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Malik Yacoubi

L'immobilier simplifié

Malik Yacoubi

Expert(e) invité(e)

Quand votre paiement auto rapetisse votre maison

Malik Yacoubi|Mis à jour le 11 avril 2024

Quand votre paiement auto rapetisse votre maison

Si vous ajoutez à l’équation un paiement de voiture passablement élevé, vous changez considérablement votre situation financière aux yeux des prêteurs. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Envie d’acheter une voiture? Peut-être allez-vous y penser à deux fois en lisant ce chiffre: 64 215$. C’est le prix moyen d’un véhicule neuf acheté au Québec dans la dernière année. En juin 2022, ce montant se situait à 50 461$. En 2019, c’était 34 060$.

J’avoue que je suis presque tombé en bas de ma chaise en voyant ces chiffres. Parce que c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent.

Mais puisque j’évolue dans le monde du financement hypothécaire, je vois aussi ce que ça peut représenter comme boulet pour des personnes qui souhaitent acheter une nouvelle résidence ou refinancer la leur.

Car le paiement que nécessite l’achat d’un véhicule aussi onéreux a des conséquences importantes sur votre dossier d’emprunteur.

Et ça n’a jamais été plus vrai que depuis la hausse des taux d’intérêt.

 

Risque augmenté 

Dans ma dernière chronique, je vous exposais comment cette augmentation avait un impact majeur sur la capacité d’emprunt et les taux. Je reprends le même exemple: en 2021, si le revenu de votre ménage était de 170 000$, vous pouviez vous qualifier pour un achat de 815 000$, au meilleur taux, avec la mise de fonds minimum (56 500$). En cet automne 2023, avec le même revenu, vous vous qualifiez pour une propriété de 650 000$ (plus ou moins), dans les mêmes conditions (mise de fonds minimale de 43 000$).

Maintenant, si vous ajoutez à l’équation un paiement de voiture passablement élevé, vous changez considérablement votre situation financière aux yeux des prêteurs. Cela pourrait même vous disqualifier auprès de certaines institutions, vous empêcher d’aller magasiner ailleurs que chez votre prêteur actuel, et ce dernier pourrait certainement refuser de vous offrir un taux compétitif.

Le principe est simple: moins votre capacité de payer est élevée par rapport à votre endettement, plus vous représentez un risque pour le prêteur. Plus votre prêt est risqué, plus il vous coûte cher (en intérêts).

Reprenons notre ménage à 170 000$ par an, souhaitant emprunter 650 000$ avec une mise de fonds minimale.

Ajoutons deux paiements de voitures. Deux exemples tirés des pages de véritables concessionnaires. Un Ford F-150 XLT (une des voitures les plus vendues au Québec), d’une valeur de 72 000$ avant taxes, pour un paiement mensuel de 1031,00$ (pour 84 mois). À ses côtés, une Subaru Impreza de base (25 500$ avant taxes), sans option ni rien, à 553$ par mois (pour 60 mois).

 

Dettes et défaut de paiement 

Lorsque les prêteurs réclament toutes sortes d’informations sur votre situation financière et qu’on enquête sur votre salaire et votre crédit, c’est précisément pour mesurer le risque que vous représentez. Donc, les chances que, advenant une perte d’emploi, une réduction des revenus ou quelque autre événement, vous tombiez en défaut de paiement sur votre hypothèque.

Même si vous avez la certitude que cela ne se produira pas, vos dettes et vos obligations de paiement (comme la voiture) vous rendent moins attrayants pour les prêteurs.

Résultat? Non seulement votre capacité d’emprunt est réduite et votre taux augmente, mais en cas de renouvellement, vous risquez de n’avoir d’autre choix que d’accepter ce que votre prêteur actuel vous offre, sans pouvoir magasiner ailleurs.

L’air de rien, un taux cinq and qui passe de 5,5% à 6,6% pour un emprunt de 300 000$ représente 2358$ de plus par année et 11 791$ au bout de cinq ans.

 

Améliorez votre cote! 

Il n’y a pas 106 solutions pour améliorer votre portrait auprès des prêteurs: améliorez votre dossier de crédit.

Une excellente cote de crédit se situe entre 680 et 800. Avec ce type de score, vous aurez accès aux meilleurs taux disponibles, dans les limites de votre capacité d’emprunt.

Les deux meilleures manières de conserver ou d’atteindre cette note sont assez simples. D’abord, ne ratez jamais de paiement. Ni pour votre carte de crédit, votre hypothèque ou quelque dette que ce soit. Enfin, restreignez l’utilisation de votre crédit à 35% de la limite permise sur vos cartes de crédit ou vos marges.

Payez aussi vos impôts. Cette dette pourrait vous freiner davantage que n’importe quelle autre. Réduisez ensuite vos paiements mensuels: voitures, cartes de crédit, marges, autres emprunts. Parfois, utiliser la marge hypothécaire que vous détenez pour vous débarrasser d’autres dettes pourrait même être avantageux. Surtout si vous avez des cartes de crédit bondées à 20% d’intérêt.

Cela pourrait signifier un léger changement de style de vie. Mais l’époque dorée du crédit à volonté est révolue. Le prix de l’immobilier, lui, continue de grimper. Comme disait ma mère: choisir, c’est renoncer.

Alors qu’est-ce qui sautera? Une auto neuve, la maison que vous souhaitez ou le voyage que vous ne pouvez plus vous payer parce qu’il s’est envolé (à votre place) au profit d’un taux hypothécaire moins avantageux?

Parce que ce dont vous vous privez en négligeant votre situation financière, c’est parfois la capacité de magasiner votre hypothèque. Ce que tout le monde devrait faire, même (et surtout) lorsqu’on est un emprunteur modèle sur papier.

 

Je vous invite à consulter Le dernier rapport nesto-mètre.

À noter: ce qui précède sont mes opinions et expériences personnelles et non la position de nesto Expert hypothécaire. Je ne suis pas un courtier hypothécaire ou immobilier agréé.