Comment fonctionnent les vendeurs à découvert?


Édition du 20 Septembre 2023

Comment fonctionnent les vendeurs à découvert?


Édition du 20 Septembre 2023

Par Charles Poulin

(Photo: 123RF)

Les vendeurs à découvert cherchent à attaquer des cibles qui leur permettront de réaliser le plus grand profit possible lorsque viendra le temps de couvrir leur position. Ce qu’elles cherchent: une faille, préférablement une de la taille de celle de San Andreas.

«Les vendeurs à découvert sont des institutions financières professionnelles spécialisées dans les analyses, explique Xiaozhou Zhou, professeur au Département de finance de l’ESG UQAM. Ils sont plus sophistiqués dans le traitement des données et des informations. Tout ça a un prix pour ces firmes; elles doivent calculer les probabilités qu’une attaque ait du succès relativement aux coûts parce que parfois, elles doivent payer chèrement l’information.»

«Je me mets à leur place:je trouverais des entreprises qui me font douter, sinon, celles dont le prix de l’action pourrait baisser», ajoute Eddy Chandonnet, gestionnaire de portefeuille et associé à Gestion de portefeuille stratégique Medici.

 

Déceler la faille

Il faut d’abord commencer par déceler la faille. Richard Guay, professeur au Département de finance de l’ESG UQAM, et Xiaozhou Zhou indiquent que les vendeurs à découvert utilisent plusieurs méthodes pour dénicher des informations uniques, mais publiques.

«Ils scrutent les états financiers et le bilan pour valider plusieurs données, dont les actifs de l’entreprise, affirme Richard Guay. La cueillette d’information passe aussi souvent par des entrevues avec des employés ou des fournisseurs. Si l’entreprise a de la difficulté à payer ses fournisseurs, que les employés disent que ça ne va pas bien, pour un vendeur à découvert, c’est du bonbon. Ils font ensuite leur enquête sur ce qu’ils récoltent comme données.»

Parfois, les vendeurs à découvert se rendent se le terrain pour vérifier. Il n’y a qu’à penser à la firme Muddy Waters, qui s’était rendue en Chine pour découvrir que Sino-Forest, cotée à la Bourse de Toronto, ne possédait pas les terrains qu’elle disait avoir, ce qui avait mené à la faillite de l’entreprise.

Xiaozhou Zhou note que les rapports de vendeurs à découvert n’utilisent pas d’informations privilégiées pour ne pas se retrouver en situation de délit d’initié.

 

L’importance des mots

Le langage utilisé dans les rapports négatifs est soigneusement sélectionné pour leur permettre de distinguer les faits et leurs opinions.

«Les vendeurs à découvert font excessivement attention d’utiliser les bons mots, souligne Eddy Chandonnet. Ils soulèvent des doutes, mais affirment rarement des choses, remarque-t-il. On aperçoit ainsi des formulations telles “apparence de…”, “estime que…” parce qu’ils ne veulent pas se faire poursuivre», note-t-il.

Et pour cause: les vendeurs à découvert ont mauvaise presse et le moindre faux pas pourrait les emmener devant les tribunaux.

«Si on peut prouver qu’ils savaient que leur information était fausse, ils vont se faire poursuivre, affirme Richard Guay. Ajouter une analyse très optimiste de plus sur un titre particulier, ça ne changera pas grand-chose. Mais quand tu es vendeur à découvert, tu risques de recevoir une lettre d’avocat, alors ton information doit être très crédible.»

Lorsque Spruce Point, Muddy Waters ou Citron Research publient un rapport négatif, elles ont des raisons assez solides de le faire parce qu’elles prennent des risques, remarque Xiaozhou Zhou. «Si elles se trompent, elles peuvent perdre gros.»Il arrive qu’elles se trompent tout de même, ajoute-t-il, surtout si le rapport est basé sur leurs estimations et anticipations et non pas sur des faits.

«Quand ils disent qu’il y a un manque de transparence, ça augmente l’incertitude, mais [ça] ne veut pas dire qu’il y a un problème avec la performance de l’entreprise», admet-il.

 

Crédibilité

La crédibilité d’un vendeur à découvert est son pain et son beurre. S’il venait à transmettre de fausses informations, plus personne ne s’intéresserait à ce qu’il a à dire, soutient Richard Guay.

«Si Spruce Point produisait un rapport négatif faux, elle perdrait sa crédibilité pour le futur, estime-t-il. Sa réputation, c’est le gros de la valeur de l’entreprise. Les dirigeants veulent s’assurer que l’information qu’ils mettent de l’avant est vraie.» Richard Guay estime qu’on peut évaluer la crédibilité de ces firmes en allant voir leur historique de rapports négatifs. Si, en général, elles ont raison, ça leur donne beaucoup de crédibilité.

À l’inverse, les rapports d’une firme qui rate la cible souvent n’auront pas d’effet sur le marché.

 

 

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