L'art de repérer des cibles d'acquisition


Édition du 23 Février 2019

L'art de repérer des cibles d'acquisition


Édition du 23 Février 2019

Par Dominique Beauchamp

ANALYSE. La vente de l'albertaine Solium Capital (SUM, 19,16 $) à sa cliente Morgan Stanley pour 1,1 milliard de dollars a surpris tout le monde. Cette offre est aussi la 40e depuis 2006 que reçoit un gestionnaire de Montréal.

Cette fois, Stephen Takacsy, de Gestion d'actifs Lester, a doublé son placement en deux ans.

Est-il possible de reproduire la recette de M. Takacsy et de repérer d'autres cibles d'acquisition ? Un nouvel entretien avec le financier donne des pistes, mais révèle encore une fois que le placement est plus un art qu'une science. «Il faut connaître l'industrie et ses acteurs et échafauder des scénarios», dit-il.

En fin de compte, tout gestionnaire porte un jugement lorsqu'il investit dans une PME boudée ou en redressement. Le guêpier des fausses aubaines guette cependant toujours.

M. Takacsy est le premier à admettre que la chance lui sourit, bien que certains schèmes se répètent.

Les firmes de technologie de taille intermédiaire présentant des revenus récurrents, des marges intéressantes et une encaisse au bilan, sont, par exemple, des proies naturelles pour des acquéreurs stratégiques.

Encore faut-il avoir acheté leurs actions au bon moment et au bon prix, et savoir attendre.

«Depuis 12 ans, notre moyenne au bâton n'est pas si mal parce que nous sommes très patients et que nous détenons une brochette de PME en plus de blue chips qui stabilisent le portefeuille», explique-t-il.

Au-delà des chiffres, le financier porte une attention particulière aux faits et gestes des dirigeants, des membres du conseil, de même qu'aux actionnaires clés pour suivre le cycle de vie des entreprises.

Parfois, l'âge avancé des dirigeants ou des administrateurs rencontrés aux assemblées annuelles sert de filon. «L'idéal est d'acheter avant que la stratégie d'un nouveau patron ne se reflète dans les résultats», croit-il.

Il faut aussi parfois savoir acheter lorsque les investisseurs déçus fuient un titre. Ce type de placement n'est néanmoins pas pour tous.

Étant donné les risques plus élevés des PME, un bon bilan et des flux de trésorerie libres sont importants.

Six cas

Côté cibles potentielles, M. Takacsy dit avoir à l'oeil deux ou trois autres fournisseurs établis de logiciels qui sont tombés en défaveur, sans les nommer. «On fait nos devoirs. On n'est pas pressés», dit-il.

Outre son placement de longue haleine dans le fabricant familial de robinetterie industrielle Velan (VLN, 9,75 $), dont la vente lui semble inéluctable, le gestionnaire croit aussi que les sociétés suivantes seraient attrayantes pour des acquéreurs.

En portefeuille depuis deux ans, le petit fournisseur d'antennes sans fil Baylin Technologies (BYL, 4,28 $) fait partie de ces titres dont l'évolution du modèle d'affaires passe inaperçue, six ans après une entrée en Bourse à prix fort (8 $).

Depuis 2015, de nouveaux dirigeants ont comprimé les dépenses excessives et ont élargi le créneau sans fil de la société à l'aide d'acquisitions.

Sans actionnaire de contrôle, Park Lawn (PLC, 24,20 $) pourrait aussi un jour passer aux mains d'un géant des services funéraires.

Après avoir triplé en cinq ans, le titre n'est pas une aubaine, mais la société vise un bénéfice d'exploitation de 100 millions de dollars d'ici 2022, soit une croissance annuelle composée de 34 %, d'ici là.

La société de Toronto multiplie les acquisitions en Amérique du Nord, dans une industrie qui se consolide. Après seize achats depuis 2016, le groupe compte plus de 207 cimetières, centres funéraires et crématoriums, comparativement à seulement neuf en 2013.

Centrix Health (CHH, 0,37 $) est une autre PME que le gestionnaire a cueillie l'an dernier pendant la chute de 50 % du titre, frappé par la réforme des médicaments.

La société vaut sans doute plus en pièces détachées que le tout, car elle chapeaute des centres de soins de longue durée, la distribution de médicaments et des cliniques de chirurgie d'un jour.

Le nouveau patron depuis 2018, David Murphy, abaisse les coûts tandis que l'actionnaire de contrôle, un Sud-Africain qui vit en Californie, voudra peut-être un jour monétiser son placement.

Le transporteur de pétrole Gibson Energy (GEI, 20,24 $) est une autre possibilité maintenant que ses nouveaux dirigeants recentrent la mission sur l'entreposage de carburant et vendent plusieurs actifs.

«Après cette transfiguration, la société pourrait attirer l'oeil d'acquéreurs intéressés par ses actifs stratégiques à Hardisty et à Edmonton», explique le gestionnaire.

Récemment ajouté au portefeuille, le spécialiste des plats prêts-à-cuisiner Marché Goodfood (FOOD, 3,47 $) sera éventuellement avalé par un épicier, croit M. Takacsy.

Achetée l'automne dernier, BlackBerry (BB, 11,32 $) pourrait également faire une belle prise pour un géant tel que Microsoft (MSFT, 107 $ US). Entre-temps, son achat, en novembre, du spécialiste de la cybersécurité Cylance est très prometteur.

M. Takacsy insiste pour dire qu'une offre n'est jamais l'objectif recherché. Ce n'est que la cerise sur le gâteau.

Les offres résultent plutôt de sa façon d'analyser les sociétés comme le ferait un banquier, croit-il.

«Le produit ou les services, les perspectives, les dirigeants, l'industrie et le portrait financier, dit-il, doivent avant tout rencontrer nos critères d'investissement.»

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