A-t-on vraiment besoin de la «femtech»?

Publié le 19/10/2022 à 13:54

A-t-on vraiment besoin de la «femtech»?

Publié le 19/10/2022 à 13:54

L’appellation «femtech» a été conçue pour promouvoir les startups qui avaient pour but d’améliorer la santé et le bien-être des femmes. (Photo: 123RF)

Pour un secteur qui a attiré environ 2,4 milliards de dollars (G$) de capital-risque en 2021, la «femtech» continue à être victime d’idées fausses.

Une conversation récente avec une fondatrice de startup consacrée aux traitements des problèmes de santé féminine illustre ce problème. Cette personne déclare s’être entendu dire assez sèchement par une société de capital-risque biotechnique qu’elle avait contactée que celle-ci «n’investissait pas vraiment dans la femtech», en d’autres termes que l’aspect féminin la disqualifiait.

C’est une expérience que connaissent sans doute certains fondateurs ou fondatrices de sociétés évoluant dans le secteur des soins féminins et cherchant des solutions destinées aux femmes. L’appellation «femtech» a été conçue pour promouvoir les startups qui avaient pour but d’améliorer la santé et le bien-être des femmes. Créée en 2016 par Ida Tin, co-fondatrice de l’appli de santé menstruelle Clue, elle se réfère aux sociétés consacrées au secteur précédemment mal desservi de la santé féminine, de la fertilité à la ménopause.

Quelles que soient ces bonnes intentions, le terme a aussi prêté à confusion. Par exemple, il a aussi été utilisé pour décrire l’ensemble des technologies axées sur les femmes. Pire encore, certaines personnes avancent qu’elle a un effet d’altérisation, et que les startups de la femtech ne sont pas sur un pied d’égalité avec leurs pairs des industries évoluant dans les technologies de la santé et dans la biotech. Après tout, le terme «homtech» n’existe pas. Cela pourrait se traduire par des occasions manquées, pour les fondateurs/trices comme pour les investisseurs/euses.

L’activité de capital-risque dans la femtech

Lorsque Ida Tin a introduit la femtech, il y avait eu peu de discussions publiques sur la santé féminine dans le monde technologique, et surtout chez les investisseurs masculins. À cet égard, la femtech a servi d’euphémisme commode pour des discussions sur certains produits comme les coupes menstruelles et les tire-lait «smart» avec des personnes prudes sur ces sujets-là.

De fait, les données exclusives de PitchBook montrent que le montant de capital-risque investi dans les startups de la femtech (c’est-à-dire celles qui sont axées sur la santé de la femme) a augmenté de 300% depuis 2016. Avec le ralentissement récent, il y a moins de contrats de capital-risque avec ces sociétés, mais l’activité semble stable. Il y a même quelques licornes, comme Maven et Bellabeat.

Il est clair que les investisseurs accordent une meilleure attention à la femtech et voient la valeur de sociétés consacrées à la santé des femmes. Pourtant, tout le monde ne trouve pas que l’appellation «femtech» soit une bonne chose dans l’absolu.

Outre l’altérisation, une autre préoccupation est due au fait d’enfermer les startups de la femtech dans une catégorie, ce qui interdit de voir clairement la variété qui existe dans ce secteur et la proposition de valeur unique de chaque startup. Une société qui offre un appareil de pistage de la menstruation, par exemple, aura des besoins opérationnels et financiers très différents de ceux d’une compagnie qui met au point un traitement contre l’endométriose.

L’étiquette «femtech» couvre une vaste industrie, donc une opportunité d’expansion. Après tout, les femmes constituent la moitié de la population mondiale, et pourtant la femtech ne représente qu’un pourcentage minuscule des accords de capital-risque mondiaux dans le domaine de la santé. Le marché de la femtech devrait dépasser les 100 G$ d’ici 2030, et vu que nous n’en sommes qu’aux premiers jours, le potentiel de rendements est énorme. Combien y a-t-il d’occasions manquées à cause de cette étiquette?

Altérisation ou mise en vedette?

Une autre fondatrice avec laquelle j’ai parlé m’a fait remarquer que le processus par lequel la santé d’une femme se voit accorder la même importance que celle d’un homme est graduel. La femtech ne fait pas que fournir une visibilité et une représentation dont elle a bien besoin dans un monde technologique dominé par les hommes, c’est aussi un moyen de mesurer les progrès accomplis.

Il y a un problème plus profond que l’on doit résoudre pour que les startups de la femtech soient mises sur un pied d’égalité. Le capital-risque doit adhérer à la diversité des genres, et pas seulement pour les sociétés dans lesquelles elle choisit d’investir (les fondatrices ne représentaient que 6,8% des contrats aux États-Unis et 5,2% en Europe cette année), mais aussi dans leur propre firme.

En Europe, par exemple, seuls 15% des commandités sont des femmes, selon un rapport de European Women in VC. Si les investisseurs mettent mieux en valeur la voix des femmes dans leurs propres rangs, cela pourra débloquer un soutien financier et opérationnel plus important pour les startups de la santé féminine.

Avec un peu de chance, la femtech finira par être considérée comme de la tech tout court. Dans l’état actuel des choses, femtech n’est pas l’étiquette que méritent les startups qui se consacrent à la santé féminine; elles y auront recours jusqu’à ce que l’industrie et l’ensemble de la société puissent reconnaître l’égale valeur de la santé des femmes.

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