Investir dans les artistes québécois

Publié le 12/10/2011 à 14:35, mis à jour le 12/10/2011 à 14:37

Investir dans les artistes québécois

Publié le 12/10/2011 à 14:35, mis à jour le 12/10/2011 à 14:37

Pas besoin d'avoir de l'argent à ne plus savoir qu'en faire pour investir dans l'art. Avec 5 000 dollars, bien sûr, vous pouvez contribuer à votre CELI. Mais vous pourriez aussi acheter l'oeuvre d'un artiste prometteur qui embellira vos murs... et qui pourrait même rapporter gros.

Lorsqu'il n'investit pas l'argent des clients de sa firme de gestion de portefeuilles Giverny Capital, François Rochon achète des oeuvres d'artistes contemporains, principalement québécois.

C'est qu'il poursuit un rêve, depuis un voyage à Giverny en 1990 (le lieu qui a inspiré le nom de son entreprise). "J'ai visité les jardins et la maison de Monet, raconte t-il. J'ai trouvé cela tellement beau que j'ai voulu créer quelque chose de semblable au Québec : un sanctuaire consacré à la beauté, avec un jardin et un musée."

Ses bureaux, dans le Vieux-Montréal, ont aujourd'hui des airs de minimusée. "J'ai commencé à zéro, dit-il en nous faisant visiter son sanctuaire, en jeans et t-shirt. Je ne connaissais rien à l'art, mais j'ai aimé le processus : fréquenter les galeries, rencontrer les artistes, acquérir une oeuvre que je considère comme avant-gardiste."

C'est plus qu'une simple passion : François Rochon collectionne ce qu'il considère comme "le testament de notre civilisation".

Tout a commencé il y a une dizaine d'années. Avec une partie des 8 000 dollars hérités de son grand-père, il a acheté la première pièce importante de sa collection. Une toile d'un certain Marc Séguin, qui, à 28 ans, était le plus jeune artiste à exposer en solo au Musée d'art contemporain de Montréal.

Peu connu à l'époque, ce peintre est maintenant représenté par des galeries de New York, de Miami, de Toronto et de Montréal. Ses oeuvres sont provocantes : portraits de terroristes vêtus de robes soleil, peintures faites de cendres humaines.

En misant sur le jeune Séguin, François Rochon ne s'est pas trompé. "À ses débuts, des collectionneurs ont acheté de ses toiles pour quelques milliers de dollars, dit Simon Blais, le galeriste qui représente l'artiste à Montréal. Certaines d'entre elles valent aujourd'hui 50 000 dollars."

Si les oeuvres de la coqueluche québécoise de l'art contemporain sont aujourd'hui moins accessibles aux budgets plus modestes, il reste des centaines d'artistes de la relève dont les tableaux sont plus qu'abordables.

Note aux sceptiques : l'achat d'oeuvres d'art n'est pas qu'un passe-temps de millionnaires en manque de revêtements muraux.

Un univers méconnu

Selon Statistique Canada, chaque Québécois dépense en moyenne 12 dollars par an pour des oeuvres d'art, des sculptures et des "articles de décoration". C'est moins de la moitié que pour le reste du Canada, où ces dépenses s'élèvent à 29 dollars par personne.

Le risque associé à cette forme d'investissement freine sans doute certains acheteurs potentiels. Pourtant, "le marché de l'art n'est pas plus risqué que la Bourse", soutient Rhéal Olivier Lanthier, propriétaire de la galerie Art Mûr et président de l'Association des galeries d'art contemporain.

Prenons Nadia Myre, une jeune artiste autochtone qu'il représente. "Ses premiers tableaux contenant des perles se vendaient environ 2 400 dollars, dit Rhéal Olivier Lanthier. Les suivants se sont vendus 6 000 dollars. Une fois sur le marché secondaire, ils pourraient atteindre 10 000 dollars."

Nadia Myre est une étoile montante parmi plusieurs autres. Rhéal Olivier Lanthier représente également Jinny Yu, qui fait de la peinture sur aluminium. Exposées un peu partout dans le monde, ses oeuvres coûtent entre 2 500 et 10 000 dollars. Pour environ 5 000 dollars, on peut aussi se payer une oeuvre de Guillaume Lachapelle, un jeune sculpteur qui réalise ses curieuses maquettes à l'aide d'une "imprimante 3D".

En photographie, Pascal Grandmaison, 37 ans, est un nom à retenir, et déjà connu dans le milieu québécois. Une première exposition en solo (12 salles !) lui a été consacrée au Casino Luxembourg. Ses photos ont été publiées dans des livres, et certaines de ses oeuvres font partie des collections du Musée d'art contemporain, du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée des beaux-arts de l'Ontario et de certaines collections d'entreprises. Pourtant, "pour moins de 3 000 dollars, il est possible d'acheter des tirages de format courant (50,8 x 60,9 cm)", dit son galeriste René Blouin.

Pour un collectionneur débutant, celui-ci suggère par ailleurs le petit nouveau de sa galerie, Anthony Burnham. Québécois dans la jeune tren taine, il fait de la peinture et du dessin. "Nous avons organisé une première exposition avec lui en 2010 et nous avons tout vendu", dit René Blouin. Certains dessins de l'artiste se vendent autour de 1 500 dollars.

Quoi collectionner ?

Au Québec, environ 3 500 artistes se partagent les murs des galeries, selon l'Observatoire de la culture et des communications. Facile de s'y perdre.

C'est pourquoi les novices en matière d'art préfèrent souvent commencer par acheter des sérigraphies ou des oeuvres numérotées d'artistes établis, moins coûteuses. "C'est une très bonne idée, selon Paul Maréchal, qui donne un cours sur le marché de l'art à l'UQÀM. Il faut par contre que les tirages soient les plus bas possible." "En 1984, poursuit-il, je me souviens avoir vu dans une galerie un tirage du photographe américain Robert Mapplethorpe. On demandait 4 000 dollars. Aujourd'hui, ces oeuvres coûtent 40 000 ou 50 000 dollars."

Le galeriste Simon Blais, quant à lui, prodigue toujours le même conseil aux collectionneurs débutants : "Collectionnez des artistes de votre génération." "De cette façon, explique-t-il, vous risquez de vous intéresser à des oeuvres qui vous touchent davantage et qui sont dans le courant actuel. En achetant une toile d'un jeune artiste contemporain, on peut difficilement se tromper."

Une fois de plus, le prix joue en faveur des jeunes artistes. "Jean-François Lauda, par exemple, continue le galeriste. Il a 30 ans et fait une très belle peinture abstraite qui amalgame toutes les tendances actuelles. Ses oeuvres coûtent entre 300 (dessins) et 1 500 dollars (grands tableaux). C'est un bon achat pour démarrer une collection."

Le galeriste mentionne aussi Jean-Sébastien Denis, un peintre abstrait de 40 ans que Marc Séguin lui a présenté. "Très prometteur et très accessible, dit-il. Ses oeuvres sur papier coûtent environ 800 dollars. Ses grands tableaux tournent autour de 3 500 dollars."

En ce qui concerne l'âge de l'artiste, Rhéal Olivier Lanthier fait d'ailleurs ce constat : "Un artiste a généralement un pic de production durant la trentaine et la quarantaine. En vieillissant, le nombre de nouvelles oeuvres produites diminue, réduisant ainsi l'exposition de l'artiste. Du coup, les prix finissent souvent par stagner."

Du pragmatisme

À quoi reconnaît-on une oeuvre qui pourrait prendre de la valeur ? Au-delà de l'esthétique du tableau, la feuille de route de l'artiste est aussi utile au collectionneur que le rapport annuel d'une société à l'investisseur.

"On surveille sa participation à des expositions importantes, indique Paul Maréchal. A-t-il représenté son pays à l'étranger, à la Biennale de Venise, par exemple ? A-t-il reçu de bonnes critiques dans des revues spécialisées ? Est-il représenté par une galerie reconnue ?"

"Pour être considéré comme un professionnel, un artiste doit se retrouver dans des lieux professionnels", soutient Rhéal Olivier Lanthier. "Un peintre qui expose dans des cafés partout dans le monde, cela ne vaut rien."

Les musées représentent sans doute le summum de ces "lieux professionnels". Les collectionneurs surveillent donc de près leurs acquisitions. "Quand l'oeuvre d'un artiste est achetée par un musée, cela le sécurise dans le marché secondaire", dit Stéphane Aquin, conservateur de l'art contemporain au Musée des beaux-arts de Montréal.

Un comité interne formé d'une dizaine de conservateurs et un comité externe formé d'experts indépendants évaluent les acquisitions à réaliser par l'institution. Avec tant de têtes autour de la table, les musées misent rarement sur de mauvais pions. "En 2007, ajoute Stéphane Aquin, nous avons acquis une toile de l'artiste canadien Ricky Leong au coût de 2 700 dollars. Elle est aujourd'hui évaluée à 30 000 dollars."

Oui, il est possible de collectionner des oeuvres d'art sans avoir nécessairement les revenus de Guy Laliberté. Sauf qu'avant l'argent, c'est du temps qu'on doit investir. "Il faut avoir vu plusieurs expositions et fréquenté plusieurs musées avant d'arriver à reconnaître les oeuvres qui se démarquent, dit François Rochon, en montrant les oeuvres qui ornent les murs de ses bureaux. C'est comme les huîtres. Si on veut trouver une perle, il faut en ouvrir beaucoup !"


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