Le coût de vieillir chez soi

Offert par Les affaires plus


Édition de Mars 2018

Le coût de vieillir chez soi

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Édition de Mars 2018

Par Nafi Alibert

Un logement jadis fonctionnel peut se transformer en piège à chute pour les personnes âgées en perte d’autonomie. Cependant, quand certains d’entre eux souhaitent adapter leur domicile pour leurs vieux jours, les finances sont souvent le principal obstacle auquel ils se heurtent.


Alors qu’on lui a diagnostiqué la maladie de ­Steinert en 2012, un type de dystrophie musculaire dégénérative, ­Anne ­Béland savait que ce n’était qu’une question de temps avant que certains gestes anodins du quotidien deviennent un défi.


Quatre ans plus tard, à l’aube de la soixantaine, elle doit effectuer des travaux d’adaptation pour pouvoir continuer à vivre avec son conjoint dans son bungalow à ­Saint-Hilaire. Elle fait donc installer un fauteuil d’escalier pour franchir les marches qui séparent le palier principal du garage et du ­sous-sol, où elle ne descendait plus depuis un an. Des mains courantes sont fixées aux murs et jalonnent l’intérieur et l’extérieur de son domicile. Elle fait également reconstruire sa salle de bain pour pouvoir remplacer sa baignoire par une douche sans seuil et installer une toilette surélevée sécuritaire. En fait, des meubles à la robinetterie, en passant par la céramique, toute la pièce est intégralement repensée pour ses besoins. Coût total des travaux : plus de 40 000 dollars.


Ce montant ­est-il exagéré ? ­Non, affirme ­Sylvie ­Quintin, architecte à la ­Société ­Logique. « ­Faire ce type de travaux majeurs ou adapter le domicile d’une personne en fauteuil roulant coûte facilement 50 000 dollars et bien plus. » Tout dépend du type de domicile, des matériaux choisis et des besoins du bénéficiaire.


Bien qu’Anne ­Béland ait touché une aide de 15 800 dollars du Programme d’adaptation de domicile (PAD), une subvention de la ­Société d’habitation du ­Québec, elle a dû débourser le reste de sa poche. À lui seul, le fauteuil d’escalier a coûté 7 000 dollars (10 700 $ - 3 700 $ du ­PAD).


« ­On avait des économies et mon mari, qui est ingénieur retraité, accepte encore des contrats pour payer ce genre de chose », explique ­Anne ­Béland.


Le ­PAD s’adresse uniquement aux personnes qui souffrent de limitations fonctionnelles permanentes, une réalité qui touche une personne âgée sur cinq (20,8 %) vivant en ménage privé. 


Quand le vieillissement se passe bien


Pour les aînés qui traverseront le grand âge en santé, certaines modifications moins coûteuses peuvent être effectuées. Elles consistent généralement à prévenir les chutes, la principale cause de blessure chez les aînés. Les équipements standards oscillent entre quelques centaines de dollars et 3 000 dollars, installation comprise. Chez ­Gemex construction, comptez 2 700 dollars pour la pose d’un plancher antidérapant (salle de bain de 64 pi2), 510 dollars pour unetoilette surélevée, ou encore de 250 à 325 dollars pour des barres d’appui.


« À l’intérieur, ce sont les demandes qui reviennent le plus souvent. Si vous voulez installer une douche sans seuil, on parle d’au moins 5 500 $ », indique ­Stéphane ­Sanglade, propriétaire de ­Gemex construction.


Des aménagements simples peuvent être envisagés avant de se lancer dans de gros chantiers. La ­Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a d’ailleurs établi la liste d'une quarantaine d’adaptations à faible coût. On y trouve, par exemple, le retrait ou la fixation des tapis, l’amélioration de l’éclairage, ou encore la transformation d’une pièce en chambre au ­rez-de-chaussée.


« ­Au ­CLSC, on a une banque d’équipements techniques que l’on finance ou que l’on prête aux aînés », indique ­Pier-Luc Turcotte, ergothérapeute au ­CIUSSS de l’­Est-de-l’­Île-de-Montréal. On parle alors de marchette, de barre de sécurité pour la baignoire ou le lit.


Les délais pour avoir accès aux services d’un ergothérapeute sont toutefois longs : au moins un an pour les adaptations de domicile similaires à celle d’Anne ­Béland. 


Prendre son mal en patience


Le ­PAD est cogéré par les ­CIUSSS et les municipalités. Quand une personne en fait la demande, elle reçoit non seulement la visite d’un ergothérapeute (qui fait les recommandations), mais aussi d’un représentant de la ­MRC (pour le devis) et d’un entrepreneur (pour les travaux).


« Ça peut prendre encore un an pour avoir une réponse de la Ville, donc, au total, on parle d’une attente de 24 mois », admet ­Pier-Luc ­Turcotte.


Anne ­Béland, elle, a engagé un ergothérapeute privé pour accélérer la procédure, moyennant des coûts supplémentaires. Quarante mille dollars plus tard, elle ne regrette aucunement sa décision, même si le ­PAD a couvert moins de la moitié du chantier.


« L’idée de déménager dans un condo plus accessible ne nous disait rien, ­raconte-t-elle. Ça fait 20 ans qu’on est ici, à la campagne, on voulait encore en profiter. »


C’est ­Alain ­Croteau de l’entreprise ­Maison adaptée du ­Québec qui a fait les travaux chez elle. En deux décennies, il a vu le coût de ses chantiers grimper de manière significative. Le montant du ­PAD, lui, n’a pas bougé. Il est établi à 16 000 dollars (jusqu’à 33 000 $ pour les personnes à faible revenu).


« ­Quand j’ai commencé en 1998, c’était le même montant. À cette époque, une plateforme élévatrice pour accéder au domicile valait entre 4 000 et 4 500 dollars. Aujourd’hui, la même plateforme vaut le double », observe ­Alain ­Croteau. Il estime le coût total d’installation d’une telle plateforme entre 20 000 et 25 000 dollars, contre de 7 000 à 8 000 dollars pour une rampe d’accès en bois. « ­Ici, à ­Longueuil, il n’y a que 50 % des contrats du ­PAD qui aboutissent, ­dit-il, car les gens ne peuvent pas débourser jusqu’à 15 000 dollars et plus pour faire adapter leur domicile. » 


Un coup de pouce


Le soutien à domicile est une autre avenue à explorer, seule ou en combinaison avec les aménagements et les aides techniques. « ­Paradoxalement, les gens ne s’y intéressent pas, car ces services ne sont pas assez connus », constate ­Stéphane ­Laporte, directeur de ­Retraite à domicile, pour la ­Rive-Sud et ­Montréal.


Soins infirmiers, aide aux repas, personne de compagnie… ­La gamme des services offerts par son entreprise est modulable en fonction des besoins des bénéficiaires. Tous les services sont offerts à 26 $ l'heure. « ­Notre clientèle réserve en moyenne 15 heures par semaine. Il faut donc compter 20 280 dollars par année », indique ­Stéphane ­Laporte. Avec le crédit d’impôt remboursable pour le maintien à domicile des personnes âgées, ce montant est réduit à 13 182 dollars, soit près de 1 100 dollars par mois. Ce n’est pas donné, ça reste moins cher qu’une chambre individuelle en ­CHSLD (1 836,90 $/mois) ou en résidence privée ­pour personnes semi-autonomes (jusqu’à 5 500 $/mois).


« C’est sûr qu’il y a un ratio coûts-bénéfices à calculer », concède ­Stéphane ­Laporte. Alors, l’investissement en ­vaut-il toujours la chandelle ?


Claude ­Auclair, septuagénaire qui réside au ­Saguenay–­Lac-Saint-Jean, est justement en train de peser le pour et le contre. À la suite d’un cancer, sa femme, déjà atteinte de poliomyélite, a perdu « énormément de capacité et ne peut plus se déplacer qu’en longeant les murs ». Pour adapter son chalet, il envisage d’élargir les portes pour lui permettre de se déplacer en fauteuil roulant, d’installer une rampe d’accès à deux paliers ainsi qu'un système pour faciliter l’accès à la toilette et à la douche.


Encore en forme, il prévoit réaliser ­lui-même les travaux, qu’il estime à 25 000 dollars. « ­Avec un entrepreneur, ce serait le double, et vu les délais pour bénéficier du ­PAD, ça ne sert à rien », partage celui dont le ménage touche « une bonne retraite de 85 000 dollars par année ».


« ­Ma femme va avoir 80 ans cette année, alors combien de temps ­sera-t-on encore capables de rester à la maison ? » se questionne-t-il tout en sachant qu’au bout de deux ans à peine, ces travaux lui auront coûté moins cher que de placer sa femme en résidence pour la même période.


Comme lui, de plus en plus d’aînés risquent de se heurter à cette interrogation puisque les logements n’ont pas été conçus en fonction de la perte d’autonomie.


Pourtant, il aurait été plus facile et plus économique d’intégrer certaines caractéristiques d’accessibilité à la construction (portes et corridors plus larges par exemple) que de faire des travaux de rénovation par la suite. Étienne ­Pinel, conseiller en transfert des connaissances à la ­SCHL, le confirme : « Les caractéristique d'accessibilité que nous avons relevées se traduisent par des coûts inférieurs à 500 dollars dans 75 % des cas quand elles sont intégrées à la construction. »



Les crédits d’impôt


Crédit d’impôt pour le maintien à domicile des personnes âgées
Réservé aux 70 ans et plus, il permet de réduire le coût des services de maintien à domicile comme les services d’aide à la personne. Il correspond à 35 % des dépenses admissibles annuellement à hauteur de 19 500 dollars (25 500 $ pour une personne non autonome). Un crédit d’impôt pour personnes handicapées (fédéral) permet également d’alléger cette facture (maximum de 8 001 $ en 2017).


Crédit d’impôt pour frais engagés par un aîné pour maintenir son autonomie
Non cumulable avec d’autres crédits d’impôt, il permet aux personnes d’au moins 70 ans de récupérer 20 % des frais d’achat, de location et d’installation de certains dispositifs (fauteuil monté sur rail, douche de ­plain-pied…).


Crédit d’impôt pour frais médicaux
Les personnes atteintes de déficience motrice permanente et grave y ont droit pour la transformation de leur résidence, pourvu que les frais dépassent 3 % du revenu familial.


­Le crédit d’impôt pour l’accessibilité domiciliaire (fédéral)
D’un montant maximal de 1 500 dollars, ce crédit concerne les dépenses de modification qui visent à rendre un domicile plus accessible (pour les 65 ans et plus ou les personnes handicapées).


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