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«Dollarama, Couche-Tard, CGI sont trois titres de qualité»

Dominique Beauchamp|Édition d'avril 2021

«Dollarama, Couche-Tard, CGI sont trois titres de qualité»

Dollorama offre le même bon parcours de croissance interne même si son évaluation s’est compressée depuis quelques années, estime Hugo Lavallée. (Photo: Romeo Mocafico)

À PORTEFEUILLE OUVERT. Les Affaires – Comment s’articule votre version de l’approche anticonformiste ?

Hugo Lavallée – Je ne pratique pas l’approche valeur classique, mais j’ai toujours aimé acheter des titres que les investisseurs boudent et des sociétés solides qui traversent une mauvaise période. En juin 2020, c’était la qualité et la constance qui étaient tombées en défaveur et nous en avons profité. Les investisseurs les vendaient pour acheter de la technologie, des titres cycliques et les bénéficiaires du retour à la normale, comme l’industrie du voyage. Les entreprises peu volatiles qui dégagent de solides flux de trésorerie excédentaires reprennent du mieux depuis six semaines.

L.A. – Cette démarche à contre-courant vous a mené à ajouter à vos placements dans Dollarama et Couche-Tard, par exemple ?

H. L. – Ce sont deux bons exemples de sociétés de haute qualité devenues moins populaires. Avant le rebond de 14 % en mars, le titre de Dollarama (DOL, 56,74 $) n’avait pour ainsi dire rien fait depuis deux ou trois ans. Son évaluation s’était compressée. Pourtant, la société offre le même bon parcours de croissance interne. Alimentation Couche-Tard (ATD.B, 42,06 $) est vraiment devenue un titre à contre-courant au moment de son offre pour Carrefour S.A., qui a apeuré certains investisseurs. Le déclin prévu des marges sur l’essence est un autre souci. Son évaluation s’est effondrée bien que sa stratégie d’acquisition ait toujours donné de bons résultats. Le même type de raisonnement s’applique au Groupe CGI (GIB.A, 107,95 $).

L.A. – Le rendement que procurent les flux de trésorerie est un critère important pour vous. Comment la hausse des taux influe-t-il sur lui ?

H. L. – La finance 101 dicte que la valeur des futurs flux de trésorerie baisse lorsque les taux montent. Il faut alors privilégier les flux de trésorerie à court terme par rapport aux projections à très long terme. En février, j’ai donc vendu certains titres de technologie pour acheter des sociétés qui génèrent de solides flux. Ça adonne, en plus, qu’elles étaient délaissées. Le rendement de 4 % à 9 % des flux de trésorerie excédentaires que dégagent les sociétés de qualité en croissance offre encore un énorme écart par rapport aux taux obligataires canadiens de 10 ans, de 1,5 %. Pour la première fois en dix ans, j’ai aussi acheté des banques dans le fonds Fidelity Canada Plus parce que la pente des taux se normalise. L’aide gouvernementale soutient aussi les emprunteurs tandis que les vaccins laissent entrevoir une sortie de crise.

L.A. – Comment voyez-vous la plus forte vague des premiers appels publics à l’épargne en 15 ans au Canada ?

H. L. – Il y a certains aspects d’une fièvre dans l’évaluation ou dans la piètre qualité des sociétés qui entrent en Bourse. À long terme, ça reste super positif pour nous de pouvoir analyser à l’interne une nouvelle cohorte de sociétés dans des industries prometteuses comme la technologie ou la télémédecine. On apprend à les connaître et à les suivre. Ça nous permet ensuite d’y jeter un nouveau regard lorsque les titres se dégonflent. Parfois, nous investissons des années plus tard. Nous avons par exemple acheté des actions du fabricant de véhicules récréatifs BRP (DOO, 108,37 $) pour la première fois au creux d’avril, sept ans après son entrée en Bourse.

L.A. – Votre fonds se destine aux investisseurs à long terme, mais vous négociez assez activement. Comment concilier ces contradictions ?

H. L. – Avec la chute d’avril et le rebond qui a suivi, nous avons été plus actifs en 2020. Je ne m’impose aucune contrainte concernant le taux de roulement du portefeuille. Ce qui compte, c’est que ça ajoute au rendement. L’an dernier, par exemple, l’occasion s’est présentée de vendre des actions d’épiciers qui étaient prisés en Bourse et par les consommateurs pour acheter des titres impopulaires de commerces fermés à cause de la pandémie. Il faut vraiment voir le portefeuille dans son ensemble. Avec les années, j’ai aussi appris à être plus patient et à garder mes gagnants pour mieux profiter de l’effet de leur croissance composée. Je détiens Metro (MRU, 58,81 $) depuis 12 ans et demi et Constellation Software (CSU, 1794,89 $) depuis neuf ans, par exemple.

L.A. – Quelle importance donnez-vous aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ?

H. L. – C’est vrai que l’analyse ESG est tellement répandue que parfois, ça ne veut plus rien dire. Dans mon cas, ça fait partie de mes valeurs en tant que père de trois enfants. À Fidelity, on intègre ces critères à l’analyse de chaque société. On s’attarde au mode de fonctionnement des entreprises, que ce soit au sujet de leur appro-visionnement durable, du traitement de leurs fournisseurs, de leurs politiques d’équité et de diversité ainsi que sur leurs plans de décarbonisation. Je crois qu’à très long terme, l’analyse fondamentale et ESG vont converger parce que les clients, les employés et les investisseurs vont se faire entendre. En fin de compte, une entreprise qui ne se comporte pas bien sera punie par les différentes parties prenantes, ce qui pénalisera son coût en capital. À côté de cet effort, le fonds détient aussi des entreprises vertes telles que Brookfield Renewable Partners (BEP.UN, 53,35 $) et Hydro One (H, 29,83 $).

 

Biographie d’Hugo Lavallée

Diplômé en commerce de McGill, Hugo Lavallée s’est joint à Gestion de placements Fidelity en 2002 à titre d’analyste. Il a été promu gestionnaire principal du fonds Fidelity Potentiel Canada en septembre 2008, puis du fonds Fidelity Canada Plus en novembre 2011. Le fonds Potentiel Canada a remporté la palme dans la catégorie Meilleur fonds d’actions canadiennes des prix Lipper, en 2020, pour sa performance sur trois ans.