L'or, un outil utile pour contrer la volatilité

Offert par Les affaires plus


Édition de Juin 2021

L'or, un outil utile pour contrer la volatilité

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Édition de Juin 2021

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(Photo: Jingming Pan pour Unsplash)

L’or est un peu la réglisse noire de l’investissement : les commentateurs l’adorent ou l’abhorrent. Au-delà des vives passions qu’il suscite, les experts concèdent que ce métal, détenu avec modération, peut avoir un effet stabilisateur plutôt surprenant dans un portefeuille. 

L’été dernier, un vent d’optimisme soufflait sur l’or. Alors que son prix fracassait des records en atteignant un sommet historique de 2 067 $ US, plusieurs analystes ont indiqué qu’ils s’attendaient à ce que la hausse se poursuive à plus long terme. La tendance s’est toutefois renversée à l’automne, et le métal précieux a retraité de quelques centaines de dollars. Doit-on y voir une simple pause dans un marché haussier ou s’agit-il d’une tendance à plus long terme ? 

Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef chez iA Groupe financier, est un des experts qui se sont prononcés sur la question l’an dernier. Il estimait alors que l’or pourrait atteindre un nouveau sommet de 3000 $ US à l’été 2022. 

Trois raisons soutenaient sa prédiction. D’abord, l’explosion du bilan des banques centrales faisait craindre une résurgence de l’inflation ; ensuite, le dollar américain commençait à être sous pression en raison notamment de la difficulté du pays de lutter efficacement contre la COVID-19 ; et enfin, l’escalade des tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis alimentait l’attrait de l’or comme valeur refuge. 

Est-il du même avis aujourd’hui ? « Je pense que c’est une pause, cette baisse du prix de l’or, et je reste optimiste à moyen terme. Je crois toujours qu’on atteindra le 3000 $ US, mais cela prendra peut-être trois ou quatre ans plutôt que deux », explique-t-il. 

Les causes fondamentales poussant l’or à s’apprécier sont toujours présentes, selon lui. L’inflation, par exemple, risque toujours de s’accélérer. « Je ne dis pas qu’on aura de l’inflation de 8 % ou de 10 %, mais nous pourrions bien être surpris », dit-il. En ce qui a trait au dollar américain, il consent que celui-ci a repris de la vigueur avec le déploiement de la vaccination. Clément Gignac note toutefois que la reprise aux États-Unis a été plus forte, plus tôt, par rapport aux pays européens, et il prévoit que le dollar pourrait de nouveau retraiter, favorisant ainsi un rebond de l’or, quand l’économie européenne reprendra du mieux. 

Pour ce qui est des tensions géopolitiques, elles se sont quelque peu calmées, contribuant au recul du prix de l’or, mais l’économiste juge que le climat général restera tendu pour un bon moment. « C’est un élément qui demeure dans le décor », dit Clément Gignac. Il confie ne pas être devin, et ne pas pouvoir prédire précisément quand un nouveau conflit s’embrasera, mais il estime qu’aussitôt qu’un événement fera les manchettes, les investisseurs offriront une prime supplémentaire pour se procurer de l’or. « Pour toutes ces raisons, ça peut être utile d’avoir de l’or dans son portefeuille, dit l’économiste. Je ne dis pas qu’il faut spéculer et en acheter à tout prix, mais l’or peut réduire la volatilité dans notre portefeuille, et je pense que ses vertus vont être redécouvertes dans les années à venir. »

 

La mécanique du métal 

Avant de poursuivre, retournons à la case zéro. L’or ne paie pas de dividendes. Il ne vous verse pas d’intérêt non plus. En quoi tient donc son utilité dans un portefeuille ? La réponse est simple et elle est liée aux facteurs qui font fluctuer le prix de l’or d’une manière plus ou moins prédictible. 

De façon générale, l’or est reconnu comme étant corrélé positivement avec l’inflation, et faiblement avec les obligations. De même, l’or est une valeur refuge en temps de crise, ce qui signifie que le métal a tendance à être corrélé négativement avec les marchés, quoique cette corrélation est moins forte que celle qui la lie à l’inflation. 

Qu’est-ce que cela signifie en pratique ? Beaucoup de gens comprennent mal le concept de corrélation. Larry Swedroe, auteur américain spécialisé en finances personnelles, l’explique très bien dans son livre « Reducing the Risk of Black Swans » (2018). Une corrélation négative ne signifie pas qu’un actif (ou une mesure financière) augmente quand une autre diminue (et inversement pour une corrélation positive). Une corrélation négative signifie plutôt qu’un actif produit des rendements supérieurs à sa moyenne quand un autre actif (ou une mesure financière) produit des rendements inférieurs à sa moyenne. 

Lorsqu’on observe que l’or est corrélé négativement avec les marchés, par exemple, cela ne signifie donc pas nécessairement que l’un augmente quand l’autre diminue, mais plutôt que l’un offre de meilleurs rendements qu’à la normale alors que l’autre offre des rendements moins avantageux qu’à la normale. 

Ce sont ces différentes corrélations qui font de l’or un actif utile dans une perspective de diversification et de réduction de la volatilité du portefeuille.

 

Police d’assurance 

Une façon de concevoir l’or, dans un portefeuille, est de le considérer comme une police d’assurance. C’est du moins l’approche d’André Dubuc, journaliste économique à « La Presse » et coauteur, avec François Riverin, du livre « Investir dans l’or » (2021). « Il y a beaucoup d’incertitudes économiques et le ciel continue de s’obscurcir, dit-il. On imprime de l’argent sans fin dès qu’on a un problème, mais l’histoire nous enseigne que ce genre de politique finit parfois en catastrophe et en inflation. Avec de l’or dans notre portefeuille, on protège nos arrières. » 

S’il avoue ne pas avoir la prétention de pouvoir prédire le prix de l’or, il juge néanmoins qu’il est raisonnable de faire de la place pour l’or dans son portefeuille. Son argument est simple, et il est à peu près le même que celui de Clément Gignac : si les prix se mettent à augmenter de façon soutenue, l’or jouera son rôle d’assurance inflation ; et si l’économie s’en sort sans inflation, le reste du portefeuille aura sans doute tiré des rendements convenables, compensant l’allocation en or qui aura moins bien fait. 

Dans cette optique, un investisseur ne devrait donc pas avoir de regret si l’or ne s’apprécie pas substantiellement, tout comme un propriétaire de maison ne se désolerait pas d’avoir payé une assurance quand sa maison ne passe pas au feu. 

Maintenant, une question décisive se pose : quelle proportion du portefeuille est-il sage d’allouer à l’or, pour un investisseur qui décide d’aller dans cette direction ?

 

Une décision à cogiter et à peaufiner 

Les experts consultés par « Les Affaires Plus » s’entendent : la proportion d’or dans le portefeuille doit être ajustée en fonction de divers facteurs. Clément Gignac, par exemple, estime qu’une allocation de 4 % ou de 5 % peut être raisonnable, de façon générale, mais cette proportion aurait avantage à être ajustée en fonction de l’âge, notamment. Un jeune investisseur qui est à des décennies de la retraite peut tolérer plus facilement les fluctuations économiques et financières qu’un retraité, qui vit de ses investissements. La police d’assurance est donc moins pertinente. 

Pour André Dubuc, les conditions économiques elles-mêmes sont un facteur venant influer sur l’allocation d’or dans le portefeuille, de même que la solidité de la police d’assurance que l’on désire. « Si on se sert de l’or comme police d’assurance, il faut un minimum de 2 %, dit-il. Si on veut une plus grande protection, dans un temps économique plus propice à l’inflation, comme c’est le cas maintenant, on parle plutôt de 10 %. L’idée est de déterminer ce avec quoi nous sommes confortables. »

 

Le portefeuille permanent 

Harry Browne, auteur et conseiller en investissement américain, faisait toutefois une proposition plus audacieuse encore au début des années 1980 : allouer une part égale de son portefeuille à l’or, aux actions, aux obligations gouvernementales à long terme et celles à court terme. C’est ce qu’il appelait le portefeuille permanent (permanent portfolio). 

L’idée de base est de protéger l’investisseur dans quatre scénarios économiques typiques : les actions vont bien en période d’expansion économique ; les obligations rapportent en récession ; l’or est utile est période inflationniste ; et les bons du Trésor paient en période de déflation. 

L’envers de la médaille est toutefois qu’il y a toujours une partie du portefeuille qui se porte moins bien. « Il faut être discipliné pour avoir ce genre de répartition parce qu’il faut jouer dehors quand il pleut et rester à l’intérieur quand il fait beau, c’est-à-dire qu’on doit rééquilibrer régulièrement en achetant ce qui a moins bien fait et en vendant ce qui a rapporté », dit Jean-Paul Giacometti, vice-président et gestionnaire de portefeuille. Pas facile pour tout investisseur. 

S’il ne détient pas d’or lui-même dans ses portefeuilles, Jean-Paul Giacometti juge toutefois que la décision peut se justifier.

 

Moins de rendements, moins de variations 

À la demande de Les Affaires Plus, le professeur et directeur du Département de finance de l’UQAM, Maher Kooli, a construit trois portefeuilles pour illustrer l’effet de l’inclusion d’or dans nos placements. 

Il a comparé le fameux portefeuille permanent, dont le quart est alloué au métal précieux, à un portefeuille investi à 100 % en actions canadiennes, et au portefeuille conventionnel 60/40, soit investi à 60 % en actions canadiennes, et à 40 % en obligations. Les conclusions sont frappantes. 

Depuis cinq ans, le portefeuille investi entièrement en actions a eu le meilleur rendement : 10,22 %. Il a aussi connu le pire repli (« drawdown »), soit -20,8 %, et la pire volatilité annualisée, soit 13,15 %. Le portefeuille permanent, à l’inverse, a connu le moins bon rendement (5,41 %), mais son pire repli n’a été que de 8,22 %, et sa volatilité annualisée, de 6,54 %. Le portefeuille 60/40 s’est retrouvé entre les deux. 

Même si l’or est un actif volatile, sa corrélation négative ou faible avec les autres catégories d’actif, dans le portefeuille permanent, a donc permis d’obtenir un portefeuille beaucoup plus stable. Il y est cependant arrivé au prix d’un rendement moindre. 

Ce compromis entre les rendements et la stabilité en vaut-il la chandelle ? Une réflexion très personnelle s’impose.

 

Ce texte est d'abord paru dans Les Affaires Plus en juin 2021.


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