés... "J'avais beau lui dire d'attendre, elle avait peur. Les femmes manifestent souvent une telle aversion pour le risque que cela peut les desservir. Mes clients masculins ont plus d'audace. Ils sont plus susceptibles de dire : "Mets donc mon REER dans l'étranger cette année, ça va sûrement monter.""

Serait-ce une question de priorités ? Si les investisseurs des deux sexes épargnent pour payer les études de leurs enfants et s'assurer une belle retraite, Madame ira rarement s'acheter un bateau, comme le fait Monsieur. "Les hommes se permettent de rêver, alors que les femmes sont plus rationnelles, remarque Brigitte Felx, qui conseille des professionnels bien nantis à la Banque Royale du Canada. La plupart d'entre elles cherchent à faire fructifier leur patrimoine pour protéger leur famille."

Des fonceuses qui s'amusent à la Bourse comme au casino, il y en a, bien sûr. (Et des anxieux qui tremblent au moindre soubresaut du marché aussi.) Il reste que la majorité des travailleuses ne s'intéressent pas à leurs finances personnelles. Selon un sondage mené en 2007 par TD Waterhouse, 70 % des Canadiennes prêtent une attention vague, sinon nulle, à leurs placements. "Quand je présente des produits, je vois plus souvent un point d'interrogation dans les yeux de Madame que dans ceux de Monsieur", confirme Brigitte Felx.

Selon les experts, ces femmes acquièrent une plus large part de produits qui protègent le capital, tels les certificats de placement garanti. À la Bourse, elles choisissent un portefeuille conservateur. Celles qui osent sortir des fonds communs de placement lorgnent des titres peu volatils - blue chips et grandes sociétés par actions plutôt que petites capitalisations et entreprises en croissance. La spéculation sur le pétrole et les métaux précieux ? L'idée même leur donne de l'urticaire.

Le hic, c'est que ce sont justement les femmes qui auraient besoin des rendements générés par des placements plus audacieux. Elles vivent plus longtemps que les hommes, tout en gagnant moins. Les Québécoises ont travaillé pour 77 % du salaire hebdomadaire des Québécois en 2008. Elles ont intérêt à bien planifier leur retraite.

"S'il y a une différence entre les hommes et les femmes, c'est surtout en ce qui a trait à la situation financière", note Annie Boivin, conseillère en gestion privée de patrimoine à la Banque CIBC. En 2007, la cotisation médiane des Québécois à leur REER, soit environ 2 500 dollars, était inférieure de 20 % pour les femmes. "Elles forment la majorité des travailleurs autonomes sans fonds de pension, elles prennent des congés de maternité qui réduisent leurs droits de cotisation, et celles qui élèvent seules une famille ont peu de liquidités destinées à l'épargne", énumère la fiscaliste, membre de l'Association des femmes en finance du Québec.

Les femmes ont tout à gagner à s'intéresser au monde de la finance. Et vice-versa. En 2007, Valeurs mobilières Desjardins lançait les portefeuilles PDG, qui comprennent des actions de sociétés ayant au moins une femme à leur conseil ou à leur haute direction - un signe de saine gouvernance et d'espoir de bon rendement. Les entreprises qui comptent plusieurs femmes au sein de leur direction et de leur administration fournissent un rendement supérieur à la normale. Chez celles qui sont cotées à la Bourse de Toronto, cet écart aurait atteint environ 6 % de 2001 à 2004, selon une étude publiée l'an dernier dans le Journal of Business Ethics par trois professeurs de HEC Montréal.

Carol Flake Chapman, elle, continue à suivre son flair. Même au plus fort de la tempête économique, son portefeuille, Fairest Shares, n'a jamais plongé dans le rouge. Elle a investi notamment dans une pétrolière brésilienne et dans un constructeur de moteurs diesel écologiques. Gage ultime du succès ? Des investisseurs masculins se sont joints à Woman With Portfolio...

aplus@transcontinental.ca

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